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Forum public à l'UQAM - Pas de mouton noir dans la famille québécoise!

Françoise David - Porte-parole de la coalition D'abord solidaires  13 février 2003 
Les samedi 15 et dimanche 16 février, un forum public sur le modèle québécois aura lieu à l'UQAM dans la foulée de l'«appel pour un changement lucide et éclairé» lancé en cette page le 7 décembre dernier. Nous publions cette semaine des textes préparés par les quatre conférenciers invités à ouvrir le débat samedi matin. Préinscription obligatoire et programme à l'adresse www.changement.qc.ca.

Il est de bon ton, depuis quelques mois, de s'interroger sur ce qu'on appelle le «modèle québécois», modèle dont l'État serait le coeur et le centre. Dans un monde dominé par la pensée néolibérale, l'État interventionniste n'a pas bonne presse. En fait, selon les néolibéraux, il est même à la source de nombreux maux: règles tatillonnes qui empêchent les investisseurs de se déployer; impôts trop élevés qui freinent la consommation, donc la production, donc les profits; propositions de choix sociaux qui iraient à l'encontre de certaines libertés individuelles; etc.

Ces néolibéraux, politiciens, spéculateurs, économistes, négligent cependant de nous parler des conséquences dramatiques du «tout au marché» à l'échelle planétaire. Plus de un milliard d'êtres humains, principalement des femmes et des enfants, vivent dans une misère indicible pendant que les riches s'enrichissent. Au Québec même, où coexistent la pensée néolibérale et un filet de sécurité sociale aux mailles moins serrées qu'avant, des enfants arrivent le ventre creux à l'école. Il faut avoir ces faits en tête lorsque nous remettons le modèle québécois en question.

Mais qu'est-ce que le modèle québécois, au juste? À cette question, j'aurais envie de répondre: un mélange d'amour et de scepticisme entre la population québécoise et son État national; des gouvernements qui se succèdent et se ressemblent parfois en intervenant dans l'économie, en soutenant une culture distincte, en prônant la concertation entre divers acteurs socioéconomiques; des mouvements sociaux.

Ce modèle qui n'est pas unique au monde a souvent prouvé son efficacité, notamment en matière de création d'emplois, mais il comporte aussi ses limites. Un exemple: lorsque des représentants des milieux féministes et communautaires ont décidé de quitter le Sommet sur l'économie et l'emploi en octobre 1996 parce qu'ils n'avaient pas obtenu une clause d'appauvrissement zéro, ils ont été taxés d'intransigeance; on ne joue pas les moutons noirs dans la famille québécoise! Pourtant, quelques mois plus tard, plusieurs organismes syndicaux remettaient en question leur participation à un consensus aux conséquences dévastatrices.

Je rappelle cet événement simplement pour montrer que le modèle québécois a un effet pervers: celui de vouloir gommer les différences et les divergences au nom de la nécessité du consensus.

Même dans une société où la population est majoritairement soucieuse du bien commun, nous ne pouvons ignorer la diversité des intérêts qui coexistent tant bien que mal. Selon que l'on naisse riche ou pauvre, homme ou femme, Noir ou Blanc, Québécois ou autochtone, etc., notre compréhension du monde sera différente, nos besoins et nos problèmes aussi. «Tous les êtres humains naissent libres et égaux en droits», dit la Déclaration universelle des droits de l'homme (sic), mais nous savons que rien n'est moins vrai. Et voilà pourquoi nous avons besoin de l'État.

Il ne s'agit pas ici de faire l'apologie d'un État tentaculaire et bureaucratique. Qui n'a pas pesté un jour contre des règles tatillonnes et inutiles? Plutôt que de jeter l'État à la poubelle, centrons-le sur des tâches indispensables, par exemple la redistribution de la richesse par des mesures fiscales réellement progressistes et l'assurance pour tous d'un revenu couvrant leurs besoins essentiels; la garantie du respect des droits individuels et collectifs prévus par nos chartes; le souci d'un développement économique durable, respectueux de l'environnement; la réglementation du marché du travail accompagnée de protections sociales pour les travailleurs autonomes; un soutien véritable aux familles qui tienne compte du contexte historiquement nouveau de l'entrée massive des femmes sur le marché du travail.

Cependant, l'État ne peut pas agir seul. Que deviendrait cette société sans les nombreux mouvements sociaux qui donnent une voix aux sans-voix, critiquent des politiques néfastes, proposent des solutions alternatives? Que deviendraient les sidéens, les jeunes dans la rue, les personnes appauvries, les femmes victimes de violence, sans les milliers d'organismes communautaires et féministes, actifs dans un très grand nombre de villes et de villages du Québec? Sans les syndicats, les groupes écologistes, les comités de citoyens, beaucoup de problèmes n'auraient même pas été soulevés, beaucoup de solutions n'auraient pas été imaginées. Oui, il nous faut sans doute inventer des rapports plus mobilisants avec un État davantage à l'écoute de la population.
 
 
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