Pour réduire la dépendance aux drogues
Dans son article du 21 juillet dernier intitulé «Vancouver peut-il servir de modèle au Québec?», M. Jean-Claude Leclerc nous livre son interprétation des causes qui, selon lui, sous-tendent la controverse qui oppose les partisans de l'approche de réduction des méfaits liés à l'usage de drogues et ses détracteurs. D'importantes clarifications s'imposent.
Contrairement à l'avis de l'auteur, nous considérons que les positions clivées dont fait l'objet l'approche de réduction des méfaits sont les fruits de l'affrontement de deux paradigmes: celui de l'approche scientifique et celui de l'approche idéologique, fondée sur des valeurs morales.
L'approche de réduction des méfaits, largement reconnue, est basée sur deux principes centraux, le pragmatisme et l'humanisme. Le pragmatisme rappelle qu'il est illusoire de penser que toutes les personnes dépendantes de drogues peuvent cesser de consommer à court ou moyen terme. Il est donc nécessaire de réduire les risques auxquels celles-ci s'exposent afin de préserver, autant que faire se peut, leur santé ainsi que celle du public. Les principes humanistes affirment quant à eux que tout être humain est libre de disposer de sa propre personne et a droit, quelles que soient ses habitudes de vie, à des services visant à améliorer son état de santé en général.
D'innombrables études scientifiques menées partout dans le monde ont démontré l'impact positif des principales mesures de réduction des méfaits en matière de santé publique. Il a également été clairement établi que celles-ci présentent un rapport coût/bénéfice nettement avantageux. Plusieurs pays dans le monde, dont l'Allemagne, la France, les Pays-Bas et la Suisse, ont donc choisi d'intégrer cette approche à leurs stratégies en matière de lutte contre les dépendances. Le Québec, pour sa part, s'y est engagé depuis une dizaine d'années déjà.
La majorité des opposants à l'approche de réduction des méfaits revendiquent, quant à eux, sur la base d'arguments idéologiques, l'abstinence et une répression accrue comme principaux moyens de gérer les problèmes que pose l'usage de drogues. Au vu de données probantes, cette vision est à la fois irréaliste et dangereuse. Comme le souligne M. Leclerc, la réduction de l'offre de drogues par le biais d'une approche coercitive a largement démontré ses limites.
Sur le plan thérapeutique, l'abstinence pour tous est un non-sens. Le diktat d'un tel objectif crée, en effet, plus de désarroi que de bénéfices et ne permet pas d'adapter les soins aux besoins des patients, contrairement à ce qui est le cas pour tout autre problème de santé chronique. Par ailleurs, un tel modèle d'intervention uni-axial pose de nombreuses questions éthiques, dont celle de la réponse sociale à l'échec thérapeutique pouvant affecter certains, et celle de la prise en compte des problèmes de santé liés à l'usage des drogues.
Il est donc primordial d'adopter des politiques publiques permettant d'offrir aux personnes dépendantes des soins individualisés et éprouvés, dont la réduction des méfaits est l'un des objectifs primordiaux, sans pour autant en être l'objectif ultime.
Par ailleurs, l'article de M. Leclerc fait état de la position de détracteurs minoritaires et partisans, voulant que les études menées sur le projet Insite de Vancouver n'aient pas été validées de façon indépendante. Nous souhaitons rappeler que cette initiative a fait l'objet de 23 articles scientifiques publiés dans des revues prestigieuses, avec comités de lecture par des pairs, telles que The Lancet, pour n'en citer qu'une. Ces articles ont largement contribué à démontrer l'efficacité des services offerts par Insite. Certes, le site d'injection supervisé de Vancouver n'a pas conduit à l'éradication du fléau de la dépendance aux drogues dans cette ville — ce n'était d'ailleurs pas son objectif —, mais il a largement contribué à maintenir en vie les personnes qui ont utilisé ses services et à améliorer leur état de santé.
L'hépatite C et le VIH — dont les prévalences sont extrêmement élevées chez les usagers de drogues par injection — ainsi que d'autres problèmes de santé liés aux conditions d'administration des drogues menacent, au Québec, la vie de plusieurs milliers de personnes.
La présence de sites d'injection supervisés permettrait de diminuer ces risques. Il nous semble donc nécessaire de procéder à l'implantation de tels dispositifs là où les besoins le justifient. Il en va de même de toute autre modalité d'intervention éprouvée, concourant à améliorer l'état de santé et la qualité de vie des personnes vivant avec un problème de dépendance. Nous pensons, entre autres, au traitement avec prescription médicale d'héroïne expérimentée à Montréal et à Vancouver dans le cadre du projet NAOMI. L'efficacité de telles interventions ayant été démontrée en Europe (Suisse, Pays-Bas, Allemagne, Espagne), nous espérons que ce dispositif expérimental sera rapidement intégré à l'offre de services publique en dépendance au Québec.
En conclusion, nous jugeons regrettable, dans une société moderne et bien nantie comme la nôtre, que certains de nos concitoyens soient condamnés à s'injecter de la drogue sous le regard de tous et dans des conditions mettant leur vie en péril. Les usagers de drogues étant des citoyens à part entière, il est intolérable que les valeurs idéologiques de certains, jugeant que seules les personnes qui sont en mesure de devenir abstinentes sont dignes de recevoir de l'aide, priment sur le droit à la santé et à la dignité des personnes dépendantes.
