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Le mont Royal devient une zone verte

Jeanne Corriveau   8 février 2003 
Québec accordera au mont Royal et à sa couronne le statut d'arrondissement historique et naturel afin de protéger le site contre le développement intempestif et en confiera la gestion à la Ville de Montréal, a appris Le Devoir. Du coup, il ne sera plus possible pour une administration montréalaise de passer outre au respect du patrimoine, comme ce fut le cas sous le règne de l'ex-maire Pierre Bourque.

Le conseil des ministres a adopté début janvier un décret confirmant le statut de la montagne mais celui-ci n'a toujours pas été publié dans la Gazette officielle. Il ne resterait plus que quelques ficelles à attacher avec l'administration municipale de Gérald Tremblay au sujet des pouvoirs de gestion qui lui seront accordés. La ministre d'État à la Culture et aux Communications, Diane Lemieux, entend faire l'annonce officielle de son plan à la fin de la semaine prochaine. C'est au terme de nombreuses audiences publiques sur l'avenir du mont Royal que le gouvernement du Québec a décidé d'appliquer cette mesure exceptionnelle de protection. La «déclaration d'arrondissement» ne touche qu'une douzaine de territoires au Québec. En vertu de la Loi sur les biens culturels, ce statut oblige toute personne possédant une propriété dans le périmètre déterminé à obtenir un permis

pour diviser un terrain, ériger une nouvelle construction et altérer ou rénover un immeuble. Il permet par ailleurs aux propriétaires d'immeubles d'intérêt patrimonial de bénéficier d'une assistance technique et financière de la part du ministère des Affaires culturelles.

Selon les informations obtenues par Le Devoir, le territoire protégé correspondrait au périmètre du site du patrimoine du mont Royal tel qu'adopté le 15 décembre 1987 par l'administration de Jean Doré mais comprendrait également une partie des arrondissements d'Outremont et de Westmount, qui font désormais partie de la ville de Montréal depuis les fusions municipales.

La décision du gouvernement constitue un message clair pour les futures administrations municipales, qui ne pourront plus permettre à leur guise de dénaturer le mont Royal. Le règne de Pierre Bourque avait été particulièrement dévastateur pour la montagne. Peu après son arrivée au pouvoir, celui-ci avait aboli le Bureau de consultation de Montréal (BCM), chargé de passer au crible les projets des promoteurs. Par le suite, son administration avait donné son aval à plusieurs projets controversés que les groupes de défense de la montagne, malgré leur vive opposition, n'avaient pas pu empêcher.

C'est ainsi qu'ont vu le jour des projets immobiliers comme la ferme sous les Noyers, sur la rue Atwater, et les appartements Royal Penfield, à l'angle du chemin de la Côte-des-Neiges et de l'avenue du Docteur-Penfield. C'est aussi à cette époque qu'a été autorisée la multiplication des antennes de télécommunications sur la montagne.

En l'an 2000, il avait fallu l'intervention de la ministre de la Culture et des Communications, Agnès Maltais, pour empêcher l'administration Bourque de donner le feu vert au projet de Canderel, qui entendait construire une tour de condos de dix étages sur les flancs du mont Royal. La ministre avait alors émis un avis d'intention de classement sur l'îlot Trafalgar-Gleneagles, suspendant le projet du même coup.

Pour Sylvie Guilbeault, directrice générale des Amis de la montagne, la décision du gouvernement d'accorder un nouveau statut au mont Royal constitue «une étape importante de franchie», mais, précise-t-elle, «c'est la gestion au quotidien de ce territoire qui fera toute la différence, ainsi que les ressources financières et humaines qui y seront affectées», dit-elle.

Le site du patrimoine du mont Royal, adopté par l'administration Doré, comprenait déjà certaines institutions comme l'université McGill, l'Hôtel-Dieu et l'Université de Montréal, mais Mme Guilbeault craint que le site de Villa Maria, situé à l'ouest de la montagne, près du boulevard Décarie, ne soit pas intégré dans le nouveau périmètre. «Si la décision finale est de ne pas inclure Villa Maria, il faudra que d'autres mesures soient décrétées, croit-elle.

«On demande prioritairement des mécanismes de concertation. Il y a tellement d'intervenants, comme les grands propriétaires institutionnels, qui sont là depuis plus de cent ans dans le cas de certains, en plus des cinq arrondissements concernés, soit Outremont, Westmount, Ville-Marie, Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce et Plateau Mont-Royal. Tous ces intervenants doivent être présents à une même table pour que ce statut soit un succès», conclut-elle.

Avec la collaboration de Kathleen Lévesque






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