Joe Biden le sauveur?
Frédérick Gagnon - Professeur de science politique et directeur adjoint de l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand à l'UQAM et auteur d'une thèse de doctorat sur la carrière de Joe Biden
26 août 2008
Fini le suspense! Nous connaissons enfin l'identité du colistier de Barack Obama: il s'agit du sénateur du Delaware Joe Biden. Les options étaient nombreuses: le gouverneur Tim Kaine et le sénateur Evan Bayh auraient peut-être permis de gagner des «États rouges», comme la Virginie et l'Indiana. Hillary Clinton a beaucoup d'expérience, et sa nomination aurait été utile pour souder les camps Obama et Clinton à l'approche de la Convention démocrate qui s'amorçait hier.
Mais qu'à cela ne tienne: les noms «Obama-Biden» sont finalement ceux qui figureront sur les affiches électorales. L'heureux élu n'est pas parfait: on l'a accusé de plagier des discours politiques alors qu'il briguait l'investiture de son parti durant la présidentielle de 1988, et son franc-parler suscite parfois la controverse. Biden était cependant le choix logique: capable de combler les sérieuses lacunes d'Obama, il est peut-être l'ingrédient qui permettra de sauver la campagne démocrate.
Expérience, expérience, expérience...
Le mois d'août a effectivement démontré qu'Obama ne pourra vaincre McCain sans Biden. Expérience, ce mot fétiche d'Hillary Clinton durant les primaires, est revenu hanter le démocrate. Armé d'un nouveau chef de campagne qui a pigé quelques-uns de ses tours de Karl Rove, l'architecte des victoires de George W. Bush en 2000 et en 2004, John McCain est passé à l'attaque en affirmant qu'Obama est l'une des «plus grandes célébrités du monde», mais qu'il n'est pas prêt à gouverner.
Il est vrai que le curriculum vitae du démocrate est plutôt maigre: sept années au Sénat de l'Illinois, une course ratée pour un siège à la Chambre des représentants des États-Unis, deux livres à grand succès et moins de quatre années passées au Sénat des États-Unis. Il est en fait le quatrième candidat majeur parmi les moins qualifiés qui ont brigué la présidence depuis la Guerre civile américaine, devant Horace Greeley (1872), William Jennings Bryan (1896) et Wendell Willkie (1940), qui avaient tous trois perdu. Les Américains ont donc froid dans le dos quand McCain affirme qu'Obama sera incapable de gérer les crises internationales.
Mais cet argument a désormais moins de poids avec Biden dans la course. Le colistier d'Obama a fait son arrivée au Sénat des États-Unis en 1973, soit dix ans avant l'élection de McCain à la Chambre des représentants. Il est l'un des experts de politique étrangère les plus respectés à Washington, comme en témoigne la tendance d'Obama, d'Hillary Clinton et de John Edwards à affirmer, durant les primaires, que «Joe a raison» («Joe is right») quand il parle de l'Irak, de l'Iran ou de la crise au Darfour.
Parcours international
L'expérience internationale de Biden est décrite en détail dans une autobiographie publiée en 2007 (Promises to Keep). Il y raconte notamment ses rencontres avec d'importants chefs d'État, dont le chancelier allemand Helmut Schmidt, la première ministre israélienne Golda Meir, le leader chinois Deng Xiaoping, le président Brejnev et le leader serbe Slobodan Milosevic — à qui il confie qu'il le considère comme un «criminel de guerre».
À titre de membre et de président de la puissante commission du Sénat sur les Relations extérieures, Biden a participé aux plus importants débats de politique étrangère depuis Nixon, comme ceux sur la guerre au Vietnam, le financement américain des activités de l'ONU, la gestion des relations avec des puissances comme la Chine, la Russie, l'Inde et le Pakistan, le réchauffement climatique et la lutte contre le terrorisme.
Biden déplaît à certains partisans d'Obama parce qu'il a péché en votant pour la résolution du Congrès de 2002 autorisant George W. Bush à intervenir en Irak. Il est toutefois devenu l'un des plus ardents critiques de Bush depuis, et Obama trouvera en lui un véritable sage, capable de le conseiller et de guider ses choix. Biden pourrait en fait devenir un vice-président aussi influent que Dick Cheney l'a été depuis 2001.
