L'Irak déchire l'OTAN
Photo : Agence Reuters
Le président français Jacques Chirac a accueilli son homologue russe Vladimir Poutine, hier, à l’aéroport de Roissy. M. Poutine est venu à Paris soutenir le camp de la paix sur la question irakienne.
Paris — La France, la Russie et l'Allemagne ont adopté hier soir une «déclaration commune» appelant à la poursuite et au «renforcement substantiel» des inspections en Irak, après qu'une grave crise eut éclaté au sein de l'OTAN, où la France, la Belgique et l'Allemagne ont opposé leur veto aux demandes américaines de soutien militaire à la Turquie.
Le président américain George W. Bush s'est déclaré déçu par l'attitude de Paris à l'OTAN, qu'il a jugée «à courte vue». Mais Washington a toutefois cherché à dédramatiser cette crise.
Dans leur déclaration commune, Paris, Moscou et Berlin affirment qu'«il y a encore une alternative à la guerre» contre l'Irak. Selon le président français Jacques Chirac, «rien ne justifie aujourd'hui une guerre». Il a ajouté que, «dans l'état actuel des choses», il «n'avait pas de preuves indiscutables» de la possession par l'Irak d'armes de destruction massive, au cours d'un point de presse conjoint avec le président russe Vladimir Poutine, venu à Paris soutenir le camp de la paix en Irak. Il a affirmé que la France ne mettait «en rien en cause la solidarité atlantique» et a revendiqué une opinion différente de celle des États-Unis sur un sujet «qui suppose une approche morale».
De son côté, Vladimir Poutine a réaffirmé son opposition à l'usage de la force en Irak, déclarant que celui-ci pourrait être «lourd de conséquences». Il a aussi indiqué que la Russie était d'accord pour que l'aviation russe participe, «en cas de besoin», au renforcement des inspections de l'ONU en Irak.
Au moment où les relations avec Washington traversent une crise, Paris, Moscou et Berlin affirment que le débat sur les moyens de parvenir au désarmement de l'Irak «doit se poursuivre dans l'esprit d'amitié et de respect qui caractérise [leurs] relations avec les États-Unis et avec d'autres pays». Pour les trois pays, les inspections de l'ONU «ont déjà produit des résultats».
Le triple veto à l'OTAN a provoqué hier après-midi une crise aiguë au sein de l'Alliance. «Je suis déçu que la France empêche l'OTAN d'aider un pays comme la Turquie à se préparer», a déclaré M. Bush en recevant le premier ministre australien, John Howard, à la Maison-Blanche, estimant que cette attitude avait «un effet négatif» sur l'Alliance atlantique. Le président américain a estimé, dans des déclarations visant plus particulièrement la France, que cette attitude était «à courte vue». «Je ne comprends pas cette décision qui affecte l'Alliance de façon négative», a-t-il indiqué, en espérant que la France «allait reconsidérer» sa position.
Le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld a soutenu que «la planification se poursuivrait hors de l'OTAN si nécessaire», tout en se disant «sûr que l'OTAN trouvera un moyen d'y arriver finalement». Il a estimé que la France, la Belgique et l'Allemagne faisaient «une erreur regrettable» en bloquant l'approbation des décisions à l'OTAN.
La France juge prématuré que l'OTAN prenne des «mesures immédiates» pour la protection de la Turquie, a-t-on répété de source française à l'OTAN. Paris et Bruxelles, comme Berlin, considèrent qu'accepter les demandes américaines ferait entrer prématurément l'OTAN dans une «logique de guerre». L'OTAN a convoqué une nouvelle réunion extraordinaire des ambassadeurs ce matin à 10h GMT à Bruxelles, la troisième en deux jours.
Le Canada et la protection de la Turquie
Invité à expliquer la position canadienne, le premier ministre Jean Chrétien a défendu le droit de la Turquie à se préparer. «Je trouve qu'il est tout à fait logique qu'un membre de l'OTAN veuille se préparer lorsqu'il est le voisin d'un pays où il pourrait y avoir une guerre. [...] [Mais] nous espérons tous que ces préparatifs ne seront pas nécessaires», a-t-il déclaré aux Communes.
