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Une conception du sacerdoce

Gérard Lajeunesse - Le 8 septembre 2008  10 septembre 2008 
L'article de Jean-Claude Leclerc à propos de l'abbé Gravel rechoisissant l'Église ne manque pas d'une certaine logique. Il est évident que penser qu'un parti politique, si ouvert soit-il aux questions de l'avortement et de homosexualité, soit le lieu privilégié pour en débattre tient d'une certaine illusion. Le Bloc est aussi le lieu de tensions sur ces questions brûlantes. La plus grande déception de M. Gravel aurait été de se faire bâillonner par son propre parti.

Mais que veut dire, pour cet homme et pour beaucoup d'autres, hommes et femmes, l'expression rechoisir l'Église? L'Église, celle-là et d'autres tout aussi chrétiennes, n'offrent pas de plate-forme pour un tel débat. La preuve: la majorité des catholiques convaincus de la nécessité du contrôle des naissances ou pratiquant une certaine homosexualité ont décidé de laisser tomber, ou de s'installer dans la clandestinité. Si ce n'est dans le mensonge.

La question de fond concerne ce sacerdoce du silence et de la peur. Nous sommes toujours en 1950, dans cette Église de la peur qui fait que des esprits libres cherchent dans leur sacerdoce ou dans la politique une voix pour s'exprimer. Le sacerdoce, pour les clercs, a tout bouffé. Et le sacerdoce des laïcs est aussi vorace. La politique a également fait taire des hommes et des femmes de grande valeur. On a fait des catholiques des sacramentalisés qui ne peuvent éructer sans se demander si cela est permis ou non parce qu'une grâce les a transformés.

L'abbé Gravel, qui n'est d'ailleurs abbé de rien ni personne, n'est pas un homme transformé. Pas plus que les évêques et les papes de Rome. C'est d'abord un citoyen: cela, personne ne veut le dire parce que l'on a sacramentalisé l'homme jusqu'à l'os et la société jusqu'au trognon. Le Créateur doit bien se moquer de ces milliers de clercs qui n'ont pas encore le courage d'être des humains, faits de boue, de salive et d'un souffle que la science n'a pas encore pu décrire adéquatement.

S'il faut se réjouir de quelque chose dans cette affaire, c'est que monsieur Gravel continuera de lire la Bible, où il ne trouvera pas beaucoup d'abbés, et qu'il trouvera sans doute dans les médias un lieu pour se faire entendre. Ce qui prend un courage exceptionnel. À ne pas oublier: la première fidélité est celle que l'on se doit à soi-même.
 
 
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