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Organisation mondiale du commerce - Un échec souhaitable

Hugo Beauregard-Langelier - Agroéconomiste et M.A. en développement international et rural  2 août 2008 
Peu avant l'échec des négociations à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), les rumeurs d'un possible accord sur la libéralisation du commerce, particulièrement en agriculture, ont fait ressortir les grandes voix médiatiques du libéralisme économique pour nous en chanter ses louanges. Dans le cas bien spécifique de l'agriculture, on ne cesse d'entendre l'interminable même «cassette» sur les bienfaits du libre marché et son inévitabilité sans qu'on nous explique les fondements d'une telle approche. En relisant les textes des principaux défenseurs de ce discours et leur position vis-à-vis des plus récentes propositions issues du cycle de Doha, quatre éléments centraux reviennent constamment.

Dans un premier temps, on fait miroiter aux gens l'idée qu'il y a consensus parmi les économistes afin d'ajouter une certaine crédibilité au propos. Dans un deuxième temps, on tente de nous convaincre que le libre marché est sans faute, voire parfait, et qu'il est le seul à pouvoir créer et répartir convenablement la richesse. Troisièmement, le système de gestion de l'offre dans les secteurs du lait, de la volaille et des oeufs est diabolisé, en sous-entendant qu'il est issu d'une approche communiste arriérée tout en représentant l'ultime frein au développement agricole québécois. Et en dernier lieu, on nous sort l'argument économique à saveur quasi sentimentale que la libéralisation du commerce en agriculture est le point de salut pour tous ces «petits agriculteurs» pauvres et fragiles.

Une brève revue de la littérature économique démontre clairement que plusieurs positions se font face, principalement entre les courants keynésien, prônant notamment une intervention de l'État dans la sphère économique, et néo-classique, arguant que la libéralisation et le laisser-faire des marchés sont à la base du bien-être individuel et collectif. Il est donc absurde de laisser entendre qu'il existe un supposé accord entre les économistes.

Le second argument voulant que les marchés libres soient parfaits est un triste déni de la réalité. Rarement entendons-nous dire par les tenants du néolibéralisme que leurs modélisations sont basées sur l'hypothèse stipulant obligatoirement que le consommateur doit avoir un comportement rationnel devant ses choix économiques. Trop de facteurs inconnus interviennent dans la simple équation de l'offre et de la demande pour que tous les acteurs participant aux marchés puissent faire des choix rationnels basés sur des informations parfaites pour chacune de leurs transactions.

Les attaques répétées visant la gestion de l'offre nourrissent l'idée que cette forme de mise en marché empêche le consommateur de profiter des avantages de la concurrence en plus d'empêcher l'industrie de croître. Il faut soit être déconnecté de la réalité commerciale, soit être idéaliste pour ne pas se rendre compte que l'industrie agroalimentaire québécoise et mondiale est contrôlée par une poignée de multinationales et que rien ne prouve, surtout pas la rhétorique néoclassique, que cet oligopole emmènera une plus grande concurrence en matière de prix. Mais au-delà de la question des prix et de la concurrence, pourquoi voudrions-nous que les industries agroalimentaires exportent davantage si ce n'est pour enrichir quelques actionnaires au détriment d'une plus grande concentration des fermes (comme c'est le cas en Australie et aux États-Unis), donc d'une diminution encore plus accélérée de ces dernières en territoire rural?

Coûts fixes

Pour supposément créer de la richesse et de l'emploi alors qu'il a été démontré que les multinationales sont très peu créatrices d'emplois comparativement aux PME? Pour tenter de conquérir de nouveaux marchés et être concurrentiel à l'échelle internationale alors que le climat nordique nous contraint à des coûts fixes beaucoup plus élevés qu'ailleurs dans le monde? Il serait illogique de détruire un système qui permet aux consommateurs d'avoir accès à un produit québécois n'ayant pas un prix régi par les fluctuations du marché, aux producteurs de voir leurs risques diminuer, aux gouvernements de n'intervenir que pour fixer les prix de vente en fonction des coûts de production tout en établissant les barrières tarifaires, et aux industries d'obtenir un approvisionnement constant et de haute qualité.

