Une libération qui teintera l'histoire politique de la Colombie
La libération hollywoodienne de la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt correspond sans aucun doute à un très grand moment pour l'otage politique des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et pour sa famille. Cette libération met fin à six dures années de captivité dans des conditions moins qu'humaines. Ingrid Betancourt est libre. Elle retrouve sa famille et pourra reprendre une vie normale. Il en va de même pour 14 autres otages, dont trois citoyens américains.
Elle sort de cet épisode profondément transformée. Bien entendu, sur le plan psychologique, mais au point de vue politique aussi. Au-delà de l'émotion, la captivité de madame Betancourt lui aura procuré un important capital politique, tant à l'échelle colombienne qu'au niveau international. Il va sans dire qu'Ingrid Betancourt est la grande gagnante de l'opération de libération menée par les Forces armées colombiennes le 2 juillet dernier.
FARC perdantes
En contrepartie, ce sont les FARC qui sortent de cet épisode en grandes perdantes. Ce n'est pas le premier coup dur qu'elles reçoivent cette année. Après la mort de trois de ses sept chefs, il est certain que l'organisation se trouvait en période de restructuration et donc était devenue plus vulnérable.
L'opération militaire colombienne du 1er mars effectuée en territoire équatorien a non seulement permis au gouvernement d'éliminer Raul Reyes, le porte-parole des FARC, mais également de récupérer son ordinateur personnel, qui comportait sans aucun doute plusieurs informations stratégiques importantes, lesquelles ont assurément facilité l'opération de libération qui a eu lieu la semaine dernière.
Le contenu compromettant de cet ordinateur a d'ailleurs forcé le président du Venezuela, Hugo Chávez, à désavouer l'organisation révolutionnaire. Après que le gouvernement colombien eut laissé planer le doute sur la présence de preuves liant le financement des FARC au gouvernement du Venezuela, Chávez a publiquement remis en question la pertinence de la voie subversive pour mener à bien les ambitions révolutionnaires qu'il a en commun avec le mouvement de guérilla (Le Monde, 9 juin 2008; The Economist, 10 juin 2008).
Bénéfices pour Uribe
Malgré tout cela, il serait risqué de tenir les FARC pour mortes. Bien qu'affaibli, le mouvement dispose encore d'environ 9000 combattants distribués sur le quart du territoire colombien. Et surtout, les FARC ont toujours plusieurs otages politiques en leur possession. Mme Betancourt, dans ses interventions, a évoqué le nombre de 33.
La chance de Mme Betancourt d'être enfin libérée, combinée à l'échec essuyé par les FARC, deux éléments abondamment reproduits ces derniers jours dans les médias, a jeté de l'ombre sur les bénéfices que représente cette libération spectaculaire pour le président colombien, Álvaro Uribe.
Pourtant, sur le plan international, celui-ci assène un rude coup à l'image héroïque de son homologue vénézuélien, Hugo Chávez, qui s'était improvisé grand héros des libérations d'otages détenus par les FARC plus tôt cette année, en orchestrant la remise en liberté de Clara Rojas, une proche de Mme Betancourt, et de Consuelo González de Perdomo, une parlementaire colombienne.
Dans les mois qui ont suivi ce coup de force, les relations tendues entre les deux présidents ont même mené le président Chávez à suggérer que, tant et aussi longtemps qu'Álvaro Uribe serait président, la libération d'Ingrid Betancourt serait plutôt difficile (Le Devoir, 4 juillet 2008).
À l'échelle nationale, la libération arrive à un moment particulièrement opportun pour le président Uribe. Bien qu'incroyablement populaire, avec un taux de satisfaction à son égard frôlant les 80 %, quelques nuages gris flottent au-dessus de lui. D'abord, il y a l'association de quelques personnages politiques de son entourage avec les groupes paramilitaires, dont son cousin et ancien sénateur Mario Uribe, qui fait actuellement l'objet d'une enquête pour avoir entretenu des liens avec des milices illégales. Toutefois, aucune preuve de l'implication du président Uribe dans ces scandales n'a été révélée jusqu'à ce jour.
Par ailleurs, la libération surprise d'Ingrid Bétancourt pourrait cacher une controverse politique d'une extrême acuité. Quelques jours avant l'opération militaire, le président Uribe a annoncé qu'il s'apprêtait à demander au Congrès colombien de tenir un référendum populaire sur la tenue d'une élection présidentielle anticipée.
Capital politique
Cette déclaration surprenante survient au moment où la Cour suprême entreprend de réviser la réforme constitutionnelle qui a permis au président Uribe de briguer un second mandat. En effet, la Constitution colombienne de 1991 n'accordait au président aucun droit de renouvellement. La décision du plus haut tribunal du pays fait suite à l'inculpation d'une ancienne congressiste pour avoir accepté un pot-de-vin en échange de son appui donné à la réforme constitutionnelle proposée en 2005 par le gouvernement d'Álvaro Uribe.
À ce jour, Álvaro Uribe n'a toujours pas exclu la possibilité de demander au Parlement d'amender à nouveau la Constitution afin de lui permettre de se porter candidat à la présidence pour une troisième fois.
