Le péage, une option viable
Simon Carreau - Étudiant à la maîtrise en sociologie de l'UQAM
27 juin 2008
La proposition de système de péage régional destiné à financer le transport en commun, récemment mise de l'avant par André Lavallée, responsable du transport collectif au comité exécutif de la Ville de Montréal, est un projet urgent et nécessaire. Dans le contexte actuel d'embrasement des prix du pétrole, nous n'avons guère les moyens de le laisser s'abîmer sur les récifs de la politique à courte vue.
Un tel projet doit servir de point de départ à une réorganisation énergique de l'aménagement et du transport visant à faire face aux défis qui attendent le Québec: la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), la dépendance envers l'automobile et un développement économique orienté vers l'avenir qui carbure à l'innovation et à l'audace, plutôt qu'au pétrole.
On peut se réjouir du large appui que reçoit le protocole de Kyoto au Québec, mais cet appui n'a de valeur que s'il peut se traduire en action concrète. Si les Québécois ont vocation d'agir sur le front de la lutte contre la pollution atmosphérique, le secteur des transports — responsable de 38 % des émissions de GES au Québec — ne pourra être épargné. Une action structurante dans ce domaine doit viser à inciter et à permettre au maximum de Québécois de diminuer l'usage quotidien de la voiture au profit de modes de transport plus durables dont, au premier chef, les transports en commun. Or ceux-ci sont trop peu développés et l'investissement pour en assurer l'expansion ne sera jamais autant efficace que dans la région métropolitaine, où se concentre la moitié de la population québécoise.
De moins de 20 $ à la fin des années 1990, le baril de pétrole s'échange maintenant à près de 140 $, tandis que l'essence se vend maintenant à plus de 1,40 $ le litre. Cette situation n'a rien de temporaire et tenter d'y remédier en abaissant les taxes sur l'essence serait insensé. L'État se trouverait privé de revenus et il n'y aurait aucun effet sur la tendance lourde à la hausse — qui aurait tôt fait d'éliminer la baisse momentanée des prix permis par la baisse des taxes — dont les causes sont entièrement hors de notre contrôle.
En effet, la demande mondiale, alimentée par celle des pays en développement, ne cesse d'augmenter, alors qu'on s'attend à voir bientôt la capacité de production et les réserves mondiales de pétrole être surpassées par la demande. Ajoutons à cela la spéculation et les sursauts du marché à chaque crise géopolitique, et l'horizon du marché des énergies fossiles est celui d'une constante et inévitable hausse des prix à court, moyen et long terme, qui n'aura d'égale que celle du lourd fardeau imposé par cette évolution à l'économie québécoise.
Car c'est une part toujours croissante du PIB et du revenu des Québécois qui est consacrée à l'essence: la valeur des importations de pétrole brut est passée de 2,5 milliards de dollars à près de 14 milliards en 10 ans et représente maintenant 18 % des importations québécoises. Cette hausse a eu pour effet de transformer le surplus commercial de 4 milliards en 1998 en un déficit de près de 11 milliards. Cet argent constitue une perte nette pour le Québec: il diminue le pouvoir d'achat des individus, fait croître l'inflation et n'apporte rien à l'économie québécoise puisque le pétrole est entièrement importé (tout comme les voitures, d'ailleurs). Cet argent n'est donc pas disponible pour alimenter l'investissement et créer des emplois. La seule solution viable pour atténuer notre vulnérabilité envers les aléas d'un marché international sur lequel nous n'avons aucun pouvoir est de réduire notre consommation de pétrole.
Autobus et trains
Nous avons les moyens de produire ici même des autobus, des trains et l'énergie nécessaire pour les faire rouler. Agir rapidement pour doter Montréal et la région métropolitaine d'infrastructures de transport collectif vastes et efficaces contribuerait à en faire un espace urbain agréable ainsi qu'un pôle économique dynamique dont bénéficierait tout le Québec. Il s'agirait d'un avantage concurrentiel non négligeable dans le contexte nord-américain.
Les taxes sur l'essence nourrissent les recettes générales de l'État et le gouvernement en dispose comme bon lui semble. Un système de péage régional permettrait un financement autonome dont les fonds iraient directement et entièrement au transport en commun, sans égard aux variations de l'humeur politique. Il serait également plus juste pour les Québécois qui habitent hors des grands centres et qui ne bénéficieront pas directement d'une amélioration du transport collectif
La tarification est en outre un mode de régulation de l'accès au service visé qui a pour effet de rendre moins attrayant l'usage de l'automobile et d'inciter ainsi graduellement les gens à changer leurs habitudes ou à reconsidérer certains choix de vie. Enfin, en répartissant les coûts et bénéfices sur l'ensemble de la région métropolitaine, elle permet de surmonter l'éternel clivage entre ville-centre et banlieues.
