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Francophonie: pour quoi faire?

Christian Rioux   10 octobre 2008 
Dans une semaine exactement, les Québécois seront à peine sortis de la campagne électorale fédérale qu'ils accueilleront à Québec les 55 chefs d'État et de gouvernement membres de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF). À cette occasion, Nicolas Sarkozy sera au Québec et prononcera même un important discours à l'Assemblée nationale, une première pour un président français.

Les Québécois restent dans le monde un des peuples qui se passionnent le plus pour l'avenir de la Francophonie. Sinon celui qui s'y intéresse le plus. La raison en est simple: les Québécois n'ont pas le choix. Cette Francophonie constitue leur seule porte ouverte sur la diplomatie internationale. Certes, le Québec peut faire toutes les missions économiques et rencontrer toutes les chambres de commerce qu'il veut, du Seichuan au Yukon. Mais, lorsqu'il entend parler d'autre chose que de bois d'oeuvre et de locomotives, lorsqu'il souhaite cogner aux portes des décideurs politiques, la Francophonie reste le seul forum international où il est reconnu comme interlocuteur à part entière.

***

Ce n'est évidemment pas le cas de la France, pour qui la Francophonie apparaît souvent comme un club social où l'on croise des gens sympathiques et attachants mais qui compte pour des prunes. Avouons-le, c'est précédé de cette rumeur persistante d'un désintérêt constant pour la Francophonie et l'avenir de la langue française que le président français posera le pied à Québec vendredi prochain. Rarement président français aura montré moins d'intérêt pour la Francophonie. Que l'on se souvienne de ce discours d'une heure et demie sur la politique étrangère de la France en pleine campagne électorale, où Nicolas Sarkozy n'avait pas prononcé une seule fois le mot. Que l'on se rappelle cet agacement suscité chez lui par la saine colère de son prédécesseur Jacques Chirac, qui avait claqué la porte d'une réunion de l'Union européenne où le représentant des patrons français s'exprimait en anglais. Que l'on pense à son étonnante maladresse dans la réorganisation de l'audiovisuel français où il réduisait allègrement les intérêts de la Francophonie (et la mission de TV5) à ceux de la France.

À cela s'ajoutent mille et un petits détails qui ne trompent pas. Comme cette fascination snobinarde à l'égard de l'anglais chez certains membres du gouvernement actuel. Fascination qui pousse, par exemple, la ministre de l'Économie, Christine Lagarde, à s'adresser en anglais à ses collaborateurs. Why not? Ou l'actuel ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, à écrire que «l'anglais est l'avenir de la Francophonie». Of course!

C'est peu dire que Nicolas Sarkozy a encore à faire ses preuves en matière de Francophonie. À commencer par démontrer l'intérêt qu'il porte à l'avenir de la langue française. Or le message qu'il a envoyé cette semaine s'ajoute inévitablement à la liste qui précède. Le 19 octobre prochain, il ratera le premier véritable débat au sein de l'OIF sur l'état de la langue française dans le monde. Certes, en ces temps de panique financière, l'agenda du président français, qui est aussi président de l'Union européenne, est plutôt bien garni. Mais Nicolas Sarkozy semble avoir oublié cette vérité, qu'il se fait pourtant fort d'illustrer en politique intérieure, selon laquelle les gestes en disent plus que les paroles. Le fameux story telling qu'il pratique pourtant si bien en d'autres circonstances.

***

Mais en politique, il n'est jamais trop tard. Il n'en tient qu'à lui d'emboîter le pas à son premier ministre François Fillon qui, lors de son passage cet été au Québec, est loin d'avoir fait honte à la France. Il n'en tient qu'à lui de dépasser cette «diplomatie spectacle» à laquelle se réduit si souvent la Francophonie, comme l'a fort bien noté le politologue Marc Chevrier. «Cette diplomatie francophone ne pèse pas lourd dans la balance, elle ne décide de rien, déploie des moyens limités, s'élargit en continu à de nouveaux États-membres en diluant ses objectifs dans la poursuite de trop vastes résolutions», écrit-il.

Il n'en tient qu'au président français de s'engager à soutenir les nombreuses propositions de relance de la Francophonie qui lui ont été soumises depuis plusieurs mois. Qu'on songe seulement à l'excellent rapport de l'ancien président des chaînes publiques Antenne 2 et France 3, Hervé Bourges, qui dort depuis trois mois sur une tablette de l'Élysée, avec quelques autres. On y trouve toute une série de mesures qui permettraient de donner plus de visibilité à la Francophonie. Cela va d'une véritable relance de TV5 Monde à la création d'un visa francophone facilitant les déplacements entre pays de l'OIF, comme cela existe dans le Commonwealth.

