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Libre-Opinion - Félix, le défunt ostracisé

Sylvie Bergeron - Auteure de La Conscience du génie québécois  18 juillet 2008 
Québec a accueilli les dignitaires français et canadiens, le 49e Congrès de l'Eucharistie, le 12e congrès de la Fédération des professeurs de langue française, et ouvre grand les bras à l'Angleterre par la présence insolite de Paul McCartney sur les plaines d'Abraham (celui-là même qui a fait une campagne de salissage contre le Canada à propos d'une chasse aux baleines qui ne s'exerce plus).

Cependant, la Capitale-Nationale passe sous silence le quasi emblématique Félix Leclerc, dont on célébrera la mémoire à Montréal (!) aux FrancoFolies afin de rendre hommage à un homme plus grand que nature, qui a inspiré le Québec moderne tout entier.

À part la mention obligée de l'arrivée de Samuel de Champlain, Québec a choisi d'ignorer son passé pour célébrer son 400e anniversaire, comme si nous n'avions pas d'histoire. Il a opté pour une fête culturelle, un genre de gros festival qui ne revêt aucun intérêt pour les dignitaires politiques étrangers. Mais comment Québec réussit-il de surcroît à mettre autant d'emphase sur la culture, reflet de nos racines, et du même souffle à se priver de rendre hommage à l'un de nos plus grands Québécois? Comment un défunt de la taille de Félix peut-il être ostracisé de la sorte par sa propre ville natale?

Félix Leclerc, le géant de l'île d'Orléans, a montré aux Québécois ce que signifiait avoir une dignité d'homme: se tenir debout devant l'adversité. À voir le rouge qui déteint sur les briques de la Vieille Capitale, Québec semble craindre la fierté nationale comme la peste: la ville défend au peuple d'être lui-même, de se tenir debout droit et fort avec son propre drapeau devant Ottawa. Québec croit qu'il ne faut pas mordre la main qui semble le nourrir. Doit-on s'empêcher d'être soi pour autant?

Voilà la seule explication logique à ce refus borné de rendre hommage au poète de Québec: Félix était souverainiste.

La ville de Québec a choisi de taire l'histoire pour éviter tout écueil politique. Or, tout, dans l'organisation de cette fête, transpire la partisanerie: les fédéralistes veulent écraser les souverainistes plutôt que de leur tendre la main, en cette année spéciale qui souligne la vigueur d'un peuple de toutes les allégeances. Tout est politique. On ne peut pas balayer du revers de la main la moitié du peuple rien que parce qu'Ottawa le demande.

Comme si le fait d'avoir à coeur notre nation plaçait immédiatement les gens dans le clan séparatiste. Québec est passé à côté du sens réel de son 400e anniversaire. Ses moindres silences parlent de ses allégeances fédéralistes. Il aurait été tellement plus avisé de présenter sans équivoque les deux côtés du coeur des Québécois, ceux qui sont attachés à des symboles forts du Québec et ceux qui sont attachés au drapeau canadien. Au lieu de cela, la ville entretient silencieusement mais clairement la dualité dans l'esprit des Québécois. Une dualité canadienne...

La ville de Québec est tombée dans le piège de l'Indirect Rule, il y a 300 ans. Cette règle est tellement ancrée que les habitants la respirent en pensant qu'il s'agit de leur propre oxygène, de leur propre pensée. Cette règle consistait à payer grassement l'élite canadienne française afin qu'elle fasse taire toute fierté nationale pour assimiler le peuple conquis. C'est ainsi qu'au terme de 400 ans de présence française en Amérique, le peuple québécois est dénigré par ses propres ministres, maires et autres agents politiques asservis aux billets du gouvernement canadien.

Balayer les symboles purement québécois, par exemple le drapeau bleu et un homme tel Félix, comme s'ils étaient l'expression unique de l'allégeance souverainiste, prive les fédéralistes d'exprimer franchement et passionnément leur fierté d'appartenir à un peuple dont l'histoire est éloquente de courage, de détermination et d'inventivité. Au lieu de favoriser la cohésion, le fédéralisme méprise l'essence même du peuple québécois par son ambition à démolir tout ce qui en reflète le libre mouvement d'expression.

La ville de Québec a réussi à faire taire la fierté des Québécois envers leur histoire. Ce que nous appelons naturellement et sans honte dans toute autre région le nationalisme est éradiqué dans la ville fondatrice. Québec semble confondre, par un raccourci simpliste, nationalisme et séparatisme.

Pour célébrer le 400e, la ville de Québec aura donc réussi à effacer le cancer souverainiste parce que le gouvernement canadien a les moyens d'une médecine radicale: la chimiothérapie. C'est un remède tellement efficace qu'il tue à la fois les bonnes et les mauvaises cellules, si bien qu'on peut ne jamais s'en remettre, qu'on peut même en mourir...

Il est malheureux de constater le manque d'ouverture d'esprit de la ville de Québec qui, tout compte fait, envoie à la population le signal de ne pas trop immiscer sa fierté nationale dans la célébration du 400e. Les millions d'Ottawa n'auraient pas dû empêcher les Québécois de reconnaître leur essence politique, porteuse de leurs valeurs distinctes, dans leur propre fête.

Notre Félix national est aujourd'hui devenu l'otage d'une vulgaire partisanerie qui a pris d'assaut les murs patrimoniaux de la ville de Québec et qui cherche à en imprimer une fois pour toutes la couleur. [...]
 
 
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