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L'Europe recolle les morceaux

Les Quinze recherchent une solution pacifique à la crise irakienne sous l'égide de l'ONU, mais n'excluent pas une guerre «en dernier recours»

18 février 2003 
Deux alliés des États-Unis sur la question irakienne, les premiers ministres britannique, Tony Blair, et italien, Silvio Berlusconi, discutaient ferme peu avant le début du sommet de l’Union européenne sur la question irakienne, hier, à Bruxelles.
Photo : Agence Reuters
Deux alliés des États-Unis sur la question irakienne, les premiers ministres britannique, Tony Blair, et italien, Silvio Berlusconi, discutaient ferme peu avant le début du sommet de l’Union européenne sur la question irakienne, hier, à Bruxelles.
Bruxelles — Les dirigeants de l'Union européenne réunis en sommet hier soir à Bruxelles ont restauré une unité de façade sur la crise irakienne, en adoptant un texte commun qui prône la recherche d'une solution pacifique sous l'égide de l'ONU, mais n'exclut pas une guerre «en dernier recours».

Avec cet accord, la «mini crise en Europe a été, semble-t-il, surmontée, a affirmé le président français Jacques Chirac à l'issue du sommet. Nous avons observé un vrai rapprochement».

«Il n'a certainement pas été simple de nous retrouver ici, et il n'a pas été simple de parvenir à une position commune», a souligné de son côté le chancelier allemand Gerhard Schröder, dont le pays est le seul dans l'UE à avoir exclu de participer à toute intervention armée en Irak.

Les Quinze s'étaient difficilement entendus fin janvier, au niveau des ministres des Affaires étrangères, sur une ligne commune minimaliste de soutien à l'ONU. Mais ils avaient étalé depuis leurs divisions, entre les opposants à une action militaire à brève échéance contre Bagdad, emmenés par M. Chirac, et les tenants d'un soutien à la stratégie guerrière des États-Unis, regroupés derrière le premier ministre britannique Tony Blair. «La guerre n'est pas inévitable. La force ne devrait être autorisée qu'en dernier recours», stipule finalement la déclaration commune approuvée hier.

Elle plaide pour accorder aux inspecteurs en désarmement de l’ONU en Irak «le temps et les ressources que le Conseil de sécurité considère nécessaires». Mais elle souligne aussi que «les inspections ne peuvent pas se poursuivre indéfiniment en l’absence d’une pleine coopération irakienne». Elle indique également que la «montée en puissance militaire» contre l’Irak doit rester un «élément essentiel» pour obtenir «la pleine coopération» de Saddam Hussein.
«Le régime de Bagdad ne doit se faire aucune illusion: le temps joue contre lui», a averti le premier ministre grec Costas Simitis, dont le pays assure la présidence de l’UE. Les Quinze ont cependant renoncé à formaliser cette mise en garde: ils ont expurgé la version finale de leur texte de la phrase «le temps s’épuise rapidement», incluse dans une première mouture à la demande des Britanniques. Le chancelier Schröder a affirmé qu’une telle formule «n’était pas acceptable» pour son pays. Les dirigeants européens ont réaffirmé le rôle central de l’ONU dans la crise irakienne: «Nous tenons à ce que les Nations unies demeurent au centre de l’ordre international. Nous reconnaissons que c’est au Conseil de sécurité qu’il incombe au premier chef de traiter du désarmement de l’Irak.»
Invité au sommet par M. Simitis, le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan a «exhorté» l’Irak à se conformer aux décisions de l’ONU sur son désarmement pour éviter un conflit armé. Il a aussi appelé les Européens à l’unité et à l’apaisement des tensions avec les États-Unis. «C’est sans conteste un moment important pour la coopération internationale», a dit M. Annan au cours d’une conférence de presse.
En écho, les Quinze ont affirmé leur engagement à travailler «avec tous leurs partenaires, en particulier les États-Unis, pour le désarmement de l’Irak».
Ils ont en revanche évité de se prononcer collectivement sur l’opportunité d’une seconde résolution de l’ONU, vivement souhaitée par Tony Blair, mais que Jacques Chirac avait rejetée dès son arrivée à Bruxelles. «C’est la dernière chance de l’Irak pour désarmer pacifiquement. L’Irak sera désarmé, que ce soit fait pacifiquement ou par la guerre», a néanmoins assuré le premier ministre britannique à l’issue du sommet.
À la veille d’un nouveau débat sur la crise irakienne à l’ONU, les ambassadeurs des États-Unis et de la Grande-Bretagne s’employaient hier à élaborer une stratégie susceptible d’amener le Conseil de sécurité à soutenir une guerre contre Bagdad, ont indiqué des diplomates.
Aucun projet de résolution ne devrait voir le jour avant demain, les deux pays souhaitant la fin du débat public prévu à partir de cet après-midi au siège de l’ONU. Ce débat, qui donnera la parole à des pays ne faisant pas partie des 15 membres du Conseil, risque de se transformer en un forum hostile au projet d’intervention de l’armée américaine.