Il s'est défendu de faire preuve d'incohérence, comme l'accusait le Bloc québécois. Selon le bloquiste Claude Bachand, il est contradictoire de prétendre s'en tenir au processus onusien et en même temps approuver des préparatifs sous le couvert de l'OTAN.
Le ministre de la Défense, John McCallum, a invoqué une des règles de base d'une alliance militaire pour justifier l'appui canadien, tout en insistant à son tour sur le caractère toujours hypothétique d'une attaque contre ce pays. «La Turquie est membre de l'OTAN, et je pense que c'est une fonction essentielle et fondamentale d'une alliance de protéger ses membres. Le Canada a toujours dit depuis des jours et des semaines que la Turquie avait droit à la protection contre une attaque possible», a-t-il dit à sa sortie des Communes. Il a précisé que la Turquie n'avait pas demandé l'envoi de troupes canadiennes et que, s'il y avait contribution canadienne, elle se ferait par l'entremise de l'OTAN.
Nombre d'inspecteurs
Le rapprochement sur l'Irak entre la France, l'Allemagne et la Russie a le don d'ulcérer les États-Unis. Pour Colin Powell, les idées franco-allemandes «ne répondent pas au problème». «Ce dont nous avons besoin, a-t-il dit, ce n'est pas de plus d'inspecteurs, c'est de plus de coopération» de la part de l'Irak.
Les chefs des inspecteurs en désarmement de l'ONU, Hans Blix et Mohamed El-Baradeï, ont toutefois réservé un accueil mitigé aux propositions franco-allemandes sur le nombre d'inspecteurs.
«Toute augmentation est la bienvenue, mais nous avons besoin aussi d'une coopération active de l'Irak et des informations utilisables [sur l'armement irakien] de la part des pays membres» du Conseil de sécurité de l'ONU, a indiqué M. El-Baradeï.
Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, doit par ailleurs présenter jeudi à huis clos aux pays membres du Conseil de sécurité les préparatifs de secours humanitaires des Nations unies dans l'éventualité d'une guerre en Irak, bien qu'il «estime toujours que la guerre n'est pas inévitable».
À Bagdad, un porte-parole irakien a annoncé que deux Irakiens ont été tués et neuf autres blessés hier par des bombardements aériens américano-britanniques sur des installations civiles à Bassorah, dans le sud de l'Irak. Le Pentagone a indiqué de son côté que le raid avait eu lieu contre un système de missiles sol-air, mais n'a pas fait état de victimes.
Le président américain George W. Bush s'est déclaré déçu par l'attitude de Paris à l'OTAN, qu'il a jugée «à courte vue». Mais Washington a toutefois cherché à dédramatiser cette crise.
Dans leur déclaration commune, Paris, Moscou et Berlin affirment qu'«il y a encore une alternative à la guerre» contre l'Irak. Selon le président français Jacques Chirac, «rien ne justifie aujourd'hui une guerre». Il a ajouté que, «dans l'état actuel des choses», il «n'avait pas de preuves indiscutables» de la possession par l'Irak d'armes de destruction massive, au cours d'un point de presse conjoint avec le président russe Vladimir Poutine, venu à Paris soutenir le camp de la paix en Irak. Il a affirmé que la France ne mettait «en rien en cause la solidarité atlantique» et a revendiqué une opinion différente de celle des États-Unis sur un sujet «qui suppose une approche morale».
De son côté, Vladimir Poutine a réaffirmé son opposition à l'usage de la force en Irak, déclarant que celui-ci pourrait être «lourd de conséquences». Il a aussi indiqué que la Russie était d'accord pour que l'aviation russe participe, «en cas de besoin», au renforcement des inspections de l'ONU en Irak.
Au moment où les relations avec Washington traversent une crise, Paris, Moscou et Berlin affirment que le débat sur les moyens de parvenir au désarmement de l'Irak «doit se poursuivre dans l'esprit d'amitié et de respect qui caractérise [leurs] relations avec les États-Unis et avec d'autres pays». Pour les trois pays, les inspections de l'ONU «ont déjà produit des résultats».