La libération d'Ingrid Betancourt pourrait bien servir les intérêts politiques du président. Mais, paradoxalement, si l'orchestration de la libération d'Ingrid Betancourt profite indéniablement à l'actuel chef de l'État, l'événement en soi pourrait contribuer au renforcement du capital politique d'une candidate potentielle à sa succession.
Elle sort de cet épisode profondément transformée. Bien entendu, sur le plan psychologique, mais au point de vue politique aussi. Au-delà de l'émotion, la captivité de madame Betancourt lui aura procuré un important capital politique, tant à l'échelle colombienne qu'au niveau international. Il va sans dire qu'Ingrid Betancourt est la grande gagnante de l'opération de libération menée par les Forces armées colombiennes le 2 juillet dernier.
FARC perdantes
En contrepartie, ce sont les FARC qui sortent de cet épisode en grandes perdantes. Ce n'est pas le premier coup dur qu'elles reçoivent cette année. Après la mort de trois de ses sept chefs, il est certain que l'organisation se trouvait en période de restructuration et donc était devenue plus vulnérable.
L'opération militaire colombienne du 1er mars effectuée en territoire équatorien a non seulement permis au gouvernement d'éliminer Raul Reyes, le porte-parole des FARC, mais également de récupérer son ordinateur personnel, qui comportait sans aucun doute plusieurs informations stratégiques importantes, lesquelles ont assurément facilité l'opération de libération qui a eu lieu la semaine dernière.
Le contenu compromettant de cet ordinateur a d'ailleurs forcé le président du Venezuela, Hugo Chávez, à désavouer l'organisation révolutionnaire. Après que le gouvernement colombien eut laissé planer le doute sur la présence de preuves liant le financement des FARC au gouvernement du Venezuela, Chávez a publiquement remis en question la pertinence de la voie subversive pour mener à bien les ambitions révolutionnaires qu'il a en commun avec le mouvement de guérilla (Le Monde, 9 juin 2008; The Economist, 10 juin 2008).
Bénéfices pour Uribe
Malgré tout cela, il serait risqué de tenir les FARC pour mortes. Bien qu'affaibli, le mouvement dispose encore d'environ 9000 combattants distribués sur le quart du territoire colombien. Et surtout, les FARC ont toujours plusieurs otages politiques en leur possession. Mme Betancourt, dans ses interventions, a évoqué le nombre de 33.
La chance de Mme Betancourt d'être enfin libérée, combinée à l'échec essuyé par les FARC, deux éléments abondamment reproduits ces derniers jours dans les médias, a jeté de l'ombre sur les bénéfices que représente cette libération spectaculaire pour le président colombien, Álvaro Uribe.
Pourtant, sur le plan international, celui-ci assène un rude coup à l'image héroïque de son homologue vénézuélien, Hugo Chávez, qui s'était improvisé grand héros des libérations d'otages détenus par les FARC plus tôt cette année, en orchestrant la remise en liberté de Clara Rojas, une proche de Mme Betancourt, et de Consuelo González de Perdomo, une parlementaire colombienne.
Dans les mois qui ont suivi ce coup de force, les relations tendues entre les deux présidents ont même mené le président Chávez à suggérer que, tant et aussi longtemps qu'Álvaro Uribe serait président, la libération d'Ingrid Betancourt serait plutôt difficile (Le Devoir, 4 juillet 2008).
À l'échelle nationale, la libération arrive à un moment particulièrement opportun pour le président Uribe. Bien qu'incroyablement populaire, avec un taux de satisfaction à son égard frôlant les 80 %, quelques nuages gris flottent au-dessus de lui. D'abord, il y a l'association de quelques personnages politiques de son entourage avec les groupes paramilitaires, dont son cousin et ancien sénateur Mario Uribe, qui fait actuellement l'objet d'une enquête pour avoir entretenu des liens avec des milices illégales. Toutefois, aucune preuve de l'implication du président Uribe dans ces scandales n'a été révélée jusqu'à ce jour.
Par ailleurs, la libération surprise d'Ingrid Bétancourt pourrait cacher une controverse politique d'une extrême acuité. Quelques jours avant l'opération militaire, le président Uribe a annoncé qu'il s'apprêtait à demander au Congrès colombien de tenir un référendum populaire sur la tenue d'une élection présidentielle anticipée.
Capital politique
Cette déclaration surprenante survient au moment où la Cour suprême entreprend de réviser la réforme constitutionnelle qui a permis au président Uribe de briguer un second mandat. En effet, la Constitution colombienne de 1991 n'accordait au président aucun droit de renouvellement. La décision du plus haut tribunal du pays fait suite à l'inculpation d'une ancienne congressiste pour avoir accepté un pot-de-vin en échange de son appui donné à la réforme constitutionnelle proposée en 2005 par le gouvernement d'Álvaro Uribe.
À ce jour, Álvaro Uribe n'a toujours pas exclu la possibilité de demander au Parlement d'amender à nouveau la Constitution afin de lui permettre de se porter candidat à la présidence pour une troisième fois.
La libération d'Ingrid Betancourt pourrait bien servir les intérêts politiques du président. Mais, paradoxalement, si l'orchestration de la libération d'Ingrid Betancourt profite indéniablement à l'actuel chef de l'État, l'événement en soi pourrait contribuer au renforcement du capital politique d'une candidate potentielle à sa succession.
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