Comment soigner le sida sans nourrir les malades?
La Princesse Haya Bint Al Hussein - Princesse Haya Bint Al Hussein est Messagère de la paix pour les Nations Unies et un membre du conseil fondateur du Forum humanitaire mondial de l'ex Secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan. Elle est également membre du Comité internationale olympique. De 2005 à 2007, elle a été Ambassadrice de bonne volonté pour le Programme alimentaire mondiale des Nations unies. Elle a également créé la première organisation non gouvernementale de secours alimentaire dans son pays natal, la Jordanie.
4 août 2008
Comme j'aurais souhaité que tous les experts sur le sida et les politiciens qui se réuniront à Mexico aient été avec moi, il y a deux ans, lorsque j'ai rencontré un jeune homme dans un village perdu du Malawi! Ce fut, de loin, l'événement le plus marquant de ma vie — bien plus que toutes les rencontres que j'ai pu faire avec des personnalités royales, des célébrités, des chefs d'État.
C'était un homme dans la trentaine et très amaigri. Il avait des marques rouges au bord des yeux. Je me rappelle avoir pensé que cela devait être de colère.
Mais il n'était pas en colère — seulement épuisé, anxieux, confus. Il s'est approché de moi et m'a dit: «Je suis malade du sida. Je reçois des médicaments pour me soigner. Mais j'ai faim et je suis trop faible pour travailler et m'occuper de mes enfants. Pourquoi me donner ces médicaments dans ces conditions? Pourquoi me garder en vie dans ces conditions?»
Inutile de dire que je ne m'attendais pas à ces questions! Personne d'ailleurs. On m'avait minutieusement préparé une visite sur le terrain afin que je puisse mener des campagnes de lutte contre le VIH/sida, à titre d'Ambassadrice de bonne volonté. Mais personne n'avait prévu de telles remarques. En effet, comment imaginer qu'un des rares Africains assez chanceux pour être soignés avec ces fameux médicaments antirétroviraux si chers s'en plaindrait aussi amèrement!
Que pouvais-je faire? Je lui ai promis de la nourriture. Le gouvernement de Dubaï a par la suite fait des contributions au Programme alimentaire mondial des Nations unies (PAM) pour aider de telles familles. J'aime penser que, grâce à la nourriture qu'il a reçue du PAM, cet homme a retrouvé sa dignité et suffisamment de force pour travailler et s'occuper de sa famille.
Mais comment la communauté internationale a-t-elle pu négliger à ce point la nécessité d'une alimentation de base dans la lutte contre le sida?
Des dizaines de milliards de dollars ont été investis pour lutter contre le sida. Malgré cela, les pays donateurs ont largement sous estimé l'importance de la nutrition, oubliant de prendre en compte ce que leur disaient pourtant les malades eux-mêmes et les scientifiques.
Dans le domaine du développement, il a longtemps été de mise de dire que les projets mis en place tenaient compte des besoins des bénéficiaires. Mais ce n'était que théorie! La réalité est tout autre. Nous ne savons pas écouter. Le traitement que l'on offre aujourd'hui aux malades du sida en est l'exemple le plus typique. Peter Piot, Directeur exécutif de ONUSIDA, raconte être chaque fois frappé de voir que la première chose que les familles touchées par la maladie lui demandent lorsqu'il va sur le terrain, ce ne sont pas des médicaments, ni de l'argent, mais... de la nourriture.
Or, la situation s'est davantage détériorée avec la flambée des prix des céréales. Y a-t-il évidence plus criante que ces articles dans les journaux de Nairobi au Kenya qui racontent comment des malades du sida vendent leurs médicaments antirétroviraux pour acheter de la nourriture pour leurs enfants?
