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Grand artiste, petits complexes

22 juillet 2008 
Sir Paul, un grand artiste s'il en fut, est sollicité pour venir chanter dans le cadre des célébrations du 400e anniversaire de Québec. Il le fait avec grâce, talent, dignité et magnanimité, portant le fleurdelisé bien haut. Il n'a rien à y perdre, tout à y gagner, mais parions qu'il l'a fait de bonne foi. Il y a fort à parier aussi qu'il ne l'a pas fait bénévolement. Il a été engagé. Une belle gig, peut-être, mais une gig.

Lorsque certains, pas toujours adroitement, ont soulevé la pertinence de son spectacle dans le cadre du 400e, des fans bercés par les Beatles, des bien-pensants qui connaissent le répertoire par coeur — et quelques opportunistes — ont crié au crime et à la bêtise de ces nationalistes obtus. Pourtant...

Pourtant, si un spectacle de Paul McCartney est un spectacle musical de premier ordre et si le personnage est énorme et signifiant, il n'en demeure pas moins que ce n'était pas le bon anniversaire, ni le bon budget pour le faire venir à Québec. On n'écrit pas «Bonne fête, Jean» sur le gâteau de Pierre. Le problème, n'en déplaise à madame St-Pierre et à monsieur Charest, n'est pas dans le spectacle (qu'ils comparent à ceux de Céline Dion à travers le monde), mais dans le contexte. Je suis certain que Céline Dion ne serait pas sans questions conviée à célébrer la culture argentine ou polonaise, même si elle peut s'y produire en tournée.

Alors, en ce lundi matin, s'il est de bon ton de mentionner la qualité du spectacle, la générosité de l'icône et le plaisir du public, il le serait beaucoup moins de le remercier avec une abnégation puérile. Tout comme s'il était venu malgré les incertains commentaires de certains d'entre nous, tout comme s'il était venu bénévolement...

Soyons un moment démagogiques, nous aussi. On reproche si souvent aux artistes et aux entreprises culturelles québécoises de vivre de subventions. Ce spectacle gratuit et sans billets, n'est-il pas financé par les contribuables? Combien de disques québécois, de spectacles de danse, de salons d'arts visuels, de publications imprimées, de ressources pour la transition vers l'économie des contenus en ligne, combien de tout ça dans le cachet de sir Paul? On ne réécrit pas l'histoire, mais ce fut un débat révélateur des complexes des uns et aussi de ceux des autres. Et de cet autre complexe qu'ils ont en commun: la gêne de débattre, de diverger d'opinion. Comme si c'était malsain. Débattons, il en ressortira quelque chose, et méfions-nous de ceux que ça dérange.

Le banquier de Sir Paul doit nous trouver bien drôles, ce matin...






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