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Recycler, composter et voter conservateur ?

Jean Bari - Avocat spécialisé en droit de l'environnement  8 octobre 2008 
Tous les sondages le disent: une grande majorité de la population se dit préoccupée par l'environnement. La plupart des gens mettent religieusement leur bac de récupération à la rue. Plusieurs essaient de privilégier une consommation «verte», à saveur locale ou biologique. Pourtant, au même moment, le Parti conservateur est celui qui recueille le plus d'intentions de vote en vue des élections du 14 octobre. Comme le chantait Reggiani, «Y'a quelque chose qui cloche là-dedans!».

En effet, si on peut être d'accord avec le slogan «Acheter, c'est voter», l'impact de nos choix individuels de consommation ne pourra jamais remplacer, ni compenser, l'impact que peut avoir le gouvernement à la tête d'un pays comme le Canada.

Plusieurs problèmes environnementaux sont de nature internationale: GES, ozone, biodiversité, pollutions transfrontières, crise des océans, etc. Pour y remédier, il faut que la communauté internationale négocie des traités et qu'ensuite les États les ratifient et les mettent en oeuvre sur leurs territoires respectifs. Le Canada, par sa situation géographique privilégiée, mais aussi en tant que pays du G8, a le devoir de jouer un rôle de premier plan dans ces négociations. Or, le gouvernement Harper a le pire dossier sur ces sujets.

Pendant des années, les conservateurs ont torpillé tous les efforts faits sur la question des changements climatiques. Le protocole de Kyoto, ratifié par plus de 150 pays, était un «complot socialiste» selon Stephen Harper. À son arrivée au pouvoir, la mention même de ce protocole a disparu des sites Internet du gouvernement fédéral. Il s'est aussi empressé de démanteler les équipes d'experts du ministère de l'Environnement sur ce sujet.

Le gouvernement Harper a refusé de mettre en oeuvre le protocole de Kyoto, pourtant ratifié par le Parlement, allant ainsi à l'encontre de ce que veut le droit international. Comme consommateur, on peut bien vouloir apporter sa contribution en achetant une voiture moins gourmande ou en adoptant les transports en commun, mais cela ne rime à rien si le gouvernement de notre pays sabote les accords négociés sur la scène internationale.

Lors de la dernière grande conférence de l'ONU sur la biodiversité, l'Allemagne s'est engagée à fournir 800 millions pour la mise en oeuvre de la Convention sur la diversité biologique. Avec une population environ la moitié moindre, le Canada de Stephen Harper a offert 50 000 dollars «pour mettre sur pied un comité d'étude». Moins d'un centième de un pour cent de la contribution allemande, alors que le Canada est le seul pays du G8 à afficher des excédents budgétaires, et ce, depuis bientôt 10 ans!

Alors que la plupart des présidents et premiers ministres des États de la planète assistaient à cette rencontre, M. Harper y déléguait l'ambassadeur local. Le Canada devrait pourtant être au premier plan sur cette question, avec un territoire si grand et diversifié, sa forêt boréale, son «Grand Nord», de même que des populations autochtones dépendant d'écosystèmes particulièrement fragiles. Encore là, comme consommateur, on peut bien acheter du café équitable, mais si notre gouvernement ne s'engage pas, au sein de l'ONU, à mettre en place des mécanismes réduisant les écarts Nord-Sud, préservant les grands écosystèmes et les populations qui y vivent, tous nos efforts individuels seront vains.

Sur le plan interne, que dire de la capacité du gouvernement central d'orienter notre pays vers un développement qui soit plus respectueux des limites de nos écosystèmes? Le gouvernement du Canada dépense des dizaines de milliards par année en achat de biens et services. Imaginez l'effet de levier si ces achats visaient à favoriser l'économie locale, l'agriculture de proximité et une écologisation de l'économie. Aucun de nos efforts individuels, à titre de consommateurs dispersés, ne peut avoir l'impact d'une politique d'achat écologiste décidée par le gouvernement central du Canada.

Individuellement, on peut bien décider d'investir dans des fonds «éthiques» ou «verts». Mais, jamais cela ne pourra avoir l'impact d'une politique fiscale canadienne visant à décourager les actions nuisibles aux communautés et à l'environnement et à encourager celles qui leur sont bénéfiques. Tout le contraire des conservateurs qui ont réduit les taxes à la consommation, subventionné les pétrolières et promis aux Américains le doublement de notre production pétrolière en cinq ans.

Bref, nos actions de consommateurs préoccupés par l'environnement pèsent peu comparées aux différents leviers économiques, politiques, fiscaux et juridiques entre les mains du parti à la tête d'un gouvernement ayant un budget annuel d'environ 300 milliards. Pour être conséquents avec nos préoccupations environnementales, il n'y a pas d'autre solution que de voter de façon à ce que les conservateurs aient le moins de sièges au Parlement. On peut composter ou recycler tous les jours, mais cela pèse moins que notre vote du 14 octobre prochain. Pensons globalement, agissons localement et globalement...
 
 
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