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Vente du pavillon Mont-Royal par l'Université de Montréal - Un patrimoine témoin de l'histoire des femmes

Dominique Laperle - Historien, enseignant au Pensionnat du Saint-Nom-de-Marie et étudiant au doctorat à l'Université du Québec à Montréal  25 juillet 2008 
Par les temps qui courent, chaque université montréalaise semble vivre plutôt difficilement son expansion immobilière. Le dernier épisode concerne l'Université de Montréal (UdeM) et l'ancienne maison mère des soeurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, à Outremont.

Acquis en 2003, l'édifice sis au 1420 du boulevard du Mont-Royal devait compléter un campus unifié sur la montagne. La mauvaise évaluation et l'explosion des coûts de rénovation ont rapidement fait craindre le pire à l'UdeM, qui a voulu se départir du bâtiment. (Une offre d'achat formulée par le groupe immobilier Catania, qui souhaite transformer le bâtiment en condos, vient d'être déposée.)

Pièce unique

Cela pourrait n'être qu'un épisode malheureux de plus dans la saga de la mauvaise gestion de nos institutions supérieures. Seulement voilà, cet édifice n'est pas qu'un simple assemblage de briques et de pierres mais plutôt la pièce maîtresse d'un ensemble conventuel religieux féminin unique sur l'île de Montréal.

La Congrégation enseignante des soeurs des Saints Noms de Jésus et de Marie (SNJM), fondée en 1843 par Eulalie Durocher (mère Marie-Rose), connaît une expansion spectaculaire durant la seconde moitié du XIXe siècle, ce qui la force à déménager de sa deuxième maison mère d'Hochelaga vers Outremont en 1925. Elle est sise sur un immense domaine agricole constitué entre 1889 et 1892 par l'achat de différents lots; le quadrilatère qui l'abrite s'étend actuellement du chemin de la Côte-Sainte-Catherine au mont Royal, et de la rue Vincent d'Indy à la rue Courcelette. Au fil du temps, il est devenu le terreau d'un regroupement d'édifices quasiment unique en Amérique du Nord.

Ancien pensionnat

Rappelons d'abord qu'il existait déjà un grand pensionnat, le Saint-Nom-de-Marie, au sud du domaine, depuis 1905. L'oeuvre monumentale de l'architecte Jean-Zéphirin Resther, dominée par son dôme-musée, est ajoutée vingt ans plus tard, ce qui deviendra la nouvelle maison mère.

Cette création des architectes Dalbé Viau et Louis-Alphonse Venne, de style Renaissance italienne, occupe une superficie de 71 920 pieds carrés, compte sept étages et fut, au moment de son inauguration, la plus vaste maison mère d'une communauté religieuse de tout le continent américain.

Sa chapelle, qui est une réplique de Sainte-Marie-Majeure de Rome, comprend une fresque de Guido Ninchiri et 32 toiles de soeur Jérôme-de-la-Croix, une artiste de la communauté. Sur les plans scolaire et administratif, on y retrouva le Mont Jésus-Marie (enseignement primaire) jusqu'en 2006, une école de secrétariat bilingue, l'École supérieure de musique (future École de musique Vincent-d'Indy), un cours classique, un cours de pédagogie familiale, une École normale, un noviciat, un scolasticat, une infirmerie et l'administration générale. Au sommet de son histoire, plus de mille personnes vivaient dans cet édifice.

Histoire des femmes

En 1957, les SNJM ajoutent deux nouveaux édifices sur leur domaine: l'Institut Jésus Marie (édifice vendu à l'Université de Montréal en 1968) et l'École de musique Vincent-d'Indy (vendue en 1978 et occupée depuis 1981 par l'UdeM), d'après des plans de Félix Racicot.

Rapidement, les habitants d'Outremont vont surnommer ce quadrilatère le «village Jésus-Marie». Dans cet espace, une jeune fille pouvait parcourir toutes les étapes de sa formation scolaire, du jardin d'enfant à l'université, dans une verticalité parfaite, modelée par une pédagogie unique. Il faut donc voir sur ce territoire un marquage féminin de l'espace plutôt unique dans l'histoire du Québec.

Éducatrices ouvertes au développement intégral de la personne, les SNJM ont vendu, à un prix nettement en dessous de la valeur du marché, leur édifice à l'UdeM car elles croyaient que l'établissement d'enseignement supérieur allait tout naturellement poursuivre la mission éducative si chère aux religieuses.

Entorse au contrat moral

Même si rien, dans le contrat de vente, ne stipule que l'UdeM doive y maintenir une oeuvre d'éducation, il faut voir dans le projet de revente une sérieuse entorse à l'entente originale et une cavalière façon de disposer des fonds publics déjà investis. Heureusement, l'arrondissement d'Outremont, la ville centre et le ministère de la Culture auront leur mot à dire.

Dans cette affaire, outre le maintien d'une mission éducative pour l'ancienne maison mère, il faut impérativement classer le quadrilatère pour la valeur architecturale des deux plus anciens bâtiments, éviter des interventions incongrues sur les enveloppes extérieures et assurer le maintien de la grande homogénéité architecturale des deux bâtiments de 1957.

Ultimement, il faut reconnaître la portée historique et symbolique de l'inscription durable, dans le paysage urbain, des bâtiments construits par ce groupe de femmes religieuses que sont les SNJM.
 
 
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