Libre-Opinion - L'école de ma mère
Claude Girard - Saint-Joseph-du-Lac
3 septembre 2008
Ma mère a fréquenté le type d'école idéale plus autonome que décrit le député adéquiste Sébastien Proulx dans son texte intitulé «Pour un nouveau modèle d'école québécoise», publié dans Le Devoir du 30 août. Une structure bureaucratique minimale, avec une directrice d'école qui était aussi l'enseignante et la concierge.
Quand un enfant avait des difficultés d'apprentissage, éprouvait des problèmes de motivation ou avait l'impression de ne pas être à sa place, l'enseignante s'en occupait. Quand il manquait de bois pour chauffer l'école, les élus locaux y voyaient. Pour le transport scolaire, rien de plus simple. Ma mère et ses soeurs attelaient le cheval, montaient dans la carriole, et rendues à l'école, au bout de six ou sept kilomètres, descendaient, reviraient le cheval de bord et lui donnaient une claque sur les fesses. Le cheval revenait seul à la maison.
Ma mère a terminé sa septième année. Aux environs de 1930, elle est venue travailler à Montréal où elle a rencontré mon père qui n'avait pas terminé sa troisième année. Le secondaire? Quelques écoles dans la province. À Montréal, six écoles secondaires en 1957. Au début des années soixante, au Québec, une étude révélait que sept adultes sur dix n'avaient pas terminé leurs études primaires. La notion de décrochage scolaire n'existait pas à l'époque.
Dans ce contexte, inutile de dire que la Révolution tranquille est plutôt apparue comme un changement turbulent lorsque le gouvernement a décrété l'enseignement secondaire obligatoire pour tous. Pour ce faire, les élus s'inspirent du Sud et adoptent le système de busing américain (qui n'existe pas dans les pays scandinaves).
Malgré les distances appréciables, il faut que tous les petits Québécois aient accès à l'école primaire et secondaire. Il faut aussi que ceux qui ont des difficultés d'apprentissage aient les services appropriés. C'est encore du Sud que nous vient ce modèle de regroupement des ressources spécialisées pour répondre aux besoins du milieu. Ce regroupement se nomme school board dans la culture britannique. Et comme nous sommes de cette culture, mais de langue française, nous avons traduit par commission scolaire, concept qui n'existe pas en Europe continentale.
Par ailleurs, nos conceptions d'apprentissage ont beaucoup été influencées par les idées pédagogiques nouvelles qui circulent en Europe. Bref, au Québec, nous nous sommes payé un système d'éducation performant en nous inspirant d'idées qui venaient d'ailleurs et qui ont permis à nos élèves de se classer parmi les meilleurs au monde. Les résultats aux examens de l'OCDE en témoignent.
En exposant la vision adéquiste de l'école, monsieur Proulx semble faire la promotion de ce modèle d'organisation scolaire qui a prévalu jusqu'à la Révolution tranquille. Une école qui dépendait entièrement du milieu et dont le milieu était entièrement responsable. Cependant, après avoir défini l'élève exemplaire et fait l'éloge de l'autonomie de l'école, l'auteur énumère quelques conditions indispensables, notamment avoir accès aux ressources humaines et financières nécessaires et disposer de toute la latitude requise pour intervenir sans avoir à obtenir l'accord d'une quantité de structures administratives rigides.
Voilà où la vision adéquiste de l'école devient nébuleuse. Qui va définir les besoins? Qui va coordonner les services? Et surtout, qui va financer tout ce qu'il faudrait pour que l'école accomplisse sa mission? La réponse semble résider dans les pays scandinaves, où les communautés locales partagent la responsabilité financière du fonctionnement des écoles.
Est-ce à dire que l'État québécois pourrait se désengager et laisser les régions s'organiser selon leur capacité respective? Est-ce à dire qu'il appartiendrait aux instances politiques locales et régionales de financer les écoles de leur territoire à même leurs taxes? À moins qu'on ne ressorte une solution basée sur les lois du marché comme les bons d'étude, approche privilégiée par l'Institut économique de Montréal et prônée naguère par l'ADQ, et qu'on ne revienne à l'école de ma mère.
