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Questions d'images - Coubertin le Canadien

Jean-Jacques Stréliski - Spécialiste en stratégie d’images  25 août 2008 
S'il est un événement générateur d'images et scrupuleusement utilisé à ces fins par les villes et pays hôtes depuis leur refonte au début du siècle dernier, c'est bien évidemment les Jeux olympiques modernes. Utilisés, mais également récupérés par les propagandes ou régimes politiques de tous poils, ils représentent bien évidemment la vitrine idéale pour montrer à la planète tout entière que tout va pour le mieux dans le pays ou sous le régime en question. Et quand ce pays organisateur devient de surcroît un producteur d'or et de performances olympiques, la prestation d'images vaudra alors bien davantage que la prestation sportive. On ne l'aura, hélas, que trop bien compris.

Ainsi, de la cérémonie d'ouverture à l'accueil et la fréquentation du public, du déroulement des compétitions à l'ultime minute de la cérémonie de clôture, pas un détail n'échappera à la vigilance des politiques, des divers comités organisateurs ou autres, et des multiples équipes de coordination et de supervision.

Pékin, de ce point de vue, n'aura pas fait exception. Bien au contraire.

Tout n'aura pas été rose. Il est certes bien trop tôt pour connaître le véritable impact de ces Jeux sur la réputation du pays. À l'intérieur des frontières, pas de problème, ces deux dernières semaines ont, sans nul doute, produit l'effet voulu en matière de fierté et de confiance auprès d'une population chinoise légitimement en attente de triomphalisme et de reconnaissance. Mais il y a fort à parier que tous les doutes qui existaient avant les jeux n'ont pas été dissipés et qu'ils subsisteront, en totalité ou en en partie, pour de nombreuses années encore. Car, à l'évidence, on peut se demander si la Chine n'en a pas un peu trop fait, un peu trop montré. Si elle n'a pas un peu trop «réussi» ses Jeux. Je garde en mémoire des images et des révélations troublantes. Cette gamine «rondelette et aux dents croches» que l'on prive de chorale olympique, alors que sa voix de cristal est préenregistrée et que l'hymne olympique est interprété en lipsync lors de la cérémonie d'ouverture par une enfant aux traits «parfaits» en conformité avec l'image que la Chine souhaite projeter.

Je demeure interpellé également par ces très frêles jeunes filles, gymnastes émérites qui, à peine sorties de l'enfance, donnent des prestations impeccables que des championnes aguerries aux compétitions internationales ne peuvent plus donner. Je me demande quelle enfance elles ont eue, si elles en ont eu. De quoi fut fait leur quotidien dans les dernières années depuis le moment où l'on a su que Pékin accueillerait les Jeux? Et de même, je me doute bien qu'elles ne furent pas les seules à vivre ces «encadrements» et ces «préparations» physiques et psychologiques. Je garde en mémoire l'image pitoyable de ce grand champion du 110 m haies, Liu Xiang, contraint par la blessure à déclarer forfait avant le départ de sa série, course à laquelle tous les Chinois le voyaient déjà triomphant, comme il l'avait fait à Athènes. Certains esprits chagrins ont même pensé que son faux départ avait été organisé avec d'autres coureurs pour permettre à Liu Xiang de sortir claudiquant, en héros, de la compétition. On n'en a bien sûr aucune preuve, mais pourquoi avoir caché cette blessure jusqu'au dernier moment? Quelle désolation de voir alors ce grand athlète en si piteux état, tremblant comme un gamin, s'excusant à la nation de lui avoir fait subir pareille humiliation collective. Et son entraîneur en larmes d'en rajouter à son tour. Cela m'a profondément intrigué, mais pas pour les mêmes raisons. Mais qu'est-ce que l'esprit olympique de Coubertin a de commun avec ses quêtes inhumaines de perfection?

Pour en retrouver les fondements et les manifestations, je me suis, par contre, sincèrement amusé à observer les attitudes et participations canadiennes, des comportements qui auraient sans doute comblé d'aise le célèbre baron.

