Colère et incrédulité à Montréal-Nord
Photo : Pascal Ratthé
Martha Villanueva, la cousine du jeune homme abattu samedi par la police.
Un paysage désolant et des mines affligées. Au lendemain des émeutes qui ont éclaté à Montréal-Nord, au terme d'une manifestation visant à dénoncer la mort du jeune Freddy Villanueva, les habitants du quartier, les traits tirés de la nuit mouvementée qu'ils venaient de passer, semblaient vouloir croire à un mauvais rêve. Carcasses de voitures calcinées, débris de vitres sur l'asphalte brûlé et vitrines saccagées, les preuves étaient pourtant accablantes. Selon le SPVM, trois policiers, un employé d'urgence et des membres de la presse ont été blessés, trois véhicules du service d'incendie et huit autres stationnés dans le secteur ont brûlé, et 20 introductions par effraction et 39 méfaits ont été rapportés. En lien avec les actes de vandalisme et le grabuge de la nuit de dimanche à hier — divers commerces ont été littéralement pillés, dont un prêteur sur gages —, six personnes ont été arrêtées, dont deux ont été relâchées.
En début de matinée hier à l'intersection du boulevard Rolland et de la rue Pascal, des résidants se massaient en petits attroupements pour exprimer désarroi et colère, et chacun y allait de sa propre analyse de la situation. Un seul consensus semblait émaner des discussions: la mort du jeune originaire du Honduras Freddy Villanueva, tué par balle samedi à la suite d'une altercation avec des policiers du secteur, était inacceptable, tout comme les actes de vandalisme qui ont sévèrement endommagé les commerces environnants.
voir page A 8: émeutes
«Je connaissais Freddy, c'était un petit tranquille, un enfant de 18 ans. On ne tire pas sur les enfants», a lancé Dave Beauséjour, un père de famille de 30 ans, résidant de Montréal-Nord. «C'est de valeur pour le petit gars», a renchéri de son côté une grand-maman qui passait par là avant de traverser la rue. «Mais je ne comprends pas que [certaines personnes] aient tout cassé sur leur passage.» Vers midi, lors d'une conférence de presse à la Maison culturelle et communautaire jouxtant la caserne de pompiers où des voitures ont été incendiées, le maire de Montréal Gérald Tremblay a appelé au calme.
Sur le trottoir en face, Réginald, qui n'a pas voulu révéler son nom de famille, arborait une mine ahurie. «Je suis estomaqué», s'est exclamé l'Haïtien d'origine âgé de 38 ans. Voilà 36 ans qu'il habite à Montréal-Nord et c'est la première fois qu'il est témoin d'un incident «aussi grave». Hier, il n'était pas allé travailler. Il a voulu rester avec ses enfants, qui étaient terrorisés. «J'ai entendu les coups de feu et j'ai vu les incendies. Tout le monde veut maintenant déménager. Ce n'est pas de tout repos ici», confie-t-il.
À côté de lui, M. Therrien, qui a voulu taire son prénom, se disait pour sa part «scandalisé» de la façon dont avaient agi les autorités. «Des camions de pompiers incendiés alors qu'ils sont supposés éteindre des feux, c'est une honte pour le quartier, a-t-il indiqué. Comment pouvaient-ils ne pas être préparés à ça?»
Plus loin, devant un immeuble à magasins surplombés de logements, Daniel Gauthier, résidant du bâtiment et chargé de son entretien depuis 26 ans, balayait les quelques débris de vitre restants dans le stationnement. Situé aux premières loges, il n'avait rien manqué hier des derniers événements. Devant chez lui, rue Pascal, il a vu la manifestation contre la bavure policière — entre 50 et 100 participants selon des témoins — commencée pacifiquement en après-midi dimanche, se solder par un tumulte et quelques brasiers.
«Ça a commencé par un feu dans une poubelle. Les policiers étaient dans leur voiture et ne faisaient rien. Ils auraient pu intervenir bien avant au lieu de laisser tout ça dégénérer», raconte le résidant de longue date du quartier. Selon lui, les policiers auraient laissé dépérir la situation afin de justifier leur intervention. «Ils ont attendu pour que ça devienne un gros show. Les médias, l'hélicoptère et d'autres policiers sont venus. Maintenant, ils vont pouvoir dire qu'ils ont agi pour les bonnes raisons», a ajouté M. Gauthier.
Il rapporte des propos de manifestants qui voulaient rassurer des commerçants de ce tronçon de rue qui s'étaient montrés inquiets: «Ne vous fiez pas à la police, c'est nous qui allons vous protéger», auraient-ils crié.