Quand un enfant avait des difficultés d'apprentissage, éprouvait des problèmes de motivation ou avait l'impression de ne pas être à sa place, l'enseignante s'en occupait. Quand il manquait de bois pour chauffer l'école, les élus locaux y voyaient. Pour le transport scolaire, rien de plus simple. Ma mère et ses soeurs attelaient le cheval, montaient dans la carriole, et rendues à l'école, au bout de six ou sept kilomètres, descendaient, reviraient le cheval de bord et lui donnaient une claque sur les fesses. Le cheval revenait seul à la maison.
Ma mère a terminé sa septième année. Aux environs de 1930, elle est venue travailler à Montréal où elle a rencontré mon père qui n'avait pas terminé sa troisième année. Le secondaire? Quelques écoles dans la province. À Montréal, six écoles secondaires en 1957. Au début des années soixante, au Québec, une étude révélait que sept adultes sur dix n'avaient pas terminé leurs études primaires. La notion de décrochage scolaire n'existait pas à l'époque.
Dans ce contexte, inutile de dire que la Révolution tranquille est plutôt apparue comme un changement turbulent lorsque le gouvernement a décrété l'enseignement secondaire obligatoire pour tous. Pour ce faire, les élus s'inspirent du Sud et adoptent le système de busing américain (qui n'existe pas dans les pays scandinaves).
Malgré les distances appréciables, il faut que tous les petits Québécois aient accès à l'école primaire et secondaire. Il faut aussi que ceux qui ont des difficultés d'apprentissage aient les services appropriés. C'est encore du Sud que nous vient ce modèle de regroupement des ressources spécialisées pour répondre aux besoins du milieu. Ce regroupement se nomme school board dans la culture britannique. Et comme nous sommes de cette culture, mais de langue française, nous avons traduit par commission scolaire, concept qui n'existe pas en Europe continentale.
Par ailleurs, nos conceptions d'apprentissage ont beaucoup été influencées par les idées pédagogiques nouvelles qui circulent en Europe. Bref, au Québec, nous nous sommes payé un système d'éducation performant en nous inspirant d'idées qui venaient d'ailleurs et qui ont permis à nos élèves de se classer parmi les meilleurs au monde. Les résultats aux examens de l'OCDE en témoignent.
En exposant la vision adéquiste de l'école, monsieur Proulx semble faire la promotion de ce modèle d'organisation scolaire qui a prévalu jusqu'à la Révolution tranquille. Une école qui dépendait entièrement du milieu et dont le milieu était entièrement responsable. Cependant, après avoir défini l'élève exemplaire et fait l'éloge de l'autonomie de l'école, l'auteur énumère quelques conditions indispensables, notamment avoir accès aux ressources humaines et financières nécessaires et disposer de toute la latitude requise pour intervenir sans avoir à obtenir l'accord d'une quantité de structures administratives rigides.
Voilà où la vision adéquiste de l'école devient nébuleuse. Qui va définir les besoins? Qui va coordonner les services? Et surtout, qui va financer tout ce qu'il faudrait pour que l'école accomplisse sa mission? La réponse semble résider dans les pays scandinaves, où les communautés locales partagent la responsabilité financière du fonctionnement des écoles.
Est-ce à dire que l'État québécois pourrait se désengager et laisser les régions s'organiser selon leur capacité respective? Est-ce à dire qu'il appartiendrait aux instances politiques locales et régionales de financer les écoles de leur territoire à même leurs taxes? À moins qu'on ne ressorte une solution basée sur les lois du marché comme les bons d'étude, approche privilégiée par l'Institut économique de Montréal et prônée naguère par l'ADQ, et qu'on ne revienne à l'école de ma mère.
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