Un peu de mordant dans la campagne
Joe Biden permettra aussi aux démocrates de faire preuve de plus de fermeté dans le duel présidentiel. Alors que McCain a adopté un ton résolument négatif ces dernières semaines, Obama a refusé de rompre avec sa promesse de ne pas faire de basse politique. Sa chute dans les sondages démontre toutefois qu'il n'aura pas le choix d'ajuster le tir.
Les publicités démocrates affirment déjà que McCain est le «chouchou» des compagnies pétrolières, ne connaît rien à l'économie et a appuyé 95 % des projets de George W. Bush. Mais Biden, qui n'a jamais mâché ses mots, donnera encore plus de mordant à la poésie d'Obama grâce à sa verve et ses phrases courtes et efficaces. On se souvient encore du sort qu'il avait réservé à l'ex-maire de New York Rudy Giuliani durant les primaires, affirmant que celui-ci était incapable d'inclure autre chose qu'un «nom, un verbe et les mots 11-Septembre dans une phrase».
Un batailleur aux sept vies
L'histoire personnelle de Biden est, en outre, peut-être aussi inspirante que celle de Barack Obama. Plusieurs Américains seront notamment touchés d'apprendre qu'il a perdu sa femme et sa fille dans un accident de voiture peu de temps après son élection au Sénat, a été victime de deux ruptures d'anévrisme au cerveau et a remis sa carrière politique en question plus d'une fois.
Un peu à l'image du boxeur Rocky Balboa, Biden est ce batailleur qui va au tapis, mais qui se relève toujours! Il ajoute ainsi une autre dimension au message d'espoir d'Obama. Biden peut effectivement jurer qu'il comprend le sentiment des Américains qui ont perdu leur mari ou leur femme en Irak, qu'il ne serait plus en vie s'il n'avait pas eu l'assurance maladie et que la classe moyenne se relèvera des difficultés économiques des années Bush.
Obama avait donc d'excellentes raisons de choisir Biden, même si celui-ci avait déclaré, durant les primaires, que le candidat démocrate «n'est pas prêt à être président, car la présidence n'est pas quelque chose qui s'apprend sur le tas». Biden est non seulement craint et respecté par les Républicains, mais il fait aussi prendre conscience à McCain qu'il ne pourra compter sur un colistier aussi redoutable que lui pour l'accompagner dans la victoire ou la défaite en novembre.
Mais qu'à cela ne tienne: les noms «Obama-Biden» sont finalement ceux qui figureront sur les affiches électorales. L'heureux élu n'est pas parfait: on l'a accusé de plagier des discours politiques alors qu'il briguait l'investiture de son parti durant la présidentielle de 1988, et son franc-parler suscite parfois la controverse. Biden était cependant le choix logique: capable de combler les sérieuses lacunes d'Obama, il est peut-être l'ingrédient qui permettra de sauver la campagne démocrate.
Expérience, expérience, expérience...
Le mois d'août a effectivement démontré qu'Obama ne pourra vaincre McCain sans Biden. Expérience, ce mot fétiche d'Hillary Clinton durant les primaires, est revenu hanter le démocrate. Armé d'un nouveau chef de campagne qui a pigé quelques-uns de ses tours de Karl Rove, l'architecte des victoires de George W. Bush en 2000 et en 2004, John McCain est passé à l'attaque en affirmant qu'Obama est l'une des «plus grandes célébrités du monde», mais qu'il n'est pas prêt à gouverner.
Il est vrai que le curriculum vitae du démocrate est plutôt maigre: sept années au Sénat de l'Illinois, une course ratée pour un siège à la Chambre des représentants des États-Unis, deux livres à grand succès et moins de quatre années passées au Sénat des États-Unis. Il est en fait le quatrième candidat majeur parmi les moins qualifiés qui ont brigué la présidence depuis la Guerre civile américaine, devant Horace Greeley (1872), William Jennings Bryan (1896) et Wendell Willkie (1940), qui avaient tous trois perdu. Les Américains ont donc froid dans le dos quand McCain affirme qu'Obama sera incapable de gérer les crises internationales.