Un cri de colère collectif
Guillaume Hébert, qui est impliqué au sein du comité local du parti Québec Solidaire, habite depuis très longtemps Montréal-Nord. Il a lui aussi tout vu du changement de ton dans la manifestation de dimanche. Critique, il pointe du doigt les ratés de l'intervention policière de la nuit de dimanche à hier. «Il n'y a eu aucune intervention pendant un long moment, jusqu'à ce que les forces antiémeutes arrivent», a-t-il raconté. Il explique avoir vu «des policiers dépassés par les événements» avancer vers ceux qui leur tiraient des roches. «Mais ils ne pouvaient pas réagir. C'est comme dans les banlieues françaises, les gens d'ici connaissent leur quartier mieux que personne. Ils ont filé à travers les cours et sont revenus par derrière.» Du coup, les policiers se sont retrouvés pris en souricière.
Contrairement à plusieurs de ses amis qui ont quitté le quartier après avoir fait des études universitaires, le jeune homme, qui termine une maîtrise sur le hip-hop dans les favelas de São Paulo au Brésil, y demeure encore. Il craint la mauvaise presse faite à son quartier. «Parler de tension raciale et de gang de rue, ça ne tient pas. Il y avait ici des gens de tous les âges et de toutes les origines. Mais je crains que la couverture [médiatique] les polarise», a soutenu Guillaume Hébert. «Il faut plutôt parler de pauvreté, de problèmes sociaux», a-t-il ajouté.
Martha Villanueva, la cousine du jeune Freddy décédé, est aussi d'avis que le problème n'est pas racial. «Il n'y a pas de tension entre nous, tout le monde s'entend bien et se connaît. Il y a parfois quelques cas de racisme, mais le problème, c'est entre les jeunes et les policiers», a noté la jeune maman visiblement sous le choc. Présente au moment de l'altercation derrière l'aréna Henri-Bourrassa vers 19h samedi, elle a vu son cousin tomber sous les balles d'un agent de police. «Je ne pense pas qu'ils ont fait exprès. Ils n'ont pas su contrôler leur stress. Mais il me semble qu'un policier devrait savoir faire ça». Beaucoup de confusion entoure encore les faits. Selon elle, deux de ses cousins jouaient samedi soir aux dés avec des amis dans un parc lorsque des policiers ont interpellé Dany Villanueva, connu des policiers. Voulant défendre son frère qui s'était fait empoigner par une policière, Freddy aurait alors reçu trois balles. Deux autres jeunes, âgés de 18 et 20 ans, en auraient reçu chacun une, mais leur état est toujours stable. Chargée d'enquêter sur l'incident, la Sûreté du Québec n'a pas voulu confirmer cette version des faits ni donner plus de détails. Annonçant la tenue d'un point de presse aujourd'hui en après-midi, elle s'est contentée de dire qu'elle rencontrerait les familles des personnes impliquées dans l'événement et des représentants de la communauté de Montréal-Nord.
En début de matinée hier à l'intersection du boulevard Rolland et de la rue Pascal, des résidants se massaient en petits attroupements pour exprimer désarroi et colère, et chacun y allait de sa propre analyse de la situation. Un seul consensus semblait émaner des discussions: la mort du jeune originaire du Honduras Freddy Villanueva, tué par balle samedi à la suite d'une altercation avec des policiers du secteur, était inacceptable, tout comme les actes de vandalisme qui ont sévèrement endommagé les commerces environnants.
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«Je connaissais Freddy, c'était un petit tranquille, un enfant de 18 ans. On ne tire pas sur les enfants», a lancé Dave Beauséjour, un père de famille de 30 ans, résidant de Montréal-Nord. «C'est de valeur pour le petit gars», a renchéri de son côté une grand-maman qui passait par là avant de traverser la rue. «Mais je ne comprends pas que [certaines personnes] aient tout cassé sur leur passage.» Vers midi, lors d'une conférence de presse à la Maison culturelle et communautaire jouxtant la caserne de pompiers où des voitures ont été incendiées, le maire de Montréal Gérald Tremblay a appelé au calme.
Sur le trottoir en face, Réginald, qui n'a pas voulu révéler son nom de famille, arborait une mine ahurie. «Je suis estomaqué», s'est exclamé l'Haïtien d'origine âgé de 38 ans. Voilà 36 ans qu'il habite à Montréal-Nord et c'est la première fois qu'il est témoin d'un incident «aussi grave». Hier, il n'était pas allé travailler. Il a voulu rester avec ses enfants, qui étaient terrorisés. «J'ai entendu les coups de feu et j'ai vu les incendies. Tout le monde veut maintenant déménager. Ce n'est pas de tout repos ici», confie-t-il.
