Une position raisonnable
François Beaudry - Président de la Commission-Jeunesse du Parti libéral du Québec
8 août 2008
M. Dominique Trudel, nous avons trouvé la lecture de votre dernier texte d'opinion (Le Devoir, 5 août 2008, page des Idées) très divertissante. Néanmoins, pour éviter que le débat ne sombre dans une analyse psychologique du processus nous ayant amenés à proposer l'impôt post-universitaire (IPU) doublé d'un réalignement des frais de scolarité à la moyenne canadienne, il serait bon d'éclairer les arguments — froidement rationnels — en faveur de notre position, le tout afin de recentrer le débat sur le sujet qui nous intéresse: le sous-financement des universités québécoises.
Vous soutenez tout d'abord que notre position est stimulée par une tendance à la «mortification » générée par l'appauvrissement collectif censé accompagner le dégel des frais de scolarité. S'il fallait suggérer que payer pour un bien ou un service implique un appauvrissement, alors aussi bien suggérer, M. Trudel, que la consommation sous toutes ses formes implique la mortification: ceci n'est pas la prémisse de notre raisonnement. La proposition traditionnelle opposée au dégel des frais de scolarité consiste en un réinvestissement massif du gouvernement dans le secteur de l'éducation universitaire: dans tel cas, M. Trudel, nous faisons le froid calcul «rationnel» qu'il faudrait augmenter les impôts généraux, et ce, même pour ceux n'ayant pas bénéficié du service de l'éducation universitaire. «Hypothéquer notre avenir»? J'espère que cette ineptie séduisante vous a convaincu du bien-fondé de votre argumentaire, car voilà bien son seul avantage possible.
Répondez plutôt à cette question: pourquoi le mécanicien ou le boucher, à travers leurs taxes et impôts, auraient-ils à payer la quasi-totalité de l'éducation universitaire de l'économiste ou de l'avocat?
La formule que nous proposons, tout en réglant une partie importante du problème de sous-financement universitaire étant donné l'entrée de fonds supplémentaires pour les universités, a également l'avantage de ne pas porter atteinte à l'accessibilité aux études supérieures, malgré ce que vous voudriez bien comprendre. En effet, peu importe le niveau de la «dette» d'études, le nouveau diplômé verra le remboursement de celle-ci plafonner annuellement à un faible pourcentage (disons 5 %) de son revenu imposable (cette position de remboursement post-universitaire est d'ailleurs défendue par la Fédération étudiante universitaire du Québec). En d'autres termes, que la dette liée aux frais de scolarité soit de 2000 $ ou de 50 000 $, pour un niveau de revenus donné, le versement annuel via l'IPU sera le même, jusqu'au remboursement total des frais. Noyer les étudiants sous les dettes? Aucun étudiant ne verra ces nouvelles «dettes» comme un obstacle à l'accessibilité, puisque peu importe le montant desdites dettes, la charge annuelle à assumer sera limitée par le niveau de l'IPU. Qui plus est, et dans la plus pure des traditions libérales, on s'assure ainsi que le risque et les frais de l'investissement que constitue l'éducation universitaire soient plus justement assumés par ceux qui font le choix d'accéder aux études universitaires, sans responsabiliser la société entière pour ce choix auquel les autres individus n'ont jamais participé.
Le rôle de l'État, ici, loin de grandir, devient plutôt celui d'un facilitateur, en ce sens que les remboursements de la dette pour un étudiant peuvent désormais être effectués proportionnellement à ses revenus, et donc dans la mesure de ses capacités une fois arrivé sur le marché du travail, et ce, jusqu'à remboursement total. Il est facile de deviner, à la lecture de votre «texte d'opinion», que vous n'avez rien compris à la formule que nous proposons, bien qu'il n'y ait là rien de bien difficile à comprendre pour qui prend la peine de s'y attarder. Peut-être toutefois l'hypothèse de l'«anti-libéralisme» était utile, sinon essentielle, à la défense de votre thèse selon laquelle l'IPU est une «fantaisie incompatible avec l'idéologie libérale» du fait de la création «vaniteuse de nouvelles structures étatiques». En vérité, la seule «structure étatique » créée, sans un soupçon de vanité, nous vous l'assurons, est en fait... une ligne de plus sur votre T4.
Notre position, à votre avis, ne serait pas le «résultat d'une analyse rationnelle des enjeux économiques». C'est ce que vous êtes en mesure de voir de vos yeux de doctorant en «théorie politique», mais nous vous assurons qu'au regard de l'état de faits étayé plus haut, la position officielle des jeunes libéraux du Québec constitue une solution intelligente et audacieuse au problème de sous-financement des universités. En effet, le modèle de remboursement post-études est notamment appliqué en Australie, avec succès, alors que le dégel des frais de scolarité constituait l'une des principales recommandations du rapport Montmarquette sur la tarification des services publics. De surcroît, cette solution suit les valeurs libérales de responsabilité et de liberté individuelles auxquelles notre parti est attaché.
Solution perverse afin de tester la loi et de répondre aux désirs profonds inexprimés des séniors de notre parti? Pour reprendre votre question «est-ce réellement ça?», sachez que vous n'en savez rien, et que cette triste réalité vous a poussé à avancer ces hypothèses farfelues aux seules fins de votre propre argumentation. Malgré l'attrait narcissique que l'application de théories complexes ainsi que la conviction profonde de votre propre compréhension desdites théories peuvent exercer, il est sage de se rappeler que les théories psychanalytiques sont certes séduisantes, mais que leur application requiert une certaine maîtrise... basée sur autre chose que des procès d'intention et des suppositions. Nous proposons une formule qui s'inspire de programmes déjà en place à l'étranger, que nous avons adaptée à la réalité québécoise avec un réalignement des frais à la moyenne canadienne, en sachant bien que cette proposition allait soulever de profonds débats, auxquels nous faisons face courageusement par ailleurs. Nous serons présents sur les tribunes, comme nous l'avons toujours été, pour défendre la position officielle des jeunes libéraux du Québec. Le débat est-il relégué aux calendes grecques? Oh non, monsieur Trudel, il ne fait que commencer!
