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La seconde défaite des plaines d'Abraham

Jean-Pierre Bonhomme - Montréal  26 juillet 2008 
La vitalité d'un peuple se mesure à la force de son symbolisme. Celui-ci est le reflet d'une âme, d'une animation. Or le peuple québécois ou canadien-français, comme on voudra, qui célèbre à Québec ces jours-ci le 400e anniversaire de la fondation de la Nouvelle-France, a montré qu'il a perdu au moins une partie de son âme. Cela s'avère de plusieurs manières.

Pour commencer, notre peuple a fait payer sa fête par la communauté qui l'a soumis. Lorsqu'un citoyen invite des amis à fêter quelque chose, il ne lui vient pas à l'esprit de faire payer la note par les voisins. Ici, on estime que le contraire est normal.

Dans le cas du 400e anniversaire de Québec, justement, c'est le voisin — aussi sympathique soit-il — qui a été invité (à genoux s'il vous plaît) à payer. Il va de soi que ce conquérant de voisin a imposé ses conditions. C'est lui qui a choisi la couleur des emblèmes et la qualité des organisateurs plus ou moins privés. En tout cas, ce n'est pas le gouvernement du Québec qui a choisi de représenter les sept millions de descendants de Français et d'encadrer les réjouissances. C'était pourtant une affaire d'État, pas de municipalité. Tout le reste n'est que conséquence.

C'est ce qui explique qu'en France autant qu'en Amérique, c'est un représentant du monarque britannique vainqueur — un couple qui a renoncé a sa citoyenneté française — qui a présidé aux cérémonies de lancement et d'arrivée des voiliers, possible symbole d'un affranchissement attendu. Récupération par le payeur!

D'évidence, la fête du 400e devait être celle de la Nouvelle-France. Québec est la capitale de toute la Nouvelle-France et appartient à tous. Or l'organisation plus ou moins anonyme a limité la portée de l'événement et en a fait une sorte de tombola municipale. De sorte que le lien de solidarité avec Montréal, Trois-Rivières et Sherbrooke a été rompu au profit d'une vulgaire concurrence de clochers. Il aurait été dangereux que la nation québécoise se soit serré les coudes; elle aurait pu vouloir se donner un surplus d'âme!

L'argent explique ainsi que la municipalité de Québec n'a pas pavoisé aux couleurs nationales: le bleu pour le Québec et le bleu, blanc, rouge pour la France. Pourtant, ces couleurs représentent bien le «nousÝ collectif. Il ne fallait pas déplaire au commanditaire de voisin, dont l'âme est plutôt, disons, anglo-saxonne.

Existe-t-il d'autres raisons ayant motivé l'organisation des fêtes à faire célébrer la Nouvelle-France par un certain chevalier britannique nommé McCartney sur le lieu même de l'ancienne déconfiture nationale? Un peuple qui a une âme n'aurait-il pas pu — à moindres frais du reste — choisir de s'unir sous le chapeau de ses propres poètes? Cette principale prestation communautaire — point d'orgue pour le vulgus — fut Autre. McCartney oui, peut-être, mais pas McCartney tout seul, avec son petit drapeau britannique, clin d'oeil que la télévision n'a pas manqué de percevoir sur cette scène des Plaines.

Tout cela est symptomatique. Cela peut être le signe que la population de la capitale a perdu une partie de son âme et qu'elle est satisfaite de se retrouver consommatrice d'événements éclectiques, comme tous les autres Américains du Nord (sauf les Mexicains), et que rien d'autre n'a plus d'importance.

Dans ces circonstances, il y a fort à parier que le 500e anniversaire ne sera plus qu'une anecdote folklorique! Le rêve de bien des Québécois, le grand rêve de l'épanouissement d'une certaine culture humaniste française en Amérique — culture devant enrichir la planète —, se sera donc envolé ce 20 juillet 2008. La réalité des boutiquiers les aura fait retomber sur terre!

Le Québec, en somme, n'est plus le lieu de foisonnement des idéaux. Il est là pour faire de l'argent, pour consommer des événements, tout coupé qu'il est de l'esprit qui l'animait jadis. Il n'est pas certain qu'en quémandant ainsi, qu'en consommant ainsi, il trouvera sa part de bonheur.
 
 
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