Pour en finir avec les «problématiques»
Éric Gagnon - Québec, le 16 septembre 2008
19 septembre 2008
Ces dernières années, un mot s'est répandu à la radio, à la télévision et même dans les conversations quotidiennes. À tout propos, on nous parle de «problématiques». On l'utilise à tort pour parler d'un défi (ex.: l'engorgement des urgences ou le recyclage des déchets), d'un programme gouvernemental ou d'une loi (ex.: les soins à domicile, la protection de la jeunesse), mais surtout pour désigner ce qui devrait tout simplement s'appeler un «problème». C'est ainsi que la toxicomanie devient une «problématique de dépendance», et le vieillissement, la «problématique du vieillissement».
Le terme relève en fait de la méthodologie de la recherche. Il désigne la manière dont une réalité est problématisée, c'est-à-dire l'angle théorique sous lequel le chercheur l'examine. C'est du jargon, et comme tout jargon, on l'utilise souvent pour faire savant. Pour avoir l'air d'y connaître quelque chose, d'y avoir réfléchi et d'avoir une opinion éclairée sur la question. Ce ne sont plus toutefois les seuls chercheurs qui font cette confusion (et montrent ainsi qu'ils ne maîtrisent pas leur propre jargon). Le mot couramment utilisé par les journalistes, les experts, les intervenants, les élus, les ministres et désormais le simple citoyen interrogé sur un problème ou un enjeu social.
Non seulement l'usage de ce terme est souvent impropre, mais il enlaidit la langue et crée de la confusion: on ne sait plus, lorsque l'on nous parle de la «problématique du suicide», s'il s'agit du suicide lui-même ou de la prévention du suicide. Mais il y a plus encore. À force de parler des «problématiques» que cumule un individu, qui vit certaines difficultés (pauvreté, racisme, insécurité, etc.), on finit par faire de ces difficultés une caractéristique de l'individu, plutôt qu'un effet des rapports sociaux. Ils «ont» une problématique, alors que c'est la collectivité qui a un problème à corriger ou à affronter. L'abus du terme n'est pas qu'une question linguistique.
Le terme relève en fait de la méthodologie de la recherche. Il désigne la manière dont une réalité est problématisée, c'est-à-dire l'angle théorique sous lequel le chercheur l'examine. C'est du jargon, et comme tout jargon, on l'utilise souvent pour faire savant. Pour avoir l'air d'y connaître quelque chose, d'y avoir réfléchi et d'avoir une opinion éclairée sur la question. Ce ne sont plus toutefois les seuls chercheurs qui font cette confusion (et montrent ainsi qu'ils ne maîtrisent pas leur propre jargon). Le mot couramment utilisé par les journalistes, les experts, les intervenants, les élus, les ministres et désormais le simple citoyen interrogé sur un problème ou un enjeu social.
Non seulement l'usage de ce terme est souvent impropre, mais il enlaidit la langue et crée de la confusion: on ne sait plus, lorsque l'on nous parle de la «problématique du suicide», s'il s'agit du suicide lui-même ou de la prévention du suicide. Mais il y a plus encore. À force de parler des «problématiques» que cumule un individu, qui vit certaines difficultés (pauvreté, racisme, insécurité, etc.), on finit par faire de ces difficultés une caractéristique de l'individu, plutôt qu'un effet des rapports sociaux. Ils «ont» une problématique, alors que c'est la collectivité qui a un problème à corriger ou à affronter. L'abus du terme n'est pas qu'une question linguistique.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

