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Pour l'amour du Québec

Candidat adéquiste dans Bourget, Pierre Bourque plaide pour l'unité canadienne et la langue anglaise comme outil de rapprochement des peuples

Kathleen Lévesque   1 février 2003 
Il faut dorénavant «que le Québec accepte d’être un État à l’intérieur de l’ensemble canadien et qu’il tourne la page aux velléités d’indépendance et de souveraineté. Voilà un constat qui semble brutal mais qui me paraît sans équi
Photo : Jacques Nadeau
Il faut dorénavant «que le Québec accepte d’être un État à l’intérieur de l’ensemble canadien et qu’il tourne la page aux velléités d’indépendance et de souveraineté. Voilà un constat qui semble brutal mais qui me paraît sans équi
C'est avec son «amour pour le Québec» et son «humanisme» que l'ancien maire de Montréal Pierre Bourque a officiellement fait le saut hier avec l'Action démocratique. Mais c'est surtout en faisant un plaidoyer pour l'unité canadienne et la langue anglaise comme outil de rapprochement des peuples que M. Bourque s'est vu confier le mandat de conquérir Montréal.

«Son rôle est majeur. Il est central, il est particulièrement crucial à ce point-ci de l'histoire du Québec», a soutenu le chef de l'ADQ, Mario Dumont, qui ne cachait pas son plaisir d'annoncer une troisième candidature de prestige en moins d'une semaine.

Pour expliquer sa décision qui remonte à la mi-décembre, Pierre Bourque a présenté un document intitulé Un Québec uni et ouvert sur le monde. Sa vision — un mot-culte pour Pierre Bourque, qui l'avait d'ailleurs donné à son parti, qu'il abandonne — correspond au rejet des débats entre souverainistes et fédéralistes, débats qui «bloquent le Québec depuis plus de trente ans».

Pierre Bourque, dont les accointances souverainistes remontent aux années 1970, soutient qu'il faut dorénavant «que le Québec accepte d'être un État à l'intérieur de l'ensemble canadien et qu'il tourne la page aux velléités d'indépendance et de souveraineté. Voilà un constat qui semble brutal mais qui me paraît sans équivoque», écrit M. Bourque.

«Il faut évoluer», a-t-il lancé en conférence de presse. Dans ce même esprit, M. Bourque dit qu'il est maintenant temps de mettre l'accent sur le développement d'une société dont l'âme est francophone mais qui est bilingue, et même multilingue dans ses rapports officiels. «Il ne faut pas se bercer d'illusions: l'anglais est là pour demeurer et il constituera l'outil indispensable au rapprochement entre les peuples et aux échanges éducatifs, scientifiques et culturels dans le monde», fait valoir Pierre Bourque.

À ces paroles, la ministre des Relations internationales, Louise Beaudoin, a sursauté, y voyant l'abdication de M. Bourque devant l'anglais. Il renvoie le français au statut de langue marginale, a soutenu Mme Beaudoin.

Mais les critiques ne semblent pas atteindre Mario Dumont, qui endosse les positions de M. Bourque en signant «avec fierté» la préface de son document. Le chef adéquiste n'avait d'ailleurs que des éloges à faire sur sa nouvelle recrue «du plus haut calibre». Et qu'importe que Pierre Bourque soit réputé pour ne pas aimer partager le pouvoir, Mario Dumont voit surtout le véritable bourreau de travail qu'est M. Bourque. Et c'est ce dont l'ADQ a besoin pour espérer faire une percée sur l'île de Montréal: un candidat de prestige qui est un infatigable homme de terrain et qui soulève l'adhésion notamment chez les personnes âgées et les immigrants.

Pierre Bourque jure qu'il respecte sans problème la ligne hiérarchique et que son nouveau chef reçoit tout son appui. De la même façon, M. Dumont a affirmé ne craindre aucunement que M. Bourque lui porte ombrage. «Mon défi, c'est de construire. C'est bien mal me connaître que de penser que je calcule en ces termes-là», a assuré Mario Dumont.

D'ailleurs, le chef adéquiste a donné la responsabilité du développement économique à M. Bourque, «un vrai développeur» qui «a compris la notion de développement durable». Le dossier comprend également la science, l'industrie et le commerce, les ressources naturelles ainsi que l'énergie. «Je vais penser à des projets mobilisateurs, des projets de création de richesse. Je vais beaucoup encourager l'ouverture sur le monde, l'exportation, l'innovation, la créativité. [...] On en a fait à Montréal alors que cette ville était stagnante», a-t-il affirmé.

Pendant sept ans, Pierre Bourque, comme maire, ne s'est pas fait une réputation d'homme favorable à la consultation populaire ni au respect des règles d'urbanisme. Hier, il s'est défendu de vouloir étendre cette façon de faire à l'échelle québécoise, car l'urbanisme relève d'abord des municipalités. Il a toutefois précisé qu'il souhaite «développer le talent des entrepreneurs».

Mais dans une première étape, Pierre Bourque sera candidat dans la circonscription de Bourget, actuellement détenue à l'Assemblée nationale par la ministre Diane Lemieux. Vraisemblablement, il pourra compter sur ses loyaux soldats. Ils étaient d'ailleurs plusieurs de l'équipe municipale à s'entasser dans la salle avec les journalistes.

Pierre Bourque tourne vraisemblablement la page sur l'aventure montréalaise. Il a salué au passage le courage du gouvernement du Parti québécois pour avoir procédé à la fusion des 29 anciennes municipalités de l'île de Montréal. Mais le PQ n'apparaît pas comme le parti pouvant donner l'élan dont le Québec a besoin, estime M. Bourque, qui écrit ne pas voir «d'avenir aux partis de type démocratique ou socialiste, trop marqués par les idées et peu enracinés dans la population».
 
 
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