Mais cet argument a désormais moins de poids avec Biden dans la course. Le colistier d'Obama a fait son arrivée au Sénat des États-Unis en 1973, soit dix ans avant l'élection de McCain à la Chambre des représentants. Il est l'un des experts de politique étrangère les plus respectés à Washington, comme en témoigne la tendance d'Obama, d'Hillary Clinton et de John Edwards à affirmer, durant les primaires, que «Joe a raison» («Joe is right») quand il parle de l'Irak, de l'Iran ou de la crise au Darfour.
Parcours international
L'expérience internationale de Biden est décrite en détail dans une autobiographie publiée en 2007 (Promises to Keep). Il y raconte notamment ses rencontres avec d'importants chefs d'État, dont le chancelier allemand Helmut Schmidt, la première ministre israélienne Golda Meir, le leader chinois Deng Xiaoping, le président Brejnev et le leader serbe Slobodan Milosevic — à qui il confie qu'il le considère comme un «criminel de guerre».
À titre de membre et de président de la puissante commission du Sénat sur les Relations extérieures, Biden a participé aux plus importants débats de politique étrangère depuis Nixon, comme ceux sur la guerre au Vietnam, le financement américain des activités de l'ONU, la gestion des relations avec des puissances comme la Chine, la Russie, l'Inde et le Pakistan, le réchauffement climatique et la lutte contre le terrorisme.
Biden déplaît à certains partisans d'Obama parce qu'il a péché en votant pour la résolution du Congrès de 2002 autorisant George W. Bush à intervenir en Irak. Il est toutefois devenu l'un des plus ardents critiques de Bush depuis, et Obama trouvera en lui un véritable sage, capable de le conseiller et de guider ses choix. Biden pourrait en fait devenir un vice-président aussi influent que Dick Cheney l'a été depuis 2001.
Un peu de mordant dans la campagne
Joe Biden permettra aussi aux démocrates de faire preuve de plus de fermeté dans le duel présidentiel. Alors que McCain a adopté un ton résolument négatif ces dernières semaines, Obama a refusé de rompre avec sa promesse de ne pas faire de basse politique. Sa chute dans les sondages démontre toutefois qu'il n'aura pas le choix d'ajuster le tir.
Les publicités démocrates affirment déjà que McCain est le «chouchou» des compagnies pétrolières, ne connaît rien à l'économie et a appuyé 95 % des projets de George W. Bush. Mais Biden, qui n'a jamais mâché ses mots, donnera encore plus de mordant à la poésie d'Obama grâce à sa verve et ses phrases courtes et efficaces. On se souvient encore du sort qu'il avait réservé à l'ex-maire de New York Rudy Giuliani durant les primaires, affirmant que celui-ci était incapable d'inclure autre chose qu'un «nom, un verbe et les mots 11-Septembre dans une phrase».
Un batailleur aux sept vies
L'histoire personnelle de Biden est, en outre, peut-être aussi inspirante que celle de Barack Obama. Plusieurs Américains seront notamment touchés d'apprendre qu'il a perdu sa femme et sa fille dans un accident de voiture peu de temps après son élection au Sénat, a été victime de deux ruptures d'anévrisme au cerveau et a remis sa carrière politique en question plus d'une fois.
Un peu à l'image du boxeur Rocky Balboa, Biden est ce batailleur qui va au tapis, mais qui se relève toujours! Il ajoute ainsi une autre dimension au message d'espoir d'Obama. Biden peut effectivement jurer qu'il comprend le sentiment des Américains qui ont perdu leur mari ou leur femme en Irak, qu'il ne serait plus en vie s'il n'avait pas eu l'assurance maladie et que la classe moyenne se relèvera des difficultés économiques des années Bush.
Obama avait donc d'excellentes raisons de choisir Biden, même si celui-ci avait déclaré, durant les primaires, que le candidat démocrate «n'est pas prêt à être président, car la présidence n'est pas quelque chose qui s'apprend sur le tas». Biden est non seulement craint et respecté par les Républicains, mais il fait aussi prendre conscience à McCain qu'il ne pourra compter sur un colistier aussi redoutable que lui pour l'accompagner dans la victoire ou la défaite en novembre.
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