Pékin 2008: et l'après-Jeux?
La croissance économique fulgurante de Pékin entraîne des problèmes de gouvernance et de planification urbaine assez spectaculaires, et l'incapacité chronique des élites locales de bien intégrer les installations olympiques est plutôt révélatrice. Le 13 juillet 2001, Pékin devenait la ville hôte des Jeux de la XXIXe Olympiade et se voyait dans l'obligation de construire et de rénover plus de 35 installations sportives en sept ans, en vue d'accueillir près de 18 000 athlètes et officiels et plus de 2,5 millions de visiteurs, ainsi que de moderniser ses infrastructures urbaines de manière à répondre aux exigences du CIO et de parfaire son image de métropole internationale.
Ce projet olympique se chiffre à près de 40 milliards de dollars, du jamais vu depuis la première édition d'Athènes en 1896, surtout du fait que ce budget est trois fois plus élevé que celui de la dernière olympiade, en 2004, et se révèle plus important que l'ensemble des investissements alloué pour toutes les éditions des Jeux olympiques d'été organisées depuis 1984.
Ainsi, sait-on aujourd'hui ce que vont devenir ces installations après la grande fête des Jeux? Sauront-elles se fondre dans l'organisation urbaine de la capitale chinoise et profiteront-elles à l'ensemble de la population ou seulement à une élite? Pékin imitera-t-elle Montréal dans une gestion post-olympique catastrophique ou connaîtra-t-elle plutôt les succès de Barcelone et de Sydney?
Laisser-aller politique
Le nouveau stade olympique («le nid») a été conçu pour recevoir plus de 90 000 spectateurs, pour un coût supérieur à 400 millions de dollars. Les autorités chinoises ont choisi d'édifier un stade à la fois garant d'un certain prestige international bénéfique pour Pékin et vecteur d'une charge symbolique et identitaire importante pour les Pékinois.
Toutefois, plusieurs architectes chinois et internationaux ont dénoncé une forme de laisser-aller politique dans la mesure où le projet olympique est devenu un véritable laboratoire d'expérimentations architecturales aux mains d'étrangers non soucieux de préserver l'héritage patrimonial pékinois (2 % du patrimoine de la vieille ville a été conservé) et délaissant totalement le design urbain traditionnel chinois.
De plus, ce stade est localisé dans le parc olympique qui regroupe plus de dix installations, et une augmentation de la ségrégation socio-spatiale est à craindre, au profit du secteur ouest de la capitale, où se concentrent ces équipements. Si on y ajoute le quartier de la Cité interdite, plus au Sud, on peut tracer un véritable axe nord-ouest, coupant ainsi la ville en deux et cloisonnant plusieurs quartiers.
Usage difficile
Ce projet pékinois s'oppose littéralement à celui des Jeux de Barcelone, en 1992, où l'objectif défini était davantage d'utiliser ces investissements urbains pour homogénéiser l'offre récréative dans l'agglomération. Ces logiques spatiales nous amènent à penser que ces infrastructures seront difficilement fréquentables par des populations localisées plus au sud ou à l'est de la métropole, en raison notamment de temps de transport considérables.
À cela s'ajoute aussi la spéculation foncière (près de 250 % dans certains quartiers), où nombre de districts ouvriers traditionnels ont été rasés (300 000 résidants déplacés) de manière à laisser place à plus de 300 millions de mètres carrés d'espaces à bureaux et de commerces représentant trois fois la superficie de Manhattan.
Et l'environnement?
Ces divers aménagements soulèvent également la question de l'environnement. En effet, même si cet aspect a été désigné par le CIO et les organisateurs chinois comme une des priorités de la candidature de Pékin, avec un plan de développement durable à moyen terme visant à limiter les émissions polluantes dans l'agglomération (12,2 milliards de dollars investis de 1998 à 2007) ainsi qu'un projet dénommé Olympic Green, favorisant l'implantation d'espaces verts dans le parc olympique, basé sur le modèle des Jeux de Sydney en 2000, il n'en reste pas moins que ces mesures apparaissent plutôt comme une façade construite pour des Jeux cachant une réalité bien plus sombre dans laquelle se meuvent, sans véritables règles, les acteurs d'une jungle métropolitaine en pleine expansion.
Désert de béton
Comprendre le devenir de ces équipements n'est pas chose aisée à Pékin, ville où l'ensemble des décisions prises est le fruit d'un diktat politique très opaque, conduit sans aucune consultation publique. Le choix de concentrer les installations olympiques dans un district urbain précis rappelle celui de Montréal en 1976, où faute de plan de reconversion post-olympique, cet espace est devenu un véritable «désert de béton».
La capitale chinoise s'obstine à vouloir devenir une grande métropole mondiale sans réellement prendre en considération d'autres expériences olympiques mais surtout sans se soucier des problèmes urbains et sociaux qui la guettent. C'est là le signe d'une gouvernance urbaine déficiente à coup sûr, mais également de cette idée que les Jeux Olympiques, symbole de réussite et porte d'entrée dans le monde des grandes puissances pour nombre de pays émergents, sont le plus souvent un trompe-l'oeil en matière de planification du territoire.
