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Joseph Facal rentre à la maison

Tommy Chouinard   5 février 2003 
Joseph Facal part avec le sourire. «On peut très bien être à la fois ministre et père de jeunes enfants. Mais je ne pouvais pas me consacrer également aux deux rôles aussi pleinement que je le souhaiterais», a indiqué ce représentant de la rel
Joseph Facal part avec le sourire. «On peut très bien être à la fois ministre et père de jeunes enfants. Mais je ne pouvais pas me consacrer également aux deux rôles aussi pleinement que je le souhaiterais», a indiqué ce représentant de la rel
Québec — La difficile conciliation du travail et de la famille a eu raison d'un membre important du conseil des ministres du gouvernement péquiste. Le président du Conseil du trésor, Joseph Facal, quittera en effet la vie politique à la fin du présent mandat, ce qui représente une perte importante pour le PQ en vue des prochaines élections. Ce père d'un garçon de quatre ans et d'une fillette de 20 mois invoque des motifs familiaux pour justifier sa décision, des motifs qui constituent «la seule et unique raison» de son départ inattendu.

«Il n'y a pas que la politique dans la vie», a-t-il lancé hier en conférence de presse, l'air serein. Joseph Facal se dit en effet «tanné de vivre dans ses valises», «de passer une partie de la semaine et une bonne partie de l'année loin de la maison». «Après neuf ans [à l'Assemblée nationale], j'avais le goût de me recentrer davantage sur ma vie familiale», a-t-il affirmé.

«Vous savez à quel point la vie moderne peut être exténuante pour les couples qui ont de très jeunes enfants et dont les deux conjoints ont des carrières professionnelles exigeantes. La chose est encore plus vraie quand l'un des deux est en politique», a-t-il ajouté, tout en précisant qu'il est le seul membre du conseil des ministres à avoir des enfants d'âge préscolaire. «On peut très bien être à la fois ministre et père de jeunes enfants. Mais je ne pouvais pas me consacrer également aux deux rôles aussi pleinement que je le souhaiterais», a indiqué ce représentant de la relève au Parti québécois.

La «conjoncture politique actuelle» n'a rien à voir avec sa décision, a martelé M. Facal en conférence de presse. Un ami proche de M. Facal a d'ailleurs affirmé au Devoir que «ça ne fait aucun doute que Joseph quitte la politique pour sa famille. C'est le moteur de sa décision». «Il ne quitte pas la politique parce que ça va mal, a ajouté cet ami. Joseph a besoin de faire autre chose et il ne veut pas s'engager dans un cul-de-sac politique alors qu'il y a des choix déchirants qui devront être faits sur le rôle de l'État.»

Selon des informations obtenues par Le Devoir, l'épouse de M. Facal, Nathalie Genest, a récemment perdu son emploi à l'Ordre des ergothérapeutes du Québec, où son poste de responsable aux communications a été aboli. «J'ai une conjointe qui a des aspirations professionnelles aussi légitimes que les miennes et qui, depuis des années, fait tous les sacrifices, a dit M. Facal. Je ne veux pas aussi, un jour, quand il sera trop tard, avoir le regret de ne pas avoir vu grandir mes enfants.»

M. Facal arrive à point nommé en invoquant des raisons familiales, puisque le conseil national du Parti québécois, qui s'est tenu le week-end dernier à Trois-Rivières, avait justement identifié la conciliation travail-famille comme une préoccupation majeure du parti. «J'ai presque envie de vous dire que je suis un bel exemple de l'extrême pertinence pour le Parti québécois d'axer sa prochaine campagne électorale sur la conciliation famille-travail», a souligné M. Facal, qui a personnellement fait avancer ce dossier au sein du parti.

Le député de Fabre ne se portera pas candidat aux élections générales dans le comté de Laval où il a obtenu deux mandats consécutifs. Après le ministre du Travail Jean Rochon, Joseph Facal est le deuxième membre du conseil des ministres en moins de deux semaines à annoncer qu'il ne se présentera pas aux prochaines élections. M. Facal restera néanmoins un militant péquiste «convaincu et engagé», avec «les mêmes convictions souverainistes», et il n'a pas l'intention de changer de famille politique. M. Facal continuera d'ailleurs de participer à la préparation de la plate-forme électorale du parti. «Je reviendrai sans doute un jour à la politique active quand mes enfants seront plus grands. Je n'ai rien de précis qui m'attend sur le plan professionnel. Il y a plusieurs avenues qui me tentent. Je verrai ça en temps et lieu», a-t-il affirmé sur son avenir.

À l'aube d'élections générales qui ne sont pas gagnées pour le Parti québécois, le président du Conseil du trésor réfute toute allégation des «cyniques» de tout acabit voulant qu'il quitterait le navire péquiste avant qu'il ne coule. «Je vous signale que ma décision survient au moment où le Parti québécois est en pleine remontée, plutôt que l'inverse», a souligné M. Facal. «Qu'on soit à 20 %, 35 % ou 50 % [dans les intentions de vote], ma décision aurait été la même», a-t-il ajouté. Il croit toujours aux chances du PQ de l'emporter, même dans le comté qu'il laisse vacant. «Il y a quelques mois, les gens prédisaient la disparition du Parti québécois. Aujourd'hui, les gérants d'estrade sont un petit peu plus prudents», a-t-il souligné.

Joseph Facal a annoncé ses intentions au premier ministre Bernard Landry jeudi dernier, au terme d'une réflexion qu'il a faite durant un voyage au Mexique au cours du temps des Fêtes. Lors de l'entretien, M. Landry se serait montré très compréhensif, a fait savoir M. Facal, qui a précisé ne pas avoir voulu jeter de l'ombre sur le premier ministre en faisant son annonce le jour même où M. Landry se rend à Ottawa pour le début de la rencontre fédérale-provinciale sur la santé.

Bernard Landry et Joseph Facal ont cependant eu d'importantes divergences de vue au cours des derniers mois. En juin dernier, au lendemain d'élections partielles décevantes pour le PQ, M. Facal s'était fait rabrouer par M. Landry pour avoir critiqué le «sacro-saint modèle québécois». M. Facal a pourtant réitéré ses propos en septembre dernier dans une lettre ouverte publiée à la veille d'un conseil national. Des militants péquistes avaient alors réclamé sa tête, prétextant que le député de Fabre penchait trop à droite.

Ces événements ne sont toutefois pas à l'origine de son départ, a-t-il souligné. «Ma décision survient très peu de temps après que le premier ministre a fait un très bon accueil à une première version des travaux que je lui ai présentés sur la révision de la taille et du rôle de l'État», a-t-il noté. D'ailleurs, il poursuivra son travail afin de parachever ce plan, qui sera rendu public dans quelques jours, a-t-il précisé. M. Facal estime même que le PQ a «compris le message» derrière ses sorties fracassantes des derniers mois et que la plate-forme électorale du parti le reflétera.

Figure importante au sein du PQ, assimilée à la relève du parti, Joseph Facal, 41 ans, ne croit cependant pas que son départ nuira aux péquistes. «Je ne pense pas que je mette mon parti ou mon gouvernement dans l'embarras. Je n'ai pas la prétention de me croire irremplaçable. Le Parti québécois a survécu aux départs de René Lévesque et de Lucien Bouchard. Alors, je n'ai aucun doute qu'il y a de la relève au Parti québécois.»






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