Vous soutenez tout d'abord que notre position est stimulée par une tendance à la «mortification » générée par l'appauvrissement collectif censé accompagner le dégel des frais de scolarité. S'il fallait suggérer que payer pour un bien ou un service implique un appauvrissement, alors aussi bien suggérer, M. Trudel, que la consommation sous toutes ses formes implique la mortification: ceci n'est pas la prémisse de notre raisonnement. La proposition traditionnelle opposée au dégel des frais de scolarité consiste en un réinvestissement massif du gouvernement dans le secteur de l'éducation universitaire: dans tel cas, M. Trudel, nous faisons le froid calcul «rationnel» qu'il faudrait augmenter les impôts généraux, et ce, même pour ceux n'ayant pas bénéficié du service de l'éducation universitaire. «Hypothéquer notre avenir»? J'espère que cette ineptie séduisante vous a convaincu du bien-fondé de votre argumentaire, car voilà bien son seul avantage possible.
Répondez plutôt à cette question: pourquoi le mécanicien ou le boucher, à travers leurs taxes et impôts, auraient-ils à payer la quasi-totalité de l'éducation universitaire de l'économiste ou de l'avocat?
La formule que nous proposons, tout en réglant une partie importante du problème de sous-financement universitaire étant donné l'entrée de fonds supplémentaires pour les universités, a également l'avantage de ne pas porter atteinte à l'accessibilité aux études supérieures, malgré ce que vous voudriez bien comprendre. En effet, peu importe le niveau de la «dette» d'études, le nouveau diplômé verra le remboursement de celle-ci plafonner annuellement à un faible pourcentage (disons 5 %) de son revenu imposable (cette position de remboursement post-universitaire est d'ailleurs défendue par la Fédération étudiante universitaire du Québec). En d'autres termes, que la dette liée aux frais de scolarité soit de 2000 $ ou de 50 000 $, pour un niveau de revenus donné, le versement annuel via l'IPU sera le même, jusqu'au remboursement total des frais. Noyer les étudiants sous les dettes? Aucun étudiant ne verra ces nouvelles «dettes» comme un obstacle à l'accessibilité, puisque peu importe le montant desdites dettes, la charge annuelle à assumer sera limitée par le niveau de l'IPU. Qui plus est, et dans la plus pure des traditions libérales, on s'assure ainsi que le risque et les frais de l'investissement que constitue l'éducation universitaire soient plus justement assumés par ceux qui font le choix d'accéder aux études universitaires, sans responsabiliser la société entière pour ce choix auquel les autres individus n'ont jamais participé.
Le rôle de l'État, ici, loin de grandir, devient plutôt celui d'un facilitateur, en ce sens que les remboursements de la dette pour un étudiant peuvent désormais être effectués proportionnellement à ses revenus, et donc dans la mesure de ses capacités une fois arrivé sur le marché du travail, et ce, jusqu'à remboursement total. Il est facile de deviner, à la lecture de votre «texte d'opinion», que vous n'avez rien compris à la formule que nous proposons, bien qu'il n'y ait là rien de bien difficile à comprendre pour qui prend la peine de s'y attarder. Peut-être toutefois l'hypothèse de l'«anti-libéralisme» était utile, sinon essentielle, à la défense de votre thèse selon laquelle l'IPU est une «fantaisie incompatible avec l'idéologie libérale» du fait de la création «vaniteuse de nouvelles structures étatiques». En vérité, la seule «structure étatique » créée, sans un soupçon de vanité, nous vous l'assurons, est en fait... une ligne de plus sur votre T4.
Notre position, à votre avis, ne serait pas le «résultat d'une analyse rationnelle des enjeux économiques». C'est ce que vous êtes en mesure de voir de vos yeux de doctorant en «théorie politique», mais nous vous assurons qu'au regard de l'état de faits étayé plus haut, la position officielle des jeunes libéraux du Québec constitue une solution intelligente et audacieuse au problème de sous-financement des universités. En effet, le modèle de remboursement post-études est notamment appliqué en Australie, avec succès, alors que le dégel des frais de scolarité constituait l'une des principales recommandations du rapport Montmarquette sur la tarification des services publics. De surcroît, cette solution suit les valeurs libérales de responsabilité et de liberté individuelles auxquelles notre parti est attaché.
Solution perverse afin de tester la loi et de répondre aux désirs profonds inexprimés des séniors de notre parti? Pour reprendre votre question «est-ce réellement ça?», sachez que vous n'en savez rien, et que cette triste réalité vous a poussé à avancer ces hypothèses farfelues aux seules fins de votre propre argumentation. Malgré l'attrait narcissique que l'application de théories complexes ainsi que la conviction profonde de votre propre compréhension desdites théories peuvent exercer, il est sage de se rappeler que les théories psychanalytiques sont certes séduisantes, mais que leur application requiert une certaine maîtrise... basée sur autre chose que des procès d'intention et des suppositions. Nous proposons une formule qui s'inspire de programmes déjà en place à l'étranger, que nous avons adaptée à la réalité québécoise avec un réalignement des frais à la moyenne canadienne, en sachant bien que cette proposition allait soulever de profonds débats, auxquels nous faisons face courageusement par ailleurs. Nous serons présents sur les tribunes, comme nous l'avons toujours été, pour défendre la position officielle des jeunes libéraux du Québec. Le débat est-il relégué aux calendes grecques? Oh non, monsieur Trudel, il ne fait que commencer!
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