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Condos sur pilotis: une réussite... vraiment ?

Laurent Imbault - Résidant du Plateau Mont-Royal, ex-coordonnateur de l'UCIM et porte-parole des Citoyens opposés à la vente des droits aériens  9 juillet 2008 
Faut-il se réjouir de l'entente intervenue entre la Ville de Montréal et le promoteur dans le dossier des condos sur pilotis du Plateau Mont-Royal? Les politiciens, la mairesse Helen Fotopulos en tête, clament avoir «réussi» tout en se gardant bien de nous dire de quelle réussite il s'agit.

D'accord, il n'y aura pas de construction sur pilotis avec des stationnements en demi-sous-sol. Du point de vue de la sécurité, il s'agit certainement d'un gain important et nous nous en réjouissons. Dès l'annonce de ce projet en 2001, une large coalition de marchands et de citoyens (plus de 12 000, faut-il le rappeler) avait demandé à l'administration du maire Gérald Tremblay de négocier immédiatement le rachat des droits du promoteur qui, à l'époque, étaient évalués à un million de dollars!

Michel Prescott, alors responsable de l'habitation au comité exécutif, s'y était formellement opposé, sous prétexte qu'il ne voyait pas «comment justifier donner un million à quelqu'un qui n'a rien fait pour». Or, n'est-ce pas exactement ce que vient de faire l'administration Tremblay? Le promoteur ayant payé 1,25 million pour sept immenses terrains en plein coeur du Plateau, son coût net d'acquisition s'élève donc maintenant à 250 000 $. En échange de quoi il abandonne la poursuite de 5,9 millions intentée contre la Ville pour retard dans l'émission des permis.

Nos élus nous ayant toujours affirmé que cette poursuite était non-fondée et que les permis n'avaient pas été émis parce que le promoteur n'avait pas fourni tous les documents requis, on est encore à se demander pourquoi l'avoir alors dédommagé. En réalité, si quelqu'un a «réussi» quoi que ce soit ici, il nous semble qu'il s'agisse du promoteur.

Le projet lui-même nous apparaît problématique, car là où s'érigeaient, en 1960, 27 unités d'habitation, le promoteur veut maintenant construire non plus 104 condos, mais 104 logements, tout en affirmant que «beaucoup de monde étaient contre les condos». Il n'aura jamais compris que nous n'étions pas tant contre les condos que contre «ces» condos.

Il prend bien soin cependant de préciser que «ce ne seront toutefois pas des logements abordables». Est-ce à dire que nous allons voir s'ériger sur ces terrains, autrefois publics, des logements inabordables qui ne pourront être que de petites unités pour une clientèle de passage, au lieu de logements sociaux ou d'appartements assez grands pour y élever des familles?

De plus, les problèmes éprouvés actuellement par les citoyens de la rue Laval, là où on construit 200 unités de condos, ne peuvent qu'alimenter les pires craintes des citoyens sur les dommages potentiels à leurs propriétés et les inconvénients de toutes sortes causés par les méga-chantiers en milieu urbain.

Et, que dire de Stationnement de Montréal (SDM) dans toute cette affaire? Voilà un organisme parapublic, dont la mission est récolter des «trente sous», qui s'improvise tout à coup expert en développement immobilier à grande échelle et qui, sans compétence aucune, livre un quartier à l'appétit vorace d'un promoteur, et ce, sans aucune consultation, étude de faisabilité ou étude d'impact. Ne devrait-on pas revoir le mandat de SDM de manière à s'assurer que cela ne se reproduise jamais ailleurs?

La réussite dont se vantent nos élus n'aurait-elle pas dû comporter une vraie prise en charge de tous les besoins du quartier et de ses résidants: logements pour les familles, logements sociaux, stationnements et espaces verts? Au lieu de cela, nous avons une entente privée entre un promoteur dont le but avoué est de faire des profits et des politiciens qui voient l'échéance électorale de 2009 avancer à grands pas et qui sont prêts à tout pour se débarrasser d'un dossier qui n'en finit plus de traîner.

Nous sommes loin d'une victoire pour les citoyens. Espérons que les résidants du quartier se souviendront des noms de ceux qui, par leur inaction et leur naïveté, les ont sacrifiés sur l'autel «du développement du parc immobilier».
 
 
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