Chirac fait des remontrances
Le président français Jacques Chirac a fustigé hier soir les anciens pays de l’Europe communiste aspirant à entrer dans l’UE, estimant qu’ils avaient «manqué une bonne occasion de se taire» en s’alignant sur la position guerrière des États-Unis dans la crise irakienne. «Ces pays ont été à la fois, disons le mot, pas très bien élevés et un peu inconscients des dangers que comportait un trop rapide alignement sur la position américaine», a dit M. Chirac à Bruxelles à l’issue du sommet européen.
Les divisions avaient été exacerbées début février par une lettre de soutien à Washington de huit pays européens — dont trois futurs membres de l’UE (Pologne, République tchèque et Hongrie) —, et le ralliement aux États-Unis de dix pays ex-communistes aspirant à rejoindre l’UE ou l’OTAN.
Alors que la France et l’Allemagne se posaient en champions du camp de la paix, l’initiative de ces pays avait fait éclater au grand jour les divisions de l’Europe et permis aux dirigeants américains de railler «la vieille Europe».
Visiblement remonté contre cet alignement, M. Chirac a mis en garde les pays encore candidats à l’UE en les prévenant qu’ils risquaient de rendre plus difficile leur adhésion.

Réponse aux manifestants
Plusieurs dirigeants européens ont voulu voir dans leur accord une réponse aux rassemblements antiguerre massifs du week-end. «Nous avions l’intention de répondre de manière positive aux manifestants en Europe. Les attentes des citoyens européens étaient très claires: ils attendaient une position commune», a estimé M. Simitis.
«Ce soir, nous avons apporté une contribution à une solution politique» en Irak, s’est réjoui le président de la Commission européenne Romano Prodi.
À Bagdad, le président irakien Saddam Hussein s’est félicité hier de la prise de «position humaine» des millions de manifestants qui ont défilé dans de nombreux pays du monde pour protester contre une guerre éventuelle des États-Unis contre l’Irak.
Quant aux consultations entre pays arabes pour la tenue d’un sommet arabe extraordinaire consacré à la crise irakienne, elles se poursuivent, a indiqué hier à Damas la directrice du département de l’information au ministère syrien des Affaires étrangères.
Enfin, le ministre saoudien des Affaires étrangères Saud Al-Faiçal, a déclaré hier à la télévision britannique BBC qu’«une attaque unilatérale des États-Unis contre l’Irak serait considérée par beaucoup comme un acte d’agression». «Aussi nous espérons ardemment que les États-Unis continueront à travailler avec l’ONU et nous le leur conseillons vivement», a conclu le diplomate.
Au même moment, les inspecteurs sur le terrain poursuivaient leur travail, interrogeant notamment pour la deuxième fois un ingénieur irakien sur l’utilisation de tubes d’aluminium, mis en cause par les États-Unis dans la reprise d’un éventuel programme nucléaire.
 
 
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