Au Québec comme en France, les appels se multiplient pour que, sans abandonner son rôle politique, la Francophonie recentre son action autour de ce qui constitue sa mission première: la défense et la promotion de la langue française. Cette promotion va de pair avec celle du multilinguisme et non pas d'un bilinguisme réducteur qui consacrerait la domination d'une seule grande langue internationale.

Aujourd'hui, la moitié des pays membres de la Francophonie n'ont pas le français comme langue officielle. Parmi eux, 36 demandent leurs documents à l'ONU en anglais et 21 y font même leurs interventions dans cette langue. Enfin, 13 de ces pays n'offrent aucun enseignement en français dans leurs établissements primaires et secondaires. Si les pays où la majorité de la population parle le français ne jouent pas leur rôle, et au premier titre la France, on se demande qui le fera.

Il en va de l'avenir d'une organisation qui pourrait bien rejoindre le panthéon de ces gentils forums internationaux où l'on discute de tout et surtout de rien.






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  • Paul Lafrance
    Inscrit
    vendredi 10 octobre 2008 07h35
    La francophonie
    « Perte de temps et d'arget, d'autant plus que la langue française est bien peu parléedans presque tous les pays de la ''francofolie''. De quoi discuteront ces chefs d'État? Du sexe des anges?
    Paul Lafrance
    Québec. »

  • Yvon Montoya
    Abonné
    vendredi 10 octobre 2008 08h37
    Franco...
    « La France ne peut en réalité s'intéresser à la francophonie car cette dernière correspond à des ex-pays coloniaux non à celui qui a pour langue maternelle/culturelle le français tel qu'il est parlé en France non ailleurs. Ce n'est pas une langue officielle en France, c'est une langue maternelle (même si on écrit officielle elle n'a pas besoin de loi 101. D'ailleurs sur ce point grâce a l'Internet, on peut écouter et voir des milliers de français s'exprimer et on n'entend AUCUN mot anglais ni structures syntaxiques anglaises dans leurs expressions comme dans le québécois écrit et parle. Faites-en l'expérience pour se dégager de la mauvaise foi tant usée dans nos parages). Si la problématique de la francophonie est celle de constater que les gens qui parlent le français ne sont pas nécessairement des français de France mais des personnes qui parlent cette langue dans d'autres lieux et horizons sociétaux différents comme en Afrique, Haïti ou le Québec, ce n'est pas le cas pour la France. Si au Québec on dit «parquer » (traduction de l'anglais « to park ») pour « stationner », ce n'est pas le cas pour les français. C'est dans ce sens que pour préserver la langue le « francophone » devra aussi traduire des termes qui musicalement ressemblent a du français mais n'en est point ou alors il y aurait un distinguo entre le francophone et le francais a faire. Les francophones comme les écrivains de nationalité autre que la française se doivent de défendre une langue qui a pour origine la langue française et donc de créer des organisations pour ce faire mais cela ne peut être une préoccupation par définition française. Dans ce sens, Sarkozy reste cohérent. Flaubert est un écrivain français, VLB est un écrivain francophone tout comme Senghor ou Aime Césaire. C'est comme pour l'Algérie devenue francophone par sa colonisation alors que beaucoup d'algériens maitrisent le français mieux que les québécois, largement.
    Historiquement le mot francophonie fut créé par Onésime Reclus (1837-1916), un géographe français et plus tard en 1962 ce fut le tour de L. S. Senghor de le populariser. Onésime Reclus dit bien que ce mot concerne les pays coloniaux et non la France : « « tous ceux qui sont ou semblent être destinés à rester ou à devenir participants de notre langue ». C'est cela la francophonie, une participation a la langue francaise. La France est loin d'y participer dans ce sens, elle est historiquement, culturellement, ontologiquement partie prenante. »

  • jacques noel
    Inscrit
    vendredi 10 octobre 2008 09h03
    Organisation bidon
    « La moitié des pays membres n'ont pas d'affaire là. Le format actuel n'a aucune âme, rien en commun. C'est comme l'Union africaine ou la conférence des pays du Pacifique. Pis encore!

