Les aventures de Pierre et Mario
Yves Beauchemin - Écrivain
12 février 2003
Pierre Bourque passe à l'ADQ. La nouvelle n'a surpris personne puisqu'on l'annonçait depuis des semaines. Ce qui en a surpris plusieurs, par contre, c'est l'hymne dont l'ex-maire de Montréal a choisi d'accompagner l'annonce de sa conversion politique. Hymne au fédéralisme, au bilinguisme et à l'anglais. Rien de moins. Pour se convertir davantage, il faudrait suivre un cours.
L'ex-souverainiste voit désormais le Québec comme «un État à l'intérieur de l'ensemble canadien». Je ne sais pas ce que le Canada pense de cette idée, qui semble être un emprunt à Yvon Deschamps, mais pareil «État» aurait l'autonomie d'un bébé à l'intérieur du ventre de sa maman — sans possibilité de jamais en sortir. On sait combien ça peut devenir étouffant. De société distincte à société éteinte?
Pierre Bourque souhaite également un Québec bilingue. Francophone, bien sûr, mais bilingue, massivement bilingue — et même multilingue (pourquoi se priver?). Le nouveau converti oublie que les pays bilingues ont un bien vilain défaut: ils ne durent pas. Ce sont des sociétés en voie d'assimilation, comme l'a montré depuis longtemps la sociologie linguistique. Si l'ancien maire de Montréal a besoin d'exemples, il n'a qu'à faire une tournée des minorités francophones en Amérique. Maintenant que son île est devenue une ville, se ficherait-il de la langue qu'on y parlerait?
Pierre Bourque vient de développer une fervente adoration pour l'anglais, «l'outil indispensable au rapprochement entre les peuples et aux échanges éducatifs, scientifiques et culturels», a-t-il déclaré, réduisant du coup le français à la langue du passe-moi-le-beurre et des vieilles chansons de mon oncle Oscar. A-t-il oublié que l'anglais est aussi un outil de domination qui est en train de laminer en Occident toutes les cultures qui ne sont pas anglophones? Pierre Bourque, en humaniste généreux, veut aider l'anglais dans son rôle «civilisateur», comme la mouche qui essaie vaillamment d'aider le boeuf à tirer la charrue.
Le nouveau propagandiste de l'automutilation nationale dit agir d'abord et avant tout à cause de son «amour pour le Québec». À être aimés ainsi, on souhaiterait qu'il nous déteste un peu de temps à autre. Ça reposerait.
Pourquoi ce brusque changement de cap? Il n'y a que l'ex-maire pour en connaître les raisons profondes, mais on peut quand même essayer de les deviner.
Ce dont Pierre Bourque semble se languir, ce qu'il veut retrouver à tout prix, c'est le pouvoir. Montréal lui a glissé entre les mains. Il lorgne maintenant le Québec. L'ADQ lui paraît le chemin le plus court pour satisfaire ses désirs. Les Montréalais connaissent son appétit féroce pour le pouvoir, qui lui faisait lever le nez sur les consultations populaires et les règlements d'urbanisme; Pierre Bourque, en effet, considérait ses électeurs comme des mineurs sans droit de parole (sauf aux élections), qui devaient courber la tête sous son autorité paternelle. Disciple de Jean Drapeau, il se voyait comme un roi et siégeait sur un trône.
Il s'est d'ailleurs expliqué là-dessus avec candeur lors de l'annonce de sa conversion, déclarant qu'il ne voyait pas «d'avenir aux partis de type démocratique ou socialiste». Quelle sera sa surprise lorsqu'il apprendra que le D d'ADQ représente le mot «démocratique»! Mais il est vrai qu'en politique, souvent, les mots ne veulent rien dire.
S'il y avait eu un homme sage dans le pantalon de Pierre Bourque, il aurait tu ces choses. La sagesse viendra, personne n'en doute. Elle viendra aussi très vite à Mario Dumont, mais dans la douleur peut-être. En accueillant un autocrate dans son parti, il vient de se faire un redoutable concurrent. Mario va sans doute rester longtemps au volant de l'ADQ. Mais il risque de se retrouver bientôt accroché à une remorqueuse.
