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Élections fédérales - Quelques raisons de ne pas voter pour les conservateurs

Marie-Ève Rochon - Montréal  10 septembre 2008 
Les conservateurs ont eu deux ans et demi pour faire leurs preuves, et elles sont faites. Le bilan est plus que clair, il est même limpide: remise en question des acquis sociaux, suppression de programmes de soutien aux artistes, irrégularité dans les dépenses électorales; la liste s'allonge toujours. Les conservateurs ont fait leurs preuves. Il est maintenant temps pour les citoyens de faire leur choix.

Réouverture du débat sur l'avortement

Tous ont entendu parler du projet de loi privé C-484 qui ferait du foetus une personne légale. Déjà, le texte du projet met en place une idéologie mensongère en utilisant les mots «enfants» pour désigner un foetus et «mère» pour une femme enceinte. Ces procédés ne sont pas accidentels; ils découlent certainement de convictions religieuses, morales et idéologiques.

Or, il apparaît que nous nous retrouvons aujourd'hui avec non pas un, mais quatre projets de loi menaçant le droit à l'avortement. Il s'agit des C-338, C-537 et C-543. Il serait plus que naïf de croire que le dépôt successif de quatre projets de loi connexes soit une coïncidence! Le but est manifestement de mener à une recriminalisation de l'avortement.

Compressions en culture

Comme Le Devoir l'évoquait dans son édition du 14 août, le gouvernement fédéral a dernièrement enclenché un «festival de la coupe» dans le domaine de la culture. Plusieurs programmes de soutien aux artistes ont été supprimés pour causes de compressions budgétaires (suppression d'un point de taxe et budget militaire en hausse obligent). C'est la version officielle.

Les conservateurs se disent que personne n'est contre la vertu et nous informent que le projet de loi C-10 vise à ne pas financer des productions pornographiques, racistes ou outrancièrement violentes. Or, des dispositions existent évidemment déjà afin d'empêcher que de telles productions ne soient financées par les deniers publics. En regard de cette constatation, il convient de se demander si le projet de loi C-10 est tout simplement inutile ou s'il sert des fins non avouées.

C'est dans ce contexte que les conservateurs ont annulé de nombreux programmes de subvention aux artistes. Des observateurs ont fait valoir l'importance économique et diplomatique de la production artistique au pays. M. Stephen Harper préfère cependant envoyer des émissaires autres que les artistes pour représenter le Canada sur la scène mondiale: ses soldats.

Détention d'Omar Khadr

Omar Khadr, ce jeune canadien présentement détenu à Guantánamo pour avoir, selon le gouvernement états-unien, tué un soldat américain en Afghanistan en 2002. Or, Omar Khadr n'avait que 15 ans au moment des faits. En vertu de la loi internationale, il devrait donc être jugé comme un enfant soldat. Les autorités états-uniennes comptent cependant le juger comme un adulte puisqu'il avait 16 ans lorsqu'il est arrivé à Guantánamo.

Outre cette violation des traités internationaux concernant le traitement des enfants soldats, le gouvernement Harper fait fi de son droit (d'aucuns diront qu'il s'agit également d'un devoir) de rapatriement d'un citoyen canadien. Encore plus inquiétantes sont les rumeurs selon lesquelles le jeune Khadr serait soumis à de la torture. Une vidéo récemment rendue publique montrait le jeune homme pleurant et évoquant des traitements comparables à de la torture. Stephen Harper fait preuve d'une hypocrisie sans borne en ne réagissant à aucune de ces injustices. En n'agissant pas, le gouvernement Harper endosse ces méthodes.

Irrégularités dans les dépenses électorales

Lors des dernières élections fédérales, le parti conservateur s'est manifestement joué des règles électorales. Le Parti a utilisé un procédé visant à gonfler les dépenses de candidats (au moins 42 selon Élections Canada) qui n'avaient pas encore atteint leur limite de dépenses. Le Parti a en effet versé des sommes impressionnantes (entre 20 000 et 50 000 $ par candidat) à ces candidats. Ces sommes ont cependant été utilisées à des fins de publicité pour tout le Parti, et non pour les campagnes des candidats.

Ce procédé a pour but de contourner la loi sur les dépenses électorales qui impose un plafond financier aux Partis, question que tous jouent à armes égales. Les conservateurs ayant en effet pratiquement atteint leur limite au cours des dernières élections, ils ont utilisé cette technique pour dépenser quelque 700 000 $ de plus que ce que la loi leur permet.

Ces procédés sont inadmissibles et des circonstances aggravantes pèsent sur la réputation des conservateurs. Premièrement, il faut dire que la moitié des candidats conservateurs visés par cette histoire proviennent du Québec. Ensuite, rappelons-nous que les conservateurs ont appuyé leur campagne de 2006 sur la transparence, afin d'offrir un prétendu changement de cap par rapport aux commandites des libéraux de Jean Chrétien.

La liste précédente d'aberrations engendrées par le PC n'est pas exhaustive, il faut encore y ajouter leur position réactionnaire quant aux sites d'injection supervisée, leur inaction en matière d'environnement, l'affaire Cadman ainsi que la militarisation du pays.

En 2006, les Canadiens ont décidé d'exprimer leur mécontentement devant scandale des commandites. L'appel a été entendu, les libéraux ont été relégués au rang de parti d'opposition. Le Parti conservateur ne peut toutefois prétendre être plus vertueux que les libéraux en ce domaine. Stéphane Dion n'est certainement pas le candidat charismatique et compétent pour qui nous aimerions voter. J'appelle cependant les Canadiens à ne pas voter par élimination, mais à voter pour le Parti qui les représente vraiment. À moins que les réalisations énumérées plus haut vous rendent fiers d'être canadien, ne votez pas conservateur cet automne.
 
 
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