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Le Sommet de Montréal - Une supercherie pour les arts et les artistes?

Il est impératif que l'art reprenne sa place dans le discours des élus en matière de culture

Pierre MacDuff - Président du Conseil québécois du théâtre et membre fondateur du Conseil de la culture de Montréal  3 février 2003 
Le Sommet de Montréal des 5 et 6 juin 2002 ayant pris appui sur une mécanique démocratique en apparence solide, on peut se demander comment les résultats pour les milieux artistiques sont à ce point contraires à leurs intérêts et à ceux des Montréalais qui espèrent un meilleur accès aux arts et une meilleure reconnaissance de l'importance de ceux-ci.

Depuis les débuts du processus jusqu'au Sommet, les recommandations et résolutions des artistes auront été progressivement évacuées. Plus grave encore, les artistes servent maintenant de caution à une entreprise pour laquelle on n'a jamais sollicité leur avis, qui s'avère d'un esprit contraire à celui qui a prévalu lors du sommet culturel préparatoire d'avril 2002, et qui est le principal projet concret mis de l'avant par la délégation culturelle lors du Sommet: le Quartier des spectacles. Comment une telle dérive a-t-elle été possible?

La guimauve idéologique bien-pensante

Peu avant la tenue du Sommet, l'organisme Culture Montréal, par la voix de son président et de certains de ses membres éminents, s'était fait présent sur la scène publique pour témoigner à plusieurs reprises de l'importance de la dimension culturelle à Montréal. À la lecture des quelque 255 pages du Compte rendu officiel du Sommet de Montréal, on retrouve à plusieurs reprises les mots «culture» ou «culturel». Mais qu'il s'agisse des propos de Culture Montréal ou des débats du Sommet, de quoi parle-t-on, au juste ?

Plus troublante est la rareté de l'association de ces termes avec des entreprises qui agissent de plain-pied dans le domaine culturel: à deux reprises seulement lit-on l'expression «organismes culturels».

Autrement, c'est le flou bien-pensant et béat, tel que le reflétaient tout à la fois la documentation préalable au sommet culturel, les nombreuses déclarations publiques de la conseillère et responsable des dossiers de la culture, Helen Fotopulos, ou celles de représentants de Culture Montréal à l'effet, qu'en définitive, pratiquement tout et son contraire serait de nature culturelle et s'équivaudrait.

D'aucuns estiment qu'il faudrait souscrire à cette vision anthropologique de la culture même si elle dédouane l'administration municipale de ses responsabilités pour un soutien accru à la culture. Cette absence de considération pour l'art nie de fait la spécificité de la contribution et de la valeur intrinsèque des arts dont la pratique professionnelle ne se distingue dès lors plus du loisir, de la consommation de productions culturelles par le citoyen ou de la participation de ce dernier à des événements identitaires ou festifs.

Au-delà de la sémantique, le vide...

Mais il y a pire. Nulle part dans le compte rendu du Sommet, ne lit-on le mot «art», sinon à quatre reprises, lorsqu'il est question des conseils des arts dont celui de Montréal (CAM) à l'égard duquel on exprime le souhait d'une augmentation de ses budgets. Mais fallait-il que l'administration municipale s'appuie sur un Sommet pour accorder une première augmentation budgétaire en dix ans à une instance dont elle est responsable et dont les besoins sont criants?

Lors de l'adoption du dernier budget municipal et premier de l'administration Tremblay, en décembre dernier, on aura pu mesurer le peu de portée effective du souhait des milieux culturels: une dérisoire augmentation de 350 000 $ a fait passer le budget du CAM à 9 M$, alors que ses besoins véritables sont de 16 M$. Le maire Tremblay avait pourtant pris publiquement l'engagement de lui faire atteindre 10 M$.

Certes, dans le compte rendu du Sommet, quelques principes sont mis en avant, avec lesquels on ne peut qu'être d'accord puisqu'il s'agit d'investir dans le développement des compétences et du talent ainsi que dans la formation continue du capital humain; de consolider les infrastructures organisationnelles, institutionnelles, communicationnelles et techniques de Montréal en matière de savoir et de culture; et de rejoindre, associer et mobiliser l'ensemble de la population dans une démarche inclusive d'accès élargi au savoir et à la culture. Comment entend-on réaliser ce beau programme? Pour l'administration municipale, la chose s'est essentiellement traduite par la création de comités. Encore et toujours des comités.

Pourtant, les milieux culturels eux-mêmes avaient fait consensus, en avril 2002, sur plusieurs projets précis, exprimés de façon simple, transparente et compréhensible, bien loin de la langue de bois avec laquelle on a travesti leurs travaux par la suite. Qui a décidé et pourquoi, au moment des derniers préparatifs du Sommet, d'évacuer ces résolutions? La question est entière.

Une surprise de taille

En fait, le principal et véritable projet qui ressort du Sommet en matière culturelle demeure la mise en avant du Quartier des spectacles. Ce projet n'est pas issu des ateliers culturels mais bien de ceux portant sur le centre-ville. Si les enjeux de ce projet dépassent de beaucoup le seul secteur culturel par ses impacts au plan de l'urbanisme et éventuellement du tourisme, il ne fait aucun doute, qu'à moyen et long terme, il va profondément modifier la dynamique culturelle montréalaise, au même titre que la Place des festivals, dont la Ville s'est déjà engagée à soutenir l'aménagement.

D'où, entre autres, la résolution adoptée en avril par les milieux culturels voulant que la Ville reconnaisse et consolide une multiplicité de pratiques et de lieux culturels tout au long de l'année, sur l'ensemble de son territoire; résolution disparue du cahier final de propositions.

On constate donc une incompréhensible contradiction. Si, pour la Ville et certains ténors des milieux culturels, tout ce qui bouge se voit ipso facto attribuer des connotations culturelles, force est néanmoins de constater que, sur le terrain du réel, les véritables investissements majeurs de la Ville sont réservés à l'industrie culturelle et aux grands événements du centre-ville. Les artistes, laissés pour compte, se retrouvent donc dans la triste situation d'être les seuls procureurs de la cause des arts.

Un espoir

Au fédéral, cette bataille pour la reconnaissance du rôle de l'art a été perdue. Autrefois fer de lance du soutien des arts, de la création et de l'excellence disciplinaire, le Conseil des Arts du Canada a vu son pouvoir d'intervention s'éroder année après année, faute de crédits suffisants, alors que le ministère du Patrimoine canadien occupait une place grandissante dans le soutien d'une diversité quasi sans fin d'activités dites «culturelles».

À Montréal, tout n'est pas encore joué. Un comité a été mis sur pied pour procéder l'automne prochain à l'énonciation d'une politique culturelle municipale. Il y a encore lieu d'espérer y voir se réaliser la volonté exprimée par le Conseil de la culture de Montréal, plusieurs autres organismes culturels, ainsi que de nombreux artistes dans une déclaration conjointe rendue publique la veille du Sommet.

Il est impératif que l'art reprenne la place qui devrait être la sienne dans le discours en matière de culture des élus et, surtout, que ceux-ci procèdent à l'adoption de mesures conséquentes en accord avec les travaux démocratiques auxquels se sont prêtés de bonne foi les milieux culturels avant la tenue du sommet. À défaut de quoi, il faudra conclure que l'exercice du Sommet aura été une supercherie pour les artistes. Chose certaine, ceux-ci et les organismes qui les représentent devront faire montre d'une vigilance de tous instants.
 
 
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