Parmi l'ensemble des raisons invoquées pour libéraliser les échanges commerciaux en agriculture, la plus remarquable est celle voulant que les pays en développement, en particulier leurs agriculteurs, seront les grands bénéficiaires d'une telle approche. Il suffit de visiter et de discuter avec des producteurs de riz à Diré, au Mali, ou des producteurs d'ananas à Bohicon, au Bénin, ou encore des producteurs de canne à sucre à Negros, aux Philippines, pour s'apercevoir que la supposée majorité silencieuse ne souhaite pas une entière libéralisation des marchés. Ces pays demandent plutôt des règles commerciales équitables leur permettant de ne plus être dépendants des marchés extérieurs et de pouvoir produire une alimentation pour leur population qui, à l'heure actuelle, crie toujours famine. Les institutions internationales ont volontairement orienté les pays en développement à pratiquer une agriculture d'exportation et les récentes propositions de l'OMC ne visent qu'à renforcer leur dépendance vis-à-vis des denrées de base. Quand bien même les pays développés réduiraient leurs tarifs à l'importation, pourquoi le consommateur occidental achèterait-il plus de bananes lorsque celles-ci sont déjà à 49, 59 ou 69 ¢ la livre? Pourquoi boirait-il plus de café alors que le prix de celui-ci est déjà extrêmement bas? Pour favoriser le «petit producteur» qui ne touchera probablement pas plus de 5 % du prix final? Voilà toute l'hypocrisie et la contradiction du discours économique néolibéral qui se prétend ardent défenseur des pauvres et des fragiles.

Parmi l'ensemble des raisons invoquées pour libéraliser les échanges commerciaux en agriculture, la plus remarquable est celle voulant que les pays en développement, en particulier leurs agriculteurs, seront les grands bénéficiaires d'une telle approche. Il suffit de visiter et de discuter avec des producteurs de riz à Diré, au Mali, ou des producteurs d'ananas à Bohicon, au Bénin, ou encore des producteurs de canne à sucre à Negros, aux Philippines, pour s'apercevoir que la supposée majorité silencieuse ne souhaite pas une entière libéralisation des marchés. Ces pays demandent plutôt des règles commerciales équitables leur permettant de ne plus être dépendants des marchés extérieurs et de pouvoir produire une alimentation pour leur population qui, à l'heure actuelle, crie toujours famine. Les institutions internationales ont volontairement orienté les pays en développement à pratiquer une agriculture d'exportation et les récentes propositions de l'OMC ne visent qu'à renforcer leur dépendance vis-à-vis des denrées de base. Quand bien même les pays développés réduiraient leurs tarifs à l'importation, pourquoi le consommateur occidental achèterait-il plus de bananes lorsque celles-ci sont déjà à 49, 59 ou 69 ¢ la livre? Pourquoi boirait-il plus de café alors que le prix de celui-ci est déjà extrêmement bas? Pour favoriser le «petit producteur» qui ne touchera probablement pas plus de 5 % du prix final? Voilà toute l'hypocrisie et la contradiction du discours économique néolibéral qui se prétend ardent défenseur des pauvres et des fragiles.

La crise alimentaire et l'échec des négociations devraient être des signaux d'alarme pour comprendre que la libéralisation des dernières années n'a pas apporté les résultats attendus. Il est temps pour les instances internationales de revoir la stratégie commerciale en agriculture pour une meilleure création et redistribution de la richesse avantageuse économiquement mais également politiquement et socialement pour les consommateurs, les agriculteurs, les gouvernements et l'industrie. Un système permettant aux pays de produire et de protéger certaines denrées alimentaires de base sans les exporter sur le marché mondial, tout en pouvant exporter d'autres productions ne bénéficiant d'aucune subvention, s'avérerait une approche beaucoup plus équilibrée et réaliste pour en venir à un accord international.
 
 
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