Cette façon qu'ont les pays donateurs de ne pas prendre en compte le lien entre la nutrition et la maladie va bien au-delà du sida et de l'Afrique. L'année dernière, un projet d'aide alimentaire crucial pour des malades de la tuberculose au Cambodge a dû être interrompu par manque de fonds. Pourtant, il est reconnu depuis longtemps que la sécurité alimentaire et une bonne alimentation sont primordiales dans le traitement de la tuberculose. Heureusement des contributions de dernière minute faites par Dubaï, les États-Unis et l'Espagne ont permis de poursuivre le projet.
Personne ne met en doute le fait qu'être bien nourri donne aux tuberculeux l'énergie nécessaire pour combattre une maladie qui, mal traitée, est mortelle. Pourquoi ne reconnaît-on pas la même importance d'une bonne alimentation pour les malades du sida?
Il y a des organisations qui ont vu le drame venir. Je pense par exemple à l'organisation non gouvernementale Médecins sans frontières (MSF). Chez MSF, une alimentation nutritionnelle est considérée comme un médicament. C'est une avancée considérable. Après tout, la faim est la première cause de décès dans le monde, selon l'Organisation mondiale de la santé. Elle tue trois millions d'enfants chaque année.
Malheureusement, la communauté internationale tarde à prendre exemple sur MSF. Même l'aide alimentaire traditionnelle est en régression de 70 % depuis 1999. C'est le niveau le plus bas jamais atteint depuis la création du PAM au début des années 60.
Par conséquent, les chances de reconnaître l'importance de la nutrition dans le traitement des malades du sida diminuent de jour en jour alors que les adultes séropositifs ont besoin de 10 % d'énergie de plus qu'une personne en bonne santé. Avec la progression de la maladie, ces besoins augmentent à 20-25 %. Les enfants et les adultes touchés souffrent davantage de déficiences en micronutriments. Ils ont davantage besoin d'une alimentation riche et variée.
Avec la flambée mondiale des prix des céréales, les familles les plus pauvres ont déjà commencé à substituer des aliments moins nutritifs à la viande, au poisson, aux oeufs et aux légumes devenus trop chers. Cela a des conséquences catastrophiques sur la santé des malades. Ces familles font face au douloureux dilemme de devoir choisir entre nourriture et médicaments pour ceux qu'ils aiment.
Il est temps que nous réagissions, car nous allons perdre toute une génération. Il est temps que nous comprenions une fois pour toute que les médicaments ne sont pas à eux seuls la solution pour lutter contre la maladie. Quel médecin admettrait un patient à l'hôpital, le soignerait avec les médicaments les plus sophistiqués... pour le laisser ensuite mourir de faim?
C'était un homme dans la trentaine et très amaigri. Il avait des marques rouges au bord des yeux. Je me rappelle avoir pensé que cela devait être de colère.
Mais il n'était pas en colère — seulement épuisé, anxieux, confus. Il s'est approché de moi et m'a dit: «Je suis malade du sida. Je reçois des médicaments pour me soigner. Mais j'ai faim et je suis trop faible pour travailler et m'occuper de mes enfants. Pourquoi me donner ces médicaments dans ces conditions? Pourquoi me garder en vie dans ces conditions?»
Inutile de dire que je ne m'attendais pas à ces questions! Personne d'ailleurs. On m'avait minutieusement préparé une visite sur le terrain afin que je puisse mener des campagnes de lutte contre le VIH/sida, à titre d'Ambassadrice de bonne volonté. Mais personne n'avait prévu de telles remarques. En effet, comment imaginer qu'un des rares Africains assez chanceux pour être soignés avec ces fameux médicaments antirétroviraux si chers s'en plaindrait aussi amèrement!
Que pouvais-je faire? Je lui ai promis de la nourriture. Le gouvernement de Dubaï a par la suite fait des contributions au Programme alimentaire mondial des Nations unies (PAM) pour aider de telles familles. J'aime penser que, grâce à la nourriture qu'il a reçue du PAM, cet homme a retrouvé sa dignité et suffisamment de force pour travailler et s'occuper de sa famille.
