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Sus à la dispersion des médecins

Isabelle Paré   4 février 2003 
Pour contrer la pénurie de docteurs, le Collège des médecins appelle les partis politiques à faire preuve de courage politique lors de la prochaine campagne, et à mettre fin aux dédoublements qui encouragent l'éparpillement des médecins à travers le Québec. Et cela, quitte à fermer certains services.

À quelques semaines d'une nouvelle course électorale au Québec, le président du Collège des médecins du Québec a mis les chefs de partis au défi de «dépolitiser» leurs discours sur la santé et de prendre les décisions qui s'imposent pour améliorer l'organisation des services médicaux.

Dans un document présenté hier, le président du Collège, le Dr Yves Lamontagne, y est allé de ses propres recettes. À son avis, il presse de regrouper certains services médicaux spécialisés, dont la démultiplication encourage parfois la dispersion de ressources de plus en plus rares.

«La question essentielle à se poser, en temps de pénurie, est la suivante: vaut-il mieux faire quelques kilomètres de plus pour disposer de meilleures ressources? N'y aurait-il pas lieu de réorganiser plutôt que de saupoudrer», a insisté le Dr Lamontagne.

Ce dernier a donné l'exemple des neurochirurgiens, dont le nombre est insuffisant pour couvrir adéquatement les 16 plateaux techniques existants au Québec. «Si on réduisait de moitié ces plateaux, on ne manquerait que de cinq neurochirurgiens et les équipes seraient mieux structurées et plus efficaces», croit-il.

Dans la seule région de Montréal, on dénombre huit centres de chirurgie cardiaque pour adultes et deux pour enfants, alors qu'un pays comme la Suède n'en compte que deux pour desservir toute sa population, a-t-il fait valoir.

Idem pour une série de mini-urgences secondaires en région, que le ministère de la Santé tente péniblement de maintenir en vie, avec le seul recours de médecins dépanneurs, en dépit du faible bassin de population desservi. Tout cela, pour éviter la colère de la population, croit le Collège. «A-t-on les moyens d'avoir tout partout? Les décisions qui doivent être prises ne doivent pas souffrir des aléas de la politique à courte vue», de renchérir le porte-parole du Collège.

Ce dernier pense même que cette leçon vaut aussi pour les médecins. À son avis, pénurie oblige, il est temps que certains spécialistes laissent tomber leurs chasses-gardées et permettent à certains de leurs collègues d'effectuer des actes autrefois réservés à leur spécialité. Le Dr Lamontagne a donné l'exemple des chirurgiens en région, qui étaient maintenant habilités à effectuer des césariennes en lieu et place des gynécologues. «Plusieurs veulent demeurer rois dans leur petit royaume, plutôt que valets dans un royaume plus grand», a-t-il déploré.

Par ailleurs, le rapport du Collège prône aussi un plus grand recours au secteur privé dans la production de services de santé, pour «atténuer les rigidités du système» et optimiser les effectifs. Cette situation existe déjà dans le secteur de l'hébergement pour personnes âgées, où une soixantaine de centres privés dispensent les mêmes services que dans le réseau public, conformément à des contrats signés avec le gouvernement. Le Collège estime que le Québec gagnerait à étendre ce genre d'expérience, notamment à certaines cliniques spécialisées.

Le Collège implore aussi les partis de repenser le rôle des régies régionales, qui accaparent une part trop importante des budgets. Sans prôner leur abolition, le Dr Lamontagne plaide néanmoins en faveur de leur diminution. «On a créé 18 régies régionales pour sept millions d'habitants alors que l'Ontario en compte huit pour dix millions d'habitants», insiste ce dernier.

En pré-campagne, les chefs de partis n'ont pas tardé hier à réagir à ces propositions. Le chef libéral Jean Charest, qui prône l'abolition pure et simple des régies, soutient qu'il faut faire place à une structure plus souple, qui sera capable de mieux gérer les ressources disponibles. «C'est pour ça qu'on propose d'abolir les régies régionales, et on remplace cela par une structure plus simple dont le premier objectif est la mise en réseau et couper dans l'attente», a soutenu ce dernier.

Quant à l'idée d'une agence indépendante dépolitisée, avancée il y a quelques années par la corporation des médecins, le chef du PLQ ne l'appuie pas d'emblée. «On veut aller à l'essentiel d'abord. On veut que les médecins et les infirmières fassent moins d'administration et plus de soins aux patients. On abolit les régies régionales, on investit davantage dans les soins à domicile, on met à contribution le privé», a-t-il dit.

De son côté, le chef Mario Dumont, estime que le rapport du Collège rejoint l'esprit du programme adéquiste. «La première chose que je retiens du rapport du Collège des médecins, c'est moins de politique et le partenariat public-privé. C'est certainement des choses avec lesquelles nous sommes parfaitement d'accord», a-t-il dit.

Voyant une convergence de vue avec les propositions de son parti sur le partenariat public-privé, Mario Dumont estime que les suggestions du Collège à ce chapitre méritent d'être étudiées davantage. «Ça fait partie des éléments qu'on considère qu'il va falloir explorer pour désengorger notre système de santé, ramener une dynamique», pense ce dernier.

Moins séduit par l'idée d'une agence ou d'une société d'État pour gérer la santé, le chef de l'ADQ estime que l'objectif de «dépolitiser la santé» peut être atteint «sans la création d'une nouvelle structure».






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