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La gauche québécoise

9 octobre 2008 
Bien que j'en partage entièrement les revendications, je n'ai pas participé à la manifestation de dimanche dernier nous invitant à battre à tout prix le candidat conservateur dans notre comté, quitte à voter pour n'importe qui. Non, je ne voterai pas «stratégique» la semaine prochaine. Pourquoi? Parce je crois que cette suggestion, dans le cas du Québec, ne peut faire en sorte que de maintenir ou d'augmenter le nombre de députés du Bloc alors que c'est au contraire la disparition de ce parti qui servirait le mieux, à mon avis, les objectifs visés par ces manifestants.

Imaginez en effet le scénario qui prévaudrait dans l'élection actuelle si la gauche québécoise avait choisi, après le référendum de 1995 en particulier, de ne plus faire de la séparation du Québec sa priorité et de plutôt mettre ses énergies à soutenir des alternatives progressistes, aussi bien lors des élections provinciales que fédérales.

Si ç'avait été le cas, le Bloc n'existerait probablement plus aujourd'hui, sa base la plus solide l'ayant déserté et n'étant pas une alternative comme telle, mais une tactique parmi d'autres pour garder en vie le projet d'indépendance du Québec. Une bonne partie de ces militants et leaders du Bloc seraient même peut-être allés renforcer le NPD sur le plan des idées et de l'organisation pratique. Avec de telles assises au Québec, ce parti serait ainsi en mesure, lors de l'élection actuelle, où les libéraux sont en déroute, certainement pas de régler tous les problèmes de la planète, mais au moins de devenir une opposition officielle qui fasse valoir les souhaits de ces manifestants, puisqu'ils feraient tous partie de son programme. À commencer par le retrait immédiat des troupes canadiennes de l'Afghanistan et le rétablissement des subventions à la culture.

Au lieu de cela, oui, le conservatisme est aux commandes. Il y est à la fois parce qu'il existe vraiment comme courant idéologique important dans la population — y compris parmi les Québécois, d'ailleurs, contrairement à ce qu'en dit le discours dangereusement ethnocentriste du Bloc à l'effet que le Québec serait une société homogène, la seule à défendre des valeurs progressistes en Amérique du Nord.

Il y est aussi parce que ce courant réactionnaire a réussi à se canaliser en un seul parti politique au niveau fédéral. Que ce parti soit menaçant, j'en conviens, et il se peut que j'aie une autre approche un jour pour essayer de l'arrêter. Mais je ne crois pas que nous en soyons là, d'une part. D'autre part, je ne vois pas en quoi rendre à tout prix les conservateurs minoritaires immédiatement et retourner en élections dans quelques mois avec exactement la même dynamique nous avancera d'un iota.

Le conservatisme est aux commandes et il pourrait y rester longtemps, surtout si l'enjeu de la séparation du Québec continue de disperser les énergies progressistes comme il réussit à le faire depuis des décennies. Si c'est le cas, nous risquons de nous faire appeler au vote stratégique lors de nombreuses élections à venir, aussi bien fédérales que provinciales d'ailleurs, dans la même cacophonie que celle que nous connaissons actuellement.






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