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Questions d'image - L'arroseur arrosé

Jean-Jacques Stréliski   22 septembre 2008 
Chaque humain sur terre possède une personnalité qui lui est propre. Elle est faite de caractéristiques physiques et psychologiques. Chaque humain est donc vu et perçu par lui-même et par les autres. Mais le hic, c'est que chaque humain aimerait, de plus, être perçu bien différemment de la façon dont il se perçoit lui-même. Et, c'est là que le bât blesse. En ces périodes intenses d'élections, c'est évidemment le phénomène qui nous frappe le plus en ce qui touche les femmes et les hommes politiques.

C'est tellement réel que ça frise l'irréalité. D'ailleurs, il n'y a plus d'élections en ce bas monde sans que les antagonistes, en lice pour les fauteuils élitaires de la représentation démocratique, se voient placés sous le joug de leur propre image ou plutôt sous le joug de l'image que d'autres façonnent pour eux, devrais-je dire plus exactement.

Sur un constat quasi similaire, mais dans le domaine de la communication-marketing, j'enseigne à mes étudiants que les marques — qui ne sont qu'images — n'en possèdent pas une, mais trois bien distinctes, avec lesquelles il nous faut composer sans cesse pour en maîtriser l'évolution.

Nous avons donc de nous-mêmes une image que nous croyons être la plus réelle possible: celle que le miroir nous renvoie chaque matin avant que l'on quitte la maison. Elle est certainement nette, mais pourtant imprécise. Elle est muette et figée dans le temps.

Si l'on nous prend en photo à un autre instant de notre journée ou lors d'une activité ou dans un lieu précis et si l'on montre cette photo à un tiers, nous disposerons d'une image perçue, c'est à dire d'une interprétation de notre réalité physique et psychologique par autrui. C'est une projection de nous dans le cerveau d'un autre. Cette image, bien que physiquement correcte, est cependant livrée à la capacité imaginaire fluctuante des individus qui la perçoivent. Ce flux est modulable, et les «faiseurs d'images» savent agir en conséquence pour agir, modifier, voire déformer la perception.

Une troisième image existe: c'est l'image virtuelle que nous souhaiterions qu'on ait de nous. L'image idéale, en quelque sorte. Elle n'est plus du tout physique, mais totalement psychologique. Elle est refabriquée entièrement à partir de certains traits de notre personnalité grossis ou amoindris à notre guise dans le but de séduire un auditoire. En politique, on use et abuse de la construction d'images virtuelles. Les candidats qu'on nous présente dans les publicités n'existent que dans l'imaginaire de ceux qui ont conçu ces images en accord avec les candidats et leurs stratèges. Et, plus tard, dans l'imaginaire de celles et ceux qui les reçoivent. Les candidats ne sont alors que des clones d'eux-mêmes, quand ils n'en deviennent pas purement et simplement des clowns.

Pour vous en convaincre, je vous recommande le petit test suivant: prenez le candidat pour lequel vous souhaiteriez voter. Observez-le. Étudiez son comportement devant ses partisans, devant les caméras, sur une tribune journalistique en présence d'adversaires ou, si vous en avez l'occasion, en personne, lors du traditionnel porte-à-porte. Et puis, à la toute fin, regardez aussi ce qu'on a fait de votre candidat dans sa publicité électorale.

Comparez alors son comportement dans ces différentes situations. Si, d'un auditoire à l'autre, ces images ne sont pas conformes, posez-vous de sérieuses questions. Et réfléchissez avant de voter pour un caméléon qui risque, une fois élu, de changer de physionomie et de discours comme on change de chemise. Si, au contraire, ces images ne changent guère, dites-vous plutôt que vous êtes en face d'une personne intellectuellement honnête, et qui ne change pas trop sa personnalité en fonction des auditoires. Il a ses valeurs et ses croyances. Si ce sont les vôtres, votez en pleine confiance.

Prenons le cas d'un Denis Coderre (je le choisis pour illustrer mon propos et non par conviction politique). Coderre est constant. Avec lui, on devine que tôt ou tard, quelqu'un va se prendre un coup de poing sur la gueule, mais ce n'est pas grave. Le ramage et le plumage vont bien ensemble. Deux hypothèses se posent dans son cas. Ou bien il se fout de son image, ou bien il se tient à l'image qu'il veut projeter de lui, en fonction de sa vraie nature. On l'aime ou on ne l'aime pas. Mais on peut facilement faire un choix.

Hélas, tous ne sont pas comme lui dans son parti, à commencer par son chef qui, me semble-t-il, ne sait pas quelle image de lui lui convient le mieux.

Au Canada et aux États-Unis, les stratégies de dénigrement, de plus en plus utilisées, ont des effets dévastateurs. En «avilissant» les candidats par des excès de démagogie intolérables et incompatibles avec la définition stricto sensu de la démocratie, elles «avilissent» également un électeur potentiel qui ne se reconnaît pas dans ces tactiques de bas niveau.

À mon bureau, où les jeunes sont bien plus nombreux que les gens de ma génération, à la cafétéria, à l'université, je n'entends pas parler de nos élections. Ah oui, quand même, j'ai entendu parler d'un «macareux qui a chié sur l'épaule de Dion».

Bien entendu que les journalistes et les politiciens en parlent de ces élections. Mais à qui parlent-ils? Se parleraient-ils entre eux? Et que communiquent-ils vraiment? On dirait qu'une partie grandissante de la population, désabusée, se détourne désormais de la politique. Ou plutôt de l'image de la politique. L'arroseur serait-il à ce point arrosé?






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