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Ferveur pacifiste

Paule Des Rivières   17 février 2003 
Des manifestations d'une ampleur sans précédent ont eu lieu samedi dans quelque 600 villes à travers le monde, afin de dire non à la guerre en Irak. Jamais depuis le mouvement contre la guerre au Vietnam, dans les années soixante, et encore, n'avait-on vu un tel déferlement humain. Unis dans leur opposition à une intervention militaire américaine unilatérale, des millions de citoyens tentent ainsi de faire pression sur leurs gouvernements afin qu'ils résistent aux appels de George W. Bush.

À Montréal, une foule impressionnante de plus de 150 000 personnes a bravé le froid sibérien et marché en faveur de la paix. Mais ce sont dans les pays où les gouvernements ont offert un appui sans nuance au président Bush que les manifestants ont été les plus nombreux, soit à Londres, à Rome et à Madrid. Il faudra voir si les chefs de gouvernement anglais, italien et espagnol continueront de manifester un soutien sans faille à Washington. Mais il ne leur sera plus possible de prétendre parler au nom de leurs citoyens. Le premier allié du président américain, Tony Blair, déjà fortement contesté au sein de son propre parti, se trouve désormais dans une position particulièrement intenable. À cet égard, les jours qui viennent seront déterminants, comme l'ont été, vendredi, les événements au Conseil de sécurité de l'ONU. En effet, en déclarant que les inspections en Irak progressaient, le chef de la Commission de contrôle, de vérification et d'inspection de l'ONU, Hans Blix, avait contredit les prétentions de Washington et conforté la position du clan franco-allemand.

Les manifestants représentaient dans la plupart des villes un large éventail de la population. Si le mouvement contre la guerre au Vietnam fut celui d'une génération, du moins jusqu'au retour des soldats américains qui ébranlèrent leurs parents restés jusque-là fidèles à leur gouvernement, celui qui prend forme avec une force grandissante contre la guerre en Irak, est beaucoup plus diversifié. Pour l'instant, cette diversité ne compromet aucunement l'unité de l'opposition. Le vrai test viendra plus tard, peut-être, si jamais le Conseil de sécurité donne son aval à une intervention militaire. Par exemple, ici même, plusieurs groupes ont déjà fait savoir qu'ils n'accordaient aucune légitimité à l'ONU. Mais cette position n'est pas généralisée.

Pour l'heure cependant, la première question qui se pose nous ramène aux gouvernements qui appuient Bush et dont les électeurs ont fait savoir samedi qu'ils s'opposaient massivement à cet appui. Que feront les dirigeants anglais, italien, espagnol face à cette profonde déconnexion entre leurs choix et ceux de leurs citoyens? Enfin, par-dessus tout, il faut se demander si les pacifistes peuvent faire bouger Washington. Les Américains sont eux-mêmes chaque jour plus critiques envers leur président. Mais il est encore trop tôt pour verser dans l'optimisme. Hier, Condoleezza Rice, la conseillère du président pour la sécurité, est restée de glace, continuant d'afficher la ligne dure.

pdrivières@ledevoir.ca






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