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Une grammaire religieuse

Patrice Perreault - Bibliste  3 septembre 2008 
Depuis quelque temps, des gens affirment de façon péremptoire que le nouveau programme d'éthique et de culture religieuse initiera à plusieurs grandes religions. Mais est-ce bien le cas? Il existe une certaine confusion entre enseignement confessionnel et culture religieuse. Il convient de rappeler que les finalités du volet du cours d'éthique et de culture religieuse ne favorisent aucunement le prosélytisme de ces religions, mais plutôt visent à offrir aux élèves une compréhension anthropologique, fondée sur une approche similaire à celle des sciences religieuses.

En d'autres termes, le but du programme cherche avant tout à former des citoyens dotés d'une solide culture religieuse leur assurant la capacité de dialoguer avec des personnes adhérant à des croyances différentes afin d'édifier une culture publique commune.

Distinction à faire

Pour illustrer la distinction entre culture religieuse et religion, prenons un exemple issu de notre culture, soit la croyance que Jésus de Nazareth est le Fils de Dieu. Une approche confessionnelle comporte cette assertion: en tant que chrétiens, nous croyons que Jésus de Nazareth est le Fils de Dieu.

Par contre, une approche semblable aux sciences religieuses traite cette conviction d'un point de vue anthropologique, culturel et social. L'approche non confessionnelle consisterait en ceci: les chrétiens considèrent, selon leur doctrine, que Jésus de Nazareth, un homme ayant vécu entre - 6 et 30 de notre ère, est le Fils d'un Dieu monothéiste trinitaire.

Comme il est possible de le constater, il ne s'agit pas de valider ou d'invalider une croyance, mais bel et bien de la présenter comme un fait social. Dans cette perspective, aucun jugement n'est formulé quant à la validité ou non de cette croyance. L'ensemble des religions du programme sera présenté selon cette optique.

Autrement dit, le volet religieux a pour but d'enseigner aux enfants une «grammaire religieuse» susceptible de leur apporter «des notions qui, en sciences des religions, nous permettent d'articuler le phénomène religieux, comme le sont en géométrie les concepts d'angle, de figure, de ligne» (Nancy Bouchard, Éthique et culture religieuse à l'école, Montréal, PUQ, 2006, p. 22).

Bien entendu, cela constitue un saut qualitatif considérable par rapport à la situation confessionnelle prévalant auparavant. Cela exige d'adopter, pour les personnes croyantes, une attitude permettant une mise en perspective de l'adhésion à leur propre concept de la vérité ou de l'absolu transformant ainsi le rapport aux autres, comme le rappelle judicieusement le professeur Bouchard: «Dans cette rencontre avec l'autre, le sujet doit assumer le fait qu'il n'est pas le centre du monde, que son groupe d'appartenance n'a pas le monopole de la vérité, que les choses sont plus complexes qu'il n'y paraissait dès l'abord et requièrent pour être comprises d'être insérées dans un ensemble plus large.» (Nancy Bouchard, ibid.)

Compte tenu du fait que le Québec évolue vers une forme postchrétienne assumant pleinement le processus de sécularisation, ce programme constitue un outil pour construire une société plus inclusive, démocratique et égalitaire. Néanmoins, cela nécessite de la part des personnes intervenant dans le domaine religieux une capacité d'accueil et d'accompagnement des personnes qui peuvent vivre péniblement cette transition qui s'avérera assurément bénéfique pour toute la société.
 
 
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