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Le texte ci-dessous est une version abrégée de notre réponse. La version intégrale sera disponible sur notre site Internet à l'adresse: www.cran.qc.ca
Contrairement à l'avis de l'auteur, nous considérons que les positions clivées dont fait l'objet l'approche de réduction des méfaits sont les fruits de l'affrontement de deux paradigmes: celui de l'approche scientifique et celui de l'approche idéologique, fondée sur des valeurs morales.
L'approche de réduction des méfaits, largement reconnue, est basée sur deux principes centraux, le pragmatisme et l'humanisme. Le pragmatisme rappelle qu'il est illusoire de penser que toutes les personnes dépendantes de drogues peuvent cesser de consommer à court ou moyen terme. Il est donc nécessaire de réduire les risques auxquels celles-ci s'exposent afin de préserver, autant que faire se peut, leur santé ainsi que celle du public. Les principes humanistes affirment quant à eux que tout être humain est libre de disposer de sa propre personne et a droit, quelles que soient ses habitudes de vie, à des services visant à améliorer son état de santé en général.
D'innombrables études scientifiques menées partout dans le monde ont démontré l'impact positif des principales mesures de réduction des méfaits en matière de santé publique. Il a également été clairement établi que celles-ci présentent un rapport coût/bénéfice nettement avantageux. Plusieurs pays dans le monde, dont l'Allemagne, la France, les Pays-Bas et la Suisse, ont donc choisi d'intégrer cette approche à leurs stratégies en matière de lutte contre les dépendances. Le Québec, pour sa part, s'y est engagé depuis une dizaine d'années déjà.
La majorité des opposants à l'approche de réduction des méfaits revendiquent, quant à eux, sur la base d'arguments idéologiques, l'abstinence et une répression accrue comme principaux moyens de gérer les problèmes que pose l'usage de drogues. Au vu de données probantes, cette vision est à la fois irréaliste et dangereuse. Comme le souligne M. Leclerc, la réduction de l'offre de drogues par le biais d'une approche coercitive a largement démontré ses limites.
Sur le plan thérapeutique, l'abstinence pour tous est un non-sens. Le diktat d'un tel objectif crée, en effet, plus de désarroi que de bénéfices et ne permet pas d'adapter les soins aux besoins des patients, contrairement à ce qui est le cas pour tout autre problème de santé chronique. Par ailleurs, un tel modèle d'intervention uni-axial pose de nombreuses questions éthiques, dont celle de la réponse sociale à l'échec thérapeutique pouvant affecter certains, et celle de la prise en compte des problèmes de santé liés à l'usage des drogues.
Il est donc primordial d'adopter des politiques publiques permettant d'offrir aux personnes dépendantes des soins individualisés et éprouvés, dont la réduction des méfaits est l'un des objectifs primordiaux, sans pour autant en être l'objectif ultime.
Par ailleurs, l'article de M. Leclerc fait état de la position de détracteurs minoritaires et partisans, voulant que les études menées sur le projet Insite de Vancouver n'aient pas été validées de façon indépendante. Nous souhaitons rappeler que cette initiative a fait l'objet de 23 articles scientifiques publiés dans des revues prestigieuses, avec comités de lecture par des pairs, telles que The Lancet, pour n'en citer qu'une. Ces articles ont largement contribué à démontrer l'efficacité des services offerts par Insite. Certes, le site d'injection supervisé de Vancouver n'a pas conduit à l'éradication du fléau de la dépendance aux drogues dans cette ville — ce n'était d'ailleurs pas son objectif —, mais il a largement contribué à maintenir en vie les personnes qui ont utilisé ses services et à améliorer leur état de santé.
L'hépatite C et le VIH — dont les prévalences sont extrêmement élevées chez les usagers de drogues par injection — ainsi que d'autres problèmes de santé liés aux conditions d'administration des drogues menacent, au Québec, la vie de plusieurs milliers de personnes.
La présence de sites d'injection supervisés permettrait de diminuer ces risques. Il nous semble donc nécessaire de procéder à l'implantation de tels dispositifs là où les besoins le justifient. Il en va de même de toute autre modalité d'intervention éprouvée, concourant à améliorer l'état de santé et la qualité de vie des personnes vivant avec un problème de dépendance. Nous pensons, entre autres, au traitement avec prescription médicale d'héroïne expérimentée à Montréal et à Vancouver dans le cadre du projet NAOMI. L'efficacité de telles interventions ayant été démontrée en Europe (Suisse, Pays-Bas, Allemagne, Espagne), nous espérons que ce dispositif expérimental sera rapidement intégré à l'offre de services publique en dépendance au Québec.
En conclusion, nous jugeons regrettable, dans une société moderne et bien nantie comme la nôtre, que certains de nos concitoyens soient condamnés à s'injecter de la drogue sous le regard de tous et dans des conditions mettant leur vie en péril. Les usagers de drogues étant des citoyens à part entière, il est intolérable que les valeurs idéologiques de certains, jugeant que seules les personnes qui sont en mesure de devenir abstinentes sont dignes de recevoir de l'aide, priment sur le droit à la santé et à la dignité des personnes dépendantes.
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Le texte ci-dessous est une version abrégée de notre réponse. La version intégrale sera disponible sur notre site Internet à l'adresse: www.cran.qc.ca
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