À côté de lui, M. Therrien, qui a voulu taire son prénom, se disait pour sa part «scandalisé» de la façon dont avaient agi les autorités. «Des camions de pompiers incendiés alors qu'ils sont supposés éteindre des feux, c'est une honte pour le quartier, a-t-il indiqué. Comment pouvaient-ils ne pas être préparés à ça?»
Plus loin, devant un immeuble à magasins surplombés de logements, Daniel Gauthier, résidant du bâtiment et chargé de son entretien depuis 26 ans, balayait les quelques débris de vitre restants dans le stationnement. Situé aux premières loges, il n'avait rien manqué hier des derniers événements. Devant chez lui, rue Pascal, il a vu la manifestation contre la bavure policière — entre 50 et 100 participants selon des témoins — commencée pacifiquement en après-midi dimanche, se solder par un tumulte et quelques brasiers.
«Ça a commencé par un feu dans une poubelle. Les policiers étaient dans leur voiture et ne faisaient rien. Ils auraient pu intervenir bien avant au lieu de laisser tout ça dégénérer», raconte le résidant de longue date du quartier. Selon lui, les policiers auraient laissé dépérir la situation afin de justifier leur intervention. «Ils ont attendu pour que ça devienne un gros show. Les médias, l'hélicoptère et d'autres policiers sont venus. Maintenant, ils vont pouvoir dire qu'ils ont agi pour les bonnes raisons», a ajouté M. Gauthier.
Il rapporte des propos de manifestants qui voulaient rassurer des commerçants de ce tronçon de rue qui s'étaient montrés inquiets: «Ne vous fiez pas à la police, c'est nous qui allons vous protéger», auraient-ils crié.
Un cri de colère collectif
Guillaume Hébert, qui est impliqué au sein du comité local du parti Québec Solidaire, habite depuis très longtemps Montréal-Nord. Il a lui aussi tout vu du changement de ton dans la manifestation de dimanche. Critique, il pointe du doigt les ratés de l'intervention policière de la nuit de dimanche à hier. «Il n'y a eu aucune intervention pendant un long moment, jusqu'à ce que les forces antiémeutes arrivent», a-t-il raconté. Il explique avoir vu «des policiers dépassés par les événements» avancer vers ceux qui leur tiraient des roches. «Mais ils ne pouvaient pas réagir. C'est comme dans les banlieues françaises, les gens d'ici connaissent leur quartier mieux que personne. Ils ont filé à travers les cours et sont revenus par derrière.» Du coup, les policiers se sont retrouvés pris en souricière.
Contrairement à plusieurs de ses amis qui ont quitté le quartier après avoir fait des études universitaires, le jeune homme, qui termine une maîtrise sur le hip-hop dans les favelas de São Paulo au Brésil, y demeure encore. Il craint la mauvaise presse faite à son quartier. «Parler de tension raciale et de gang de rue, ça ne tient pas. Il y avait ici des gens de tous les âges et de toutes les origines. Mais je crains que la couverture [médiatique] les polarise», a soutenu Guillaume Hébert. «Il faut plutôt parler de pauvreté, de problèmes sociaux», a-t-il ajouté.
Martha Villanueva, la cousine du jeune Freddy décédé, est aussi d'avis que le problème n'est pas racial. «Il n'y a pas de tension entre nous, tout le monde s'entend bien et se connaît. Il y a parfois quelques cas de racisme, mais le problème, c'est entre les jeunes et les policiers», a noté la jeune maman visiblement sous le choc. Présente au moment de l'altercation derrière l'aréna Henri-Bourrassa vers 19h samedi, elle a vu son cousin tomber sous les balles d'un agent de police. «Je ne pense pas qu'ils ont fait exprès. Ils n'ont pas su contrôler leur stress. Mais il me semble qu'un policier devrait savoir faire ça». Beaucoup de confusion entoure encore les faits. Selon elle, deux de ses cousins jouaient samedi soir aux dés avec des amis dans un parc lorsque des policiers ont interpellé Dany Villanueva, connu des policiers. Voulant défendre son frère qui s'était fait empoigner par une policière, Freddy aurait alors reçu trois balles. Deux autres jeunes, âgés de 18 et 20 ans, en auraient reçu chacun une, mais leur état est toujours stable. Chargée d'enquêter sur l'incident, la Sûreté du Québec n'a pas voulu confirmer cette version des faits ni donner plus de détails. Annonçant la tenue d'un point de presse aujourd'hui en après-midi, elle s'est contentée de dire qu'elle rencontrerait les familles des personnes impliquées dans l'événement et des représentants de la communauté de Montréal-Nord.
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