    Faut recentrer vers la francophonie. Mais comment faire sans renvoyer la moitié des pays membres? »

  • Dr. Dr. ULRICH
    Inscrit
    vendredi 10 octobre 2008 09h08
    Get over it
    « English is the language of commerce. The only ones who seem to care about French are francophones themselves to the exclusion of all others. Look up lingua franca in the dictionary. »

  • philippe de neuville
    Inscrit
    vendredi 10 octobre 2008 11h22
    pour Nic Sarko
    « Il peut très bien y avoir deux ou plusieurs linguas francas! En leur temps, le latin et le grec l'ont été ensemble à part entière... »

  • Pierre Rousseau
    Inscrit
    vendredi 10 octobre 2008 11h25
    Franco farce...
    « La francophonie est une vraie farce quand une très grande partie de ses membres n'ont à peu près rien à voir avec la langue française. C'est évidemment un moyen pour la France de garder un certain lien avec ses anciennes colonies qui deviennent de plus en plus anglophones, en particulier en Afrique et en Asie. Il ne faut pas oublier non plus que la Nouvelle-France était elle aussi une colonie française et que nous sommes, en tant que Canayens, des descendants de colonisés de la France. D'ailleurs, la plupart des Français de la métropole ont quitté la colonie suite à la chute de la Nouvelle-France entre 1759 et 1763.

    Si on recule encore plus loin, on remarquera que les Normands ont envahi l'Angleterre autour de l'an mille et les Anglais ont été colonisés par les Normands d'où beaucoup d'emprunts de l'Anglais de la langue normande. C'est peut-être un peu le retour de l'ascenseur si maintenant les Français se soumettent volontiers à l'hégémonie de l'anglais et ne sont pas très préoccupés par leur propre langue. En fait ils y voient probablement un avantage de se liguer avec l'Empire anglo-américain d'aujourd'hui et pour repartir dans une nouvelle ronde de colonialisme!

    La «francophonie» politique telle qu'on va la voir la semaine prochaine est donc une belle farce qui permet à des gens de se pavaner dans le monde sous un beau prétexte pour lequel ils n'ont probablement rien à foutre! Pour qu'elle soit vraiment pertinente la francophonie doit changer et regrouper seulement des pays ou nations qui ont le français comme langue officielle ET qui sont déterminés à en assurer l'épanouissement. La France pourrait avoir de la difficulté à devenir membre car sa détermination n'est pas évidente du tout: c'est pathétique de voir M. Kouchner, ministre des affaires étrangères de France, essayer de parler anglais en public et faire des phrases qui sont complètement incompréhensibles pour un anglophone... Où est le français de la diplomatie de naguère? »

  • Jacques Lafond
    Abonné
    vendredi 10 octobre 2008 11h49
    La France et la francophonie
    « Je pense que la France fait erreur de ne pas s'impliquer plus activement dans la francophonie mondiale. Je pense que la France devrait faire attention à protéger le français sur son propre territoire aussi.

    Je connais des gens qui vivent en France depuis 17 ans, et qui ne peuvent à peine parler le français. Qu'ils soit n'importe où sur la planète, si ces gens peuvent éviter de parler français, ils le font ; incluant en France.

    Je connais, donc, des gens qui vivent en France depuis 17 ans, et qui ne parle presque jamais français en France ... Ce n'est pas rien.

    J'ai rencontré ces gens pour la première fois par affaire ici à Montréal il y a quelques mois. Après mes quelques mots de présentation de politesse en français, j'ai immédiatement reçu d'eux un '' We dont speak French '' !!??!! »

  • Dominic Pageau
    Abonné
    samedi 11 octobre 2008 03h55
    Les français n'utilisent aucun mot anglais?
    « Je rêve ou quoi? Le langue des Français est truffée de mots anglais et en plus, prononcé à la française, c'est le bout de la marde, comme on dit en bon québecois.

    Et ça va loin cette folie.

    Je me demandais, vous connaissez la loi Toubon monsieur Montoya? Elle fut nommée ainsi parce que Jacques Toubon en fut le parrain. Cette loi, bien qu'étant très différente de la loi 101 est son équivalent, d'ailleurs des entreprises ont été condamnés pour avoir transgressé cette loi qui reconnaît notamment le droit pour tout salarié ou consommateur de s'exprimer ou de recevoir toute information utile en français. Le texte législatif s'appuie sur l'article 2 de la Constitution de la République, qui dit que « la langue de la République est le français ».

