Les mythes néolibéraux
Lazar Konforti - Candidat à la maîtrise en développement international, Institute of Social Studies, Den Haag, Pays-Bas
30 juillet 2008
Quand, dans Le Devoir d'hier, l'économiste en chef de l'Institut économique de Montréal, Marcel Boyer, parle de «groupes d'intérêt» qui s'opposent à la libéralisation des marchés en sous-entendant des agriculteurs, il veut nous faire croire que ceux-ci ne représentent qu'une minorité entêtée et puissante. Pourtant, ce «puissant» secteur agricole ne contribue qu'à une infime partie du PIB des pays avancés. Loin d'être le projet d'une minorité puissante, la protection des marchés des pays du Nord (ou du soi-disant «premier monde») combinée à l'accès quasiment illimité aux marchés du Sud est en effet une stratégie nationale qui, malgré plusieurs mutations, demeure en esprit et en efficacité la même depuis l'époque coloniale et est la principale cause de l'inégalité globale qu'on peut voir aujourd'hui.
Certes, c'est injuste, mais la libéralisation n'est pas la solution (et non seulement parce que les pays développés promettent l'élimination des subventions depuis la ronde d'Uruguay sans jamais l'avoir fait). M. Boyer nous dit que la libéralisation crée la richesse de trois façons: par la compétition, par la réduction du rôle de l'État et par la diminution du pouvoir des groupes de pression. Vous avez ici trois beaux mythes néolibéraux.
Premièrement, la libéralisation du commerce combinée à la libéralisation financière mène à la concentration du marché. Déjà, dans plusieurs secteurs et en particulier le secteur agricole, un petit nombre de multinationales (d'habitude quatre ou cinq) contrôlent plus de 50 % du marché et parfois même 80 %. L'ouverture des marchés du Sud à une telle «compétition imparfaite» donne le feu vert à une accumulation des profits inouïe entre les mains des multinationales.
Deuxièmement, les producteurs du Sud n'ont pas pu bénéficier du soutien de leurs gouvernements (recherche et développement, extension agricole, éducation, infrastructure, etc.) à cause des politiques anti-étatiques de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international depuis les années 80. Les producteurs du Sud seront donc impuissants devant les multinationales, qui auront le monopole sur le crédit, la technologie, l'accès au marché du détail, bref tout ce que le gouvernement devrait garantir pour s'assurer d'une compétition équitable sur les marchés. Les petits producteurs finiront par avoir des relations contractuelles captives, c'est-à-dire des relations où les multinationales peuvent manipuler les prix et accaparer les surplus.
Si on ajoute à ce processus la marchandisation d'atouts comme la terre, l'eau et l'infrastructure publique — ce qui va toujours main dans la main avec la libéralisation —, c'est encore une fois les entreprises les plus puissantes qui vont pouvoir s'en prévaloir. C'est ce que le géographe économique David Harvey appelle «l'accumulation par la dépossession».
Troisièmement, la libéralisation réduirait le pouvoir des groupes de pression? M. Boyer, ne me faites pas rire! Si on réduit le pouvoir de l'État, on augmente celui des acteurs privés. Et je ne parle pas ici des citoyens! Sans un État démocratique au service des citoyens, c'est la loi du plus fort qui règne, et le plus fort, c'est le plus riche. N'étiez-vous pas au courant que les multinationales sont présentes à toutes les rencontres de l'OMC, où elles vantent sans cesse les effets positifs de la libéralisation? Ne saviez-vous pas que les représentants de l'industrie agricole et pharmaceutique rédigent les premiers brouillons des accords présentés à l'OMC?
M. Boyer, en tant que membre de l'Agence des partenariats public-privé du Québec, vous connaissez très bien ce type de groupes d'intérêt. Ces groupes sont assis avec vous au conseil d'administration de l'Institut économique de Montréal.