Le triple veto à l'OTAN a provoqué hier après-midi une crise aiguë au sein de l'Alliance. «Je suis déçu que la France empêche l'OTAN d'aider un pays comme la Turquie à se préparer», a déclaré M. Bush en recevant le premier ministre australien, John Howard, à la Maison-Blanche, estimant que cette attitude avait «un effet négatif» sur l'Alliance atlantique. Le président américain a estimé, dans des déclarations visant plus particulièrement la France, que cette attitude était «à courte vue». «Je ne comprends pas cette décision qui affecte l'Alliance de façon négative», a-t-il indiqué, en espérant que la France «allait reconsidérer» sa position.
Le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld a soutenu que «la planification se poursuivrait hors de l'OTAN si nécessaire», tout en se disant «sûr que l'OTAN trouvera un moyen d'y arriver finalement». Il a estimé que la France, la Belgique et l'Allemagne faisaient «une erreur regrettable» en bloquant l'approbation des décisions à l'OTAN.
La France juge prématuré que l'OTAN prenne des «mesures immédiates» pour la protection de la Turquie, a-t-on répété de source française à l'OTAN. Paris et Bruxelles, comme Berlin, considèrent qu'accepter les demandes américaines ferait entrer prématurément l'OTAN dans une «logique de guerre». L'OTAN a convoqué une nouvelle réunion extraordinaire des ambassadeurs ce matin à 10h GMT à Bruxelles, la troisième en deux jours.
Le Canada et la protection de la Turquie
Invité à expliquer la position canadienne, le premier ministre Jean Chrétien a défendu le droit de la Turquie à se préparer. «Je trouve qu'il est tout à fait logique qu'un membre de l'OTAN veuille se préparer lorsqu'il est le voisin d'un pays où il pourrait y avoir une guerre. [...] [Mais] nous espérons tous que ces préparatifs ne seront pas nécessaires», a-t-il déclaré aux Communes.
Il s'est défendu de faire preuve d'incohérence, comme l'accusait le Bloc québécois. Selon le bloquiste Claude Bachand, il est contradictoire de prétendre s'en tenir au processus onusien et en même temps approuver des préparatifs sous le couvert de l'OTAN.
Le ministre de la Défense, John McCallum, a invoqué une des règles de base d'une alliance militaire pour justifier l'appui canadien, tout en insistant à son tour sur le caractère toujours hypothétique d'une attaque contre ce pays. «La Turquie est membre de l'OTAN, et je pense que c'est une fonction essentielle et fondamentale d'une alliance de protéger ses membres. Le Canada a toujours dit depuis des jours et des semaines que la Turquie avait droit à la protection contre une attaque possible», a-t-il dit à sa sortie des Communes. Il a précisé que la Turquie n'avait pas demandé l'envoi de troupes canadiennes et que, s'il y avait contribution canadienne, elle se ferait par l'entremise de l'OTAN.
Nombre d'inspecteurs
Le rapprochement sur l'Irak entre la France, l'Allemagne et la Russie a le don d'ulcérer les États-Unis. Pour Colin Powell, les idées franco-allemandes «ne répondent pas au problème». «Ce dont nous avons besoin, a-t-il dit, ce n'est pas de plus d'inspecteurs, c'est de plus de coopération» de la part de l'Irak.
Les chefs des inspecteurs en désarmement de l'ONU, Hans Blix et Mohamed El-Baradeï, ont toutefois réservé un accueil mitigé aux propositions franco-allemandes sur le nombre d'inspecteurs.
«Toute augmentation est la bienvenue, mais nous avons besoin aussi d'une coopération active de l'Irak et des informations utilisables [sur l'armement irakien] de la part des pays membres» du Conseil de sécurité de l'ONU, a indiqué M. El-Baradeï.
Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, doit par ailleurs présenter jeudi à huis clos aux pays membres du Conseil de sécurité les préparatifs de secours humanitaires des Nations unies dans l'éventualité d'une guerre en Irak, bien qu'il «estime toujours que la guerre n'est pas inévitable».
À Bagdad, un porte-parole irakien a annoncé que deux Irakiens ont été tués et neuf autres blessés hier par des bombardements aériens américano-britanniques sur des installations civiles à Bassorah, dans le sud de l'Irak. Le Pentagone a indiqué de son côté que le raid avait eu lieu contre un système de missiles sol-air, mais n'a pas fait état de victimes.
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