    Mais bon, comme vous êtes un universaliste, je peux comprendre que vous êtes contre les politiques qui distinguent les uns des autres, une langue unique mondiale, ça serait tellement plus simple, n'est-ce pas? »

  • Yvon Montoya
    Abonné
    samedi 11 octobre 2008 11h14
    @M Pageau...
    « Vous ne connaissez pas la France, je le comprends car Elle est un pays etranger tout comme l"Angletere, l'Espagne ou l'Italie pour vous. C'est normal. Je comprends que votre comprehension de mon pays soit limitee. Toubon avait tout faux, on le savait a cette époque.
    A propos, voici une video avec Pivot, ecoutez bien son francais...
    http://www.evene.fr/celebre/biographie/jmg-le-clezio-763.php?video

    Faut pas s'enerver tout de meme pour cette prise de langue. Pour la sauver, il faudrait tout de meme la pratiquer non comme moi avec mon clavier anglais mais en la pratiquant et en la lisant, surtout en l'enseignant avec rigueur. Tiens, en lisant Le Clezio que vous n;aimez pas et pour cause. Ecoutez-bien Pivot a ce sujet mais lui aussi vous ne l'aimez pas car ils sont ouverts, cosmopolites tout comme moi, nous avons la meme mentalite entre autres parce que nous sommes francais pas comme vous. J'ai rencontre des francais qui parlaient en France en anglais avec des quebecois parce qu'ils ne comprenaient pas leur creole canadien-francais matine d'anglais, amerindien et mots inventes. C'est joli, ca a du "punch". Pas de probleme, on a bien ri et nous avons touts ensemble sympathise avec joie et plaisir. Tout depend des mentalites et qui vous rencontrez. Il n'y a pas la de quoi en faire une crise. Allez-y et vous verrez, plutot entendrez. Louez aussi des films francais, ecoutez la radio...C'est pas difficile tres attentif. Autrement, comme Le Clezio ou tout comme moi, parlez differentes langues (4 avec maitrise) et vous n'aurez plus de probleme a vous faire comprendre. Vous savez le francais, c'est nouveau, juste depuis août 1539 (soit 469 ans). Des mots anglais il y en a mais pas de quoi fouetter un cheval...ce n'est pas une pollution, c'est une evolution historique non un musee la langue. Le francais c'est le mélange bilingue de dialectes et de latin...Nous aurons une autre langue a defendre dans 3 siecles après ces mélanges bienvenus qui donnerent le Francais tel que nous le connaissons aujourd.hui mais a ce temps la. Demain, ce sera different. Ne vous embetez pas avec ce qui nous echappe, n'en faisant pas un drame. C'est normal d'evoluer. Have a nice day. »

  • Dr. Dr. ULRICH
    Inscrit
    dimanche 12 octobre 2008 02h08
    An Herrn de neuville
    « Je ne proposais surtout pas de Mesurestrudeauniens. De Toutfaçon, des Français ont toujours été du Mauvaiscote de Lhistoire. Une Bureaucratiegrecqueparlant nécessiterait Lacquisition d'un Nouvelalphabet. Je vous conseille des Wochenendnachrichtensendungen comme seule consolation. »

  • Iffig Cochevelou
    Inscrit
    dimanche 12 octobre 2008 17h03
    La France , contre les Droits de l'Homme
    « La France peut difficilement être crédible , puisqu'a l'intérieur de ses frontières elle refuse de reconnaitre les droits fondamentaux des peuples qui la composent : non reconnaissance des langues minoritaires de ce pays , breton, corse, etc.
    En Bretagne nous nous battons pour obtenir un enseignement de notre langue, mais tout est bloqué, alors qu'il y a une demande importante, soutenu par le Conseil Regional, les ouvertures de classes bilingues sont refusées systématiquement.
    aujourd'hui a peine 13000 élèves peuvent accéder a un enseignement correct de notre langue le Breton (en classe bilingue), sur plus de 700.000 élèves sur l'ensemble de la Bretagne.
    Une grande manifestation a eu lieu le 20 septembre dernier à NAONED (Nantes) capitale historique de la Bretagne, mais séparée de notre pays depuis un arrété du Maréchal Pétain en 1941, arrété non remis en cause par l'Etat Français malgré la demande des Bretons : à cette manifestation plus de 15.000 personnes pour défendre nos droits fondamentaux , culturels, linguistiques et territoriaux, manifestation qui a été pratiquement boycotée par les médias !
    La France ,cependant, veut donner des leçons au Monde entier, alors qu'elle vient une nouvelle fois d'être condamné par la Commission des Droits de l'Homme de l'ONU pour non respect du droit linguistique des minorités
    C'est ce que vous devez savoir , amis du Quebec ! »

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