Chers lecteurs, regardez autour de vous: pendant que les néolibéraux nous disent que le marché est le meilleur mécanisme pour garantir la sécurité alimentaire, les prix sont en hausse, les profits ne cessent de grimper et les lois du marché font en sorte que les pays producteurs agricoles exportent leur nourriture pendant que les agriculteurs eux-mêmes n'ont pas assez d'argent pour se nourrir. Qu'Apple continue de produire les iPod, cela m'est égal, mais que le cycle de Doha fasse de la sécurité alimentaire dans le monde un cadeau aux multinationales, non merci. Si on veut parler de sécurité alimentaire, il faut également parler de souveraineté alimentaire, c'est-à-dire de l'approvisionnement démocratique des biens matériels essentiels à une vie digne.
Certes, c'est injuste, mais la libéralisation n'est pas la solution (et non seulement parce que les pays développés promettent l'élimination des subventions depuis la ronde d'Uruguay sans jamais l'avoir fait). M. Boyer nous dit que la libéralisation crée la richesse de trois façons: par la compétition, par la réduction du rôle de l'État et par la diminution du pouvoir des groupes de pression. Vous avez ici trois beaux mythes néolibéraux.
Premièrement, la libéralisation du commerce combinée à la libéralisation financière mène à la concentration du marché. Déjà, dans plusieurs secteurs et en particulier le secteur agricole, un petit nombre de multinationales (d'habitude quatre ou cinq) contrôlent plus de 50 % du marché et parfois même 80 %. L'ouverture des marchés du Sud à une telle «compétition imparfaite» donne le feu vert à une accumulation des profits inouïe entre les mains des multinationales.
Deuxièmement, les producteurs du Sud n'ont pas pu bénéficier du soutien de leurs gouvernements (recherche et développement, extension agricole, éducation, infrastructure, etc.) à cause des politiques anti-étatiques de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international depuis les années 80. Les producteurs du Sud seront donc impuissants devant les multinationales, qui auront le monopole sur le crédit, la technologie, l'accès au marché du détail, bref tout ce que le gouvernement devrait garantir pour s'assurer d'une compétition équitable sur les marchés. Les petits producteurs finiront par avoir des relations contractuelles captives, c'est-à-dire des relations où les multinationales peuvent manipuler les prix et accaparer les surplus.
Si on ajoute à ce processus la marchandisation d'atouts comme la terre, l'eau et l'infrastructure publique — ce qui va toujours main dans la main avec la libéralisation —, c'est encore une fois les entreprises les plus puissantes qui vont pouvoir s'en prévaloir. C'est ce que le géographe économique David Harvey appelle «l'accumulation par la dépossession».
Troisièmement, la libéralisation réduirait le pouvoir des groupes de pression? M. Boyer, ne me faites pas rire! Si on réduit le pouvoir de l'État, on augmente celui des acteurs privés. Et je ne parle pas ici des citoyens! Sans un État démocratique au service des citoyens, c'est la loi du plus fort qui règne, et le plus fort, c'est le plus riche. N'étiez-vous pas au courant que les multinationales sont présentes à toutes les rencontres de l'OMC, où elles vantent sans cesse les effets positifs de la libéralisation? Ne saviez-vous pas que les représentants de l'industrie agricole et pharmaceutique rédigent les premiers brouillons des accords présentés à l'OMC?
M. Boyer, en tant que membre de l'Agence des partenariats public-privé du Québec, vous connaissez très bien ce type de groupes d'intérêt. Ces groupes sont assis avec vous au conseil d'administration de l'Institut économique de Montréal.
Chers lecteurs, regardez autour de vous: pendant que les néolibéraux nous disent que le marché est le meilleur mécanisme pour garantir la sécurité alimentaire, les prix sont en hausse, les profits ne cessent de grimper et les lois du marché font en sorte que les pays producteurs agricoles exportent leur nourriture pendant que les agriculteurs eux-mêmes n'ont pas assez d'argent pour se nourrir. Qu'Apple continue de produire les iPod, cela m'est égal, mais que le cycle de Doha fasse de la sécurité alimentaire dans le monde un cadeau aux multinationales, non merci. Si on veut parler de sécurité alimentaire, il faut également parler de souveraineté alimentaire, c'est-à-dire de l'approvisionnement démocratique des biens matériels essentiels à une vie digne.
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