Un corps étranger
Bernard Descôteaux
15 février 2003
La démission de Gaétan Frigon de la présidence de Loto-Québec n'est en rien surprenante. Lorsqu'on remonte le fil des événements, on voit que la conclusion s'imposait d'elle-même. Le président de Loto-Québec avait commis des erreurs, de bonne foi espérons-le, et il lui fallait quitter son poste avant d'être invité à le faire.
Présenté comme un gestionnaire exceptionnel, M. Frigon n'était pas à l'aise comme administrateur d'État, ce qu'il avoue volontiers dans sa lettre de démission. L'obtention de résultats était plus importante à ses yeux que le respect des règles inhérentes au secteur public. À la vue des résultats enregistrés à la Société des alcools du Québec sous sa gouverne, on peut imaginer qu'il a tourné les coins ronds à quelques reprises.
Il y avait un style Frigon. Direct, un peu rustre même, l'homme ne prenait pas de détours. L'opposition libérale à Québec l'a pris en grippe dès son arrivée à la tête de la SAQ, en 1997, choquée par ses réponses cavalières lorsqu'il était invité à rendre compte de sa gestion devant l'Assemblée nationale. Les libéraux n'ont eu de cesse de le suivre à la trace. Ce fut l'hallali lorsque, cette semaine, il a reconnu avoir omis de se conformer au règlement sur les conflits d'intérêts en ne déclarant pas détenir une créance d'un fournisseur de la SAQ. Une fois l'erreur avouée, il ne pouvait plus échapper à son sort.
Le mariage privé-public auquel rêvait Bernard Landry en 1997 en recrutant Gaétan Frigon pour diriger la SAQ a donné des résultats qu'on ne peut nier. Par contre, il faut voir les limites de ce type de mariage. Les gens venus du privé ne se sentent pas à l'aise dans le secteur public. Il est difficile de les recruter et de les garder. Au delà des questions salariales, ces gens arrivent mal à s'adapter à la culture des administrateurs d'État et à des règles d'imputabilité fort lourdes. Tels des corps étrangers, ils sont rejetés par le système.
Le passage de M. Frigon dans le secteur public se termine donc sur un échec. Cela ne sera pas de nature à inciter d'autres gestionnaires du privé à rejoindre le secteur public. À son époque, Robert Bourassa avait lui aussi tenté d'attirer au sein de la fonction publique québécoise des gestionnaires du privé. L'expérience était restée sans lendemain. Cela devrait rappeler aux gouvernements que les personnes les plus aptes à assumer les fonctions de direction de nos grandes sociétés d'État se trouvent dans les rangs de la fonction publique. Le secteur privé le sait d'ailleurs fort bien puisqu'il vient souvent y recruter.
bdescoteaux@ledevoir.ca
Présenté comme un gestionnaire exceptionnel, M. Frigon n'était pas à l'aise comme administrateur d'État, ce qu'il avoue volontiers dans sa lettre de démission. L'obtention de résultats était plus importante à ses yeux que le respect des règles inhérentes au secteur public. À la vue des résultats enregistrés à la Société des alcools du Québec sous sa gouverne, on peut imaginer qu'il a tourné les coins ronds à quelques reprises.
Il y avait un style Frigon. Direct, un peu rustre même, l'homme ne prenait pas de détours. L'opposition libérale à Québec l'a pris en grippe dès son arrivée à la tête de la SAQ, en 1997, choquée par ses réponses cavalières lorsqu'il était invité à rendre compte de sa gestion devant l'Assemblée nationale. Les libéraux n'ont eu de cesse de le suivre à la trace. Ce fut l'hallali lorsque, cette semaine, il a reconnu avoir omis de se conformer au règlement sur les conflits d'intérêts en ne déclarant pas détenir une créance d'un fournisseur de la SAQ. Une fois l'erreur avouée, il ne pouvait plus échapper à son sort.
Le mariage privé-public auquel rêvait Bernard Landry en 1997 en recrutant Gaétan Frigon pour diriger la SAQ a donné des résultats qu'on ne peut nier. Par contre, il faut voir les limites de ce type de mariage. Les gens venus du privé ne se sentent pas à l'aise dans le secteur public. Il est difficile de les recruter et de les garder. Au delà des questions salariales, ces gens arrivent mal à s'adapter à la culture des administrateurs d'État et à des règles d'imputabilité fort lourdes. Tels des corps étrangers, ils sont rejetés par le système.
Le passage de M. Frigon dans le secteur public se termine donc sur un échec. Cela ne sera pas de nature à inciter d'autres gestionnaires du privé à rejoindre le secteur public. À son époque, Robert Bourassa avait lui aussi tenté d'attirer au sein de la fonction publique québécoise des gestionnaires du privé. L'expérience était restée sans lendemain. Cela devrait rappeler aux gouvernements que les personnes les plus aptes à assumer les fonctions de direction de nos grandes sociétés d'État se trouvent dans les rangs de la fonction publique. Le secteur privé le sait d'ailleurs fort bien puisqu'il vient souvent y recruter.
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