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On nous prend pour qui?

Guy Langevin - Artiste de Trois-Rivières  27 août 2008 
Le gouvernement fédéral a fait savoir qu'il abolissait plusieurs programmes de financement pour l'exploration dans le domaine des arts. Les raisons qui semblent pousser le gouvernement à agir de la sorte sont multiples, mais celles qu'il a énoncées seraient surtout fallacieuses.

Un des arguments invoqués stipule que «le gouvernement préfère accorder son aide à des représentations commerciales». Il m'a toujours semblé que ces programmes, dont le principal était géré par le ministère des Affaires extérieures, venaient justement en aide à ce type d'activités! Les artistes, quand ils se déplacent pour organiser ou monter des événements, des spectacles, des expositions, font justement des affaires, du commerce.

Ils essaient d'atteindre un public qui correspond à leur type d'activité, là où il se trouve. L'art n'est pas un domaine où l'on se plie aux exigences du public, mais où l'on essaie d'atteindre un public auquel correspond le travail proposé. Un certain pourcentage de la population est consommateur d'art, mais, plus la production est particulière, plus ce pourcentage est restreint. Il faut donc, pour atteindre une masse critique, exporter le travail et trouver les créneaux qui le serviront dans des pays et des cultures différentes. Il faut, pour y arriver, avoir la possibilité d'y faire de l'exploration.

Ne trouvez-vous pas curieux que tout le monde applaudisse à la création de délégations commerciales et qu'une recherche de ce type, dans le domaine de l'art, soit considérée comme un gaspillage? Personnellement, la seule différence que j'y vois, c'est que les délégations culturelles sont souvent plus efficaces et donnent des résultats plus directs. Nous n'avons pas le loisir de faillir dans nos recherches, nous n'en n'avons pas les moyens.

Représentation

Un autre argument invoqué: «Les artistes représentent mal le Canada à l'extérieur.» Elle est bien bonne, celle-là! Qui, mieux que les artistes et leur travail, peut représenter la culture distincte d'un peuple, d'une société ou d'un pays? Bien sûr, on ne fait pas dire ce que l'on veut aux artistes; pour certains politiciens, c'est un très vilain défaut, pour une société moderne, c'est une marque d'avancement social. [...]

Il m'est souvent arrivé dans des expositions à l'extérieur du pays, même sans avoir reçu un seul cent du gouvernement, de voir débarquer les ambassadeurs du Canada, venus spécialement pour décrire la diversité culturelle canadienne, et la grande importance des artistes dans notre pays. Ce gouvernement se pète les bretelles avec notre présence et notre dynamisme, mais, en même temps, on nous coupe les vivres. [...]

Hypocrisie

On peut aussi discuter des manières de notre gouvernement, qui abolit ces programmes en fin d'été, alors que le milieu culturel, comme le reste de la population, profite de la relâche estivale. Il a fallu une «fuite» pour que la population, et même le milieu artistique, soit informé de ces intentions (le mot est faible). Nous ne sommes pas loin de l'hypocrisie!

En fait, ce que nous voyons actuellement, c'est une prise de contrôle, la censure que veut opérer la droite ultramontaine sur la diffusion des arts, comme dans le reste des institutions de ce pays. Ce qui ne plaît pas, c'est la liberté d'expression. Cette liberté est pourtant une des valeurs fondamentales de ce pays, que je sache...

Les artistes peuvent être fiers du travail qu'ils font et des efforts qu'ils déploient pour le diffuser. Ils oeuvrent dans un domaine difficile, et leur travail vaut bien les quelques aides que trop peu de programmes mettent à leur disposition.
 
 
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