Mais comment la communauté internationale a-t-elle pu négliger à ce point la nécessité d'une alimentation de base dans la lutte contre le sida?
Des dizaines de milliards de dollars ont été investis pour lutter contre le sida. Malgré cela, les pays donateurs ont largement sous estimé l'importance de la nutrition, oubliant de prendre en compte ce que leur disaient pourtant les malades eux-mêmes et les scientifiques.
Dans le domaine du développement, il a longtemps été de mise de dire que les projets mis en place tenaient compte des besoins des bénéficiaires. Mais ce n'était que théorie! La réalité est tout autre. Nous ne savons pas écouter. Le traitement que l'on offre aujourd'hui aux malades du sida en est l'exemple le plus typique. Peter Piot, Directeur exécutif de ONUSIDA, raconte être chaque fois frappé de voir que la première chose que les familles touchées par la maladie lui demandent lorsqu'il va sur le terrain, ce ne sont pas des médicaments, ni de l'argent, mais... de la nourriture.
Or, la situation s'est davantage détériorée avec la flambée des prix des céréales. Y a-t-il évidence plus criante que ces articles dans les journaux de Nairobi au Kenya qui racontent comment des malades du sida vendent leurs médicaments antirétroviraux pour acheter de la nourriture pour leurs enfants?
Cette façon qu'ont les pays donateurs de ne pas prendre en compte le lien entre la nutrition et la maladie va bien au-delà du sida et de l'Afrique. L'année dernière, un projet d'aide alimentaire crucial pour des malades de la tuberculose au Cambodge a dû être interrompu par manque de fonds. Pourtant, il est reconnu depuis longtemps que la sécurité alimentaire et une bonne alimentation sont primordiales dans le traitement de la tuberculose. Heureusement des contributions de dernière minute faites par Dubaï, les États-Unis et l'Espagne ont permis de poursuivre le projet.
Personne ne met en doute le fait qu'être bien nourri donne aux tuberculeux l'énergie nécessaire pour combattre une maladie qui, mal traitée, est mortelle. Pourquoi ne reconnaît-on pas la même importance d'une bonne alimentation pour les malades du sida?
Il y a des organisations qui ont vu le drame venir. Je pense par exemple à l'organisation non gouvernementale Médecins sans frontières (MSF). Chez MSF, une alimentation nutritionnelle est considérée comme un médicament. C'est une avancée considérable. Après tout, la faim est la première cause de décès dans le monde, selon l'Organisation mondiale de la santé. Elle tue trois millions d'enfants chaque année.
Malheureusement, la communauté internationale tarde à prendre exemple sur MSF. Même l'aide alimentaire traditionnelle est en régression de 70 % depuis 1999. C'est le niveau le plus bas jamais atteint depuis la création du PAM au début des années 60.
Par conséquent, les chances de reconnaître l'importance de la nutrition dans le traitement des malades du sida diminuent de jour en jour alors que les adultes séropositifs ont besoin de 10 % d'énergie de plus qu'une personne en bonne santé. Avec la progression de la maladie, ces besoins augmentent à 20-25 %. Les enfants et les adultes touchés souffrent davantage de déficiences en micronutriments. Ils ont davantage besoin d'une alimentation riche et variée.
Avec la flambée mondiale des prix des céréales, les familles les plus pauvres ont déjà commencé à substituer des aliments moins nutritifs à la viande, au poisson, aux oeufs et aux légumes devenus trop chers. Cela a des conséquences catastrophiques sur la santé des malades. Ces familles font face au douloureux dilemme de devoir choisir entre nourriture et médicaments pour ceux qu'ils aiment.
Il est temps que nous réagissions, car nous allons perdre toute une génération. Il est temps que nous comprenions une fois pour toute que les médicaments ne sont pas à eux seuls la solution pour lutter contre la maladie. Quel médecin admettrait un patient à l'hôpital, le soignerait avec les médicaments les plus sophistiqués... pour le laisser ensuite mourir de faim?
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