Ainsi, la devise olympique des Jeux de 2008, «Un monde, un rêve», risque de tourner au cauchemar pour plusieurs centaines de milliers de citadins, et ce, pour plusieurs années...
Ce projet olympique se chiffre à près de 40 milliards de dollars, du jamais vu depuis la première édition d'Athènes en 1896, surtout du fait que ce budget est trois fois plus élevé que celui de la dernière olympiade, en 2004, et se révèle plus important que l'ensemble des investissements alloué pour toutes les éditions des Jeux olympiques d'été organisées depuis 1984.
Ainsi, sait-on aujourd'hui ce que vont devenir ces installations après la grande fête des Jeux? Sauront-elles se fondre dans l'organisation urbaine de la capitale chinoise et profiteront-elles à l'ensemble de la population ou seulement à une élite? Pékin imitera-t-elle Montréal dans une gestion post-olympique catastrophique ou connaîtra-t-elle plutôt les succès de Barcelone et de Sydney?
Laisser-aller politique
Le nouveau stade olympique («le nid») a été conçu pour recevoir plus de 90 000 spectateurs, pour un coût supérieur à 400 millions de dollars. Les autorités chinoises ont choisi d'édifier un stade à la fois garant d'un certain prestige international bénéfique pour Pékin et vecteur d'une charge symbolique et identitaire importante pour les Pékinois.
Toutefois, plusieurs architectes chinois et internationaux ont dénoncé une forme de laisser-aller politique dans la mesure où le projet olympique est devenu un véritable laboratoire d'expérimentations architecturales aux mains d'étrangers non soucieux de préserver l'héritage patrimonial pékinois (2 % du patrimoine de la vieille ville a été conservé) et délaissant totalement le design urbain traditionnel chinois.
De plus, ce stade est localisé dans le parc olympique qui regroupe plus de dix installations, et une augmentation de la ségrégation socio-spatiale est à craindre, au profit du secteur ouest de la capitale, où se concentrent ces équipements. Si on y ajoute le quartier de la Cité interdite, plus au Sud, on peut tracer un véritable axe nord-ouest, coupant ainsi la ville en deux et cloisonnant plusieurs quartiers.
Usage difficile
Ce projet pékinois s'oppose littéralement à celui des Jeux de Barcelone, en 1992, où l'objectif défini était davantage d'utiliser ces investissements urbains pour homogénéiser l'offre récréative dans l'agglomération. Ces logiques spatiales nous amènent à penser que ces infrastructures seront difficilement fréquentables par des populations localisées plus au sud ou à l'est de la métropole, en raison notamment de temps de transport considérables.
À cela s'ajoute aussi la spéculation foncière (près de 250 % dans certains quartiers), où nombre de districts ouvriers traditionnels ont été rasés (300 000 résidants déplacés) de manière à laisser place à plus de 300 millions de mètres carrés d'espaces à bureaux et de commerces représentant trois fois la superficie de Manhattan.
Et l'environnement?
Ces divers aménagements soulèvent également la question de l'environnement. En effet, même si cet aspect a été désigné par le CIO et les organisateurs chinois comme une des priorités de la candidature de Pékin, avec un plan de développement durable à moyen terme visant à limiter les émissions polluantes dans l'agglomération (12,2 milliards de dollars investis de 1998 à 2007) ainsi qu'un projet dénommé Olympic Green, favorisant l'implantation d'espaces verts dans le parc olympique, basé sur le modèle des Jeux de Sydney en 2000, il n'en reste pas moins que ces mesures apparaissent plutôt comme une façade construite pour des Jeux cachant une réalité bien plus sombre dans laquelle se meuvent, sans véritables règles, les acteurs d'une jungle métropolitaine en pleine expansion.
Désert de béton
Comprendre le devenir de ces équipements n'est pas chose aisée à Pékin, ville où l'ensemble des décisions prises est le fruit d'un diktat politique très opaque, conduit sans aucune consultation publique. Le choix de concentrer les installations olympiques dans un district urbain précis rappelle celui de Montréal en 1976, où faute de plan de reconversion post-olympique, cet espace est devenu un véritable «désert de béton».
La capitale chinoise s'obstine à vouloir devenir une grande métropole mondiale sans réellement prendre en considération d'autres expériences olympiques mais surtout sans se soucier des problèmes urbains et sociaux qui la guettent. C'est là le signe d'une gouvernance urbaine déficiente à coup sûr, mais également de cette idée que les Jeux Olympiques, symbole de réussite et porte d'entrée dans le monde des grandes puissances pour nombre de pays émergents, sont le plus souvent un trompe-l'oeil en matière de planification du territoire.
Ainsi, la devise olympique des Jeux de 2008, «Un monde, un rêve», risque de tourner au cauchemar pour plusieurs centaines de milliers de citadins, et ce, pour plusieurs années...
Haut de la page