Les aventures de Pierre et Mario viennent de commencer.
L'ex-souverainiste voit désormais le Québec comme «un État à l'intérieur de l'ensemble canadien». Je ne sais pas ce que le Canada pense de cette idée, qui semble être un emprunt à Yvon Deschamps, mais pareil «État» aurait l'autonomie d'un bébé à l'intérieur du ventre de sa maman — sans possibilité de jamais en sortir. On sait combien ça peut devenir étouffant. De société distincte à société éteinte?
Pierre Bourque souhaite également un Québec bilingue. Francophone, bien sûr, mais bilingue, massivement bilingue — et même multilingue (pourquoi se priver?). Le nouveau converti oublie que les pays bilingues ont un bien vilain défaut: ils ne durent pas. Ce sont des sociétés en voie d'assimilation, comme l'a montré depuis longtemps la sociologie linguistique. Si l'ancien maire de Montréal a besoin d'exemples, il n'a qu'à faire une tournée des minorités francophones en Amérique. Maintenant que son île est devenue une ville, se ficherait-il de la langue qu'on y parlerait?
Pierre Bourque vient de développer une fervente adoration pour l'anglais, «l'outil indispensable au rapprochement entre les peuples et aux échanges éducatifs, scientifiques et culturels», a-t-il déclaré, réduisant du coup le français à la langue du passe-moi-le-beurre et des vieilles chansons de mon oncle Oscar. A-t-il oublié que l'anglais est aussi un outil de domination qui est en train de laminer en Occident toutes les cultures qui ne sont pas anglophones? Pierre Bourque, en humaniste généreux, veut aider l'anglais dans son rôle «civilisateur», comme la mouche qui essaie vaillamment d'aider le boeuf à tirer la charrue.
Le nouveau propagandiste de l'automutilation nationale dit agir d'abord et avant tout à cause de son «amour pour le Québec». À être aimés ainsi, on souhaiterait qu'il nous déteste un peu de temps à autre. Ça reposerait.
Pourquoi ce brusque changement de cap? Il n'y a que l'ex-maire pour en connaître les raisons profondes, mais on peut quand même essayer de les deviner.
Ce dont Pierre Bourque semble se languir, ce qu'il veut retrouver à tout prix, c'est le pouvoir. Montréal lui a glissé entre les mains. Il lorgne maintenant le Québec. L'ADQ lui paraît le chemin le plus court pour satisfaire ses désirs. Les Montréalais connaissent son appétit féroce pour le pouvoir, qui lui faisait lever le nez sur les consultations populaires et les règlements d'urbanisme; Pierre Bourque, en effet, considérait ses électeurs comme des mineurs sans droit de parole (sauf aux élections), qui devaient courber la tête sous son autorité paternelle. Disciple de Jean Drapeau, il se voyait comme un roi et siégeait sur un trône.
Il s'est d'ailleurs expliqué là-dessus avec candeur lors de l'annonce de sa conversion, déclarant qu'il ne voyait pas «d'avenir aux partis de type démocratique ou socialiste». Quelle sera sa surprise lorsqu'il apprendra que le D d'ADQ représente le mot «démocratique»! Mais il est vrai qu'en politique, souvent, les mots ne veulent rien dire.
S'il y avait eu un homme sage dans le pantalon de Pierre Bourque, il aurait tu ces choses. La sagesse viendra, personne n'en doute. Elle viendra aussi très vite à Mario Dumont, mais dans la douleur peut-être. En accueillant un autocrate dans son parti, il vient de se faire un redoutable concurrent. Mario va sans doute rester longtemps au volant de l'ADQ. Mais il risque de se retrouver bientôt accroché à une remorqueuse.
Les aventures de Pierre et Mario viennent de commencer.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