Exception faite de la performance très discutable de son premier ministre, la participation du Canada aux Jeux de Pékin fut, à mon avis, assez exemplaire. Athlètes, entraîneurs et même, journalistes m'ont ravi tant j'ai senti qu'au sein de cette délégation, on a respecté, me semble-t-il, l'esprit olympique tel qu'il a pu être imaginé à l'origine par le baron Pierre de Coubertin. Je me suis naturellement intéressé au Canada, sachant Dieu merci, que quelques autres pays ont su concourir dans le même esprit. J'ai senti le dépassement individuel, l'entraide dans les sports d'équipe. La quête de son propre but plus que celle de la médaille. Curieusement, au commencement des Jeux, j'étais un peu irrité par ce qui pouvait ressembler à un manque d'ambition ou une attitude défaitiste du Canada. J'étais moi-même influencé et déjà sous l'emprise de la performance chinoise dont on sentait très bien, la minutie et la sévérité de préparation. Alors que le Canada a connu un départ très lent avec une première semaine de quasi-disette. Puis, à la longue, ce que j'assimilais à de la candeur, à de l'à-peu-près ou encore à des contre-performances prit sa véritable dimension. Certaines déclarations — en apparence défaitistes — quoique sincères, du genre: «... je ferai mieux la prochaine fois, j'suis content de ma septième place ou je serais prête pour les Jeux de Londres»... révélèrent, après réflexion, leur véritable résonance. Une résonance humaine, accessible et parfaitement symbiotique avec l'énoncé de Coubertin: l'essentiel est de participer. À croire que Coubertin pensait au Canada dans sa définition de l'idéal olympique.

Exception faite de la performance très discutable de son premier ministre, la participation du Canada aux Jeux de Pékin fut, à mon avis, assez exemplaire. Athlètes, entraîneurs et même, journalistes m'ont ravi tant j'ai senti qu'au sein de cette délégation, on a respecté, me semble-t-il, l'esprit olympique tel qu'il a pu être imaginé à l'origine par le baron Pierre de Coubertin. Je me suis naturellement intéressé au Canada, sachant Dieu merci, que quelques autres pays ont su concourir dans le même esprit. J'ai senti le dépassement individuel, l'entraide dans les sports d'équipe. La quête de son propre but plus que celle de la médaille. Curieusement, au commencement des Jeux, j'étais un peu irrité par ce qui pouvait ressembler à un manque d'ambition ou une attitude défaitiste du Canada. J'étais moi-même influencé et déjà sous l'emprise de la performance chinoise dont on sentait très bien, la minutie et la sévérité de préparation. Alors que le Canada a connu un départ très lent avec une première semaine de quasi-disette. Puis, à la longue, ce que j'assimilais à de la candeur, à de l'à-peu-près ou encore à des contre-performances prit sa véritable dimension. Certaines déclarations — en apparence défaitistes — quoique sincères, du genre: «... je ferai mieux la prochaine fois, j'suis content de ma septième place ou je serais prête pour les Jeux de Londres»... révélèrent, après réflexion, leur véritable résonance. Une résonance humaine, accessible et parfaitement symbiotique avec l'énoncé de Coubertin: l'essentiel est de participer. À croire que Coubertin pensait au Canada dans sa définition de l'idéal olympique.

Comme tout le monde, je demeurerai pantois devant les exploits de Phelps. Stupéfait par ceux de Bolt. Admiratif, devant la foison de médailles chinoises et américaines. Mais par-dessus tout, je garderai des Jeux de Pékin le souvenir des visages ébahis de celles et ceux qui ont lutté et souffert avant de toucher l'inaccessible étoile. Éric Lamaze (mon meilleur), Alexandre Despatie et Émilie Heymans, tous revenus de l'enfer, retrouvant en même temps que leurs exceptionnelles capacités, leur véritable sourire d'enfant. «On a eu chaud, semblent-ils nous dire, mais qu'est ce qu'on a eu comme fun!»
 
 
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