On critique souvent les péages routiers en soutenant qu'ils pénaliseraient les gens qui habitent dans des secteurs mal desservis par le transport en commun et pour qui il ne peut s'agir d'une solution de rechange viable et efficace à l'automobile. À cela, il faut répondre deux choses: d'abord, peu importe le montant exigé aux péages, la part de celui-ci dans le budget d'usage d'une voiture est destinée à fondre devant la hausse constante des prix de l'essence.
Ensuite, pour rendre plus efficace et plus accessible le transport collectif, pour rendre plus rationnel et plus évident le choix individuel d'y avoir recours, il faut un financement neuf pour développer les réseaux et accroître l'offre de services. Avec des revenus annuels attendus de près de 450 millions, la proposition de M. Lavallée permet de générer ce financement. Cette contribution marginale permettra aux automobilistes d'aujourd'hui de faire des choix qui allégeront significativement leur fardeau financier individuel à moyen et à long terme.
Une bonne politique publique en est une qui atteint simultanément plusieurs objectifs. Financer le développement des réseaux de transport collectif par un système de péage régional, c'est choisir la seule option viable aux plans tant écologique qu'économique.
Un tel projet doit servir de point de départ à une réorganisation énergique de l'aménagement et du transport visant à faire face aux défis qui attendent le Québec: la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), la dépendance envers l'automobile et un développement économique orienté vers l'avenir qui carbure à l'innovation et à l'audace, plutôt qu'au pétrole.
On peut se réjouir du large appui que reçoit le protocole de Kyoto au Québec, mais cet appui n'a de valeur que s'il peut se traduire en action concrète. Si les Québécois ont vocation d'agir sur le front de la lutte contre la pollution atmosphérique, le secteur des transports — responsable de 38 % des émissions de GES au Québec — ne pourra être épargné. Une action structurante dans ce domaine doit viser à inciter et à permettre au maximum de Québécois de diminuer l'usage quotidien de la voiture au profit de modes de transport plus durables dont, au premier chef, les transports en commun. Or ceux-ci sont trop peu développés et l'investissement pour en assurer l'expansion ne sera jamais autant efficace que dans la région métropolitaine, où se concentre la moitié de la population québécoise.
De moins de 20 $ à la fin des années 1990, le baril de pétrole s'échange maintenant à près de 140 $, tandis que l'essence se vend maintenant à plus de 1,40 $ le litre. Cette situation n'a rien de temporaire et tenter d'y remédier en abaissant les taxes sur l'essence serait insensé. L'État se trouverait privé de revenus et il n'y aurait aucun effet sur la tendance lourde à la hausse — qui aurait tôt fait d'éliminer la baisse momentanée des prix permis par la baisse des taxes — dont les causes sont entièrement hors de notre contrôle.
En effet, la demande mondiale, alimentée par celle des pays en développement, ne cesse d'augmenter, alors qu'on s'attend à voir bientôt la capacité de production et les réserves mondiales de pétrole être surpassées par la demande. Ajoutons à cela la spéculation et les sursauts du marché à chaque crise géopolitique, et l'horizon du marché des énergies fossiles est celui d'une constante et inévitable hausse des prix à court, moyen et long terme, qui n'aura d'égale que celle du lourd fardeau imposé par cette évolution à l'économie québécoise.
Car c'est une part toujours croissante du PIB et du revenu des Québécois qui est consacrée à l'essence: la valeur des importations de pétrole brut est passée de 2,5 milliards de dollars à près de 14 milliards en 10 ans et représente maintenant 18 % des importations québécoises. Cette hausse a eu pour effet de transformer le surplus commercial de 4 milliards en 1998 en un déficit de près de 11 milliards. Cet argent constitue une perte nette pour le Québec: il diminue le pouvoir d'achat des individus, fait croître l'inflation et n'apporte rien à l'économie québécoise puisque le pétrole est entièrement importé (tout comme les voitures, d'ailleurs). Cet argent n'est donc pas disponible pour alimenter l'investissement et créer des emplois. La seule solution viable pour atténuer notre vulnérabilité envers les aléas d'un marché international sur lequel nous n'avons aucun pouvoir est de réduire notre consommation de pétrole.
Autobus et trains
Nous avons les moyens de produire ici même des autobus, des trains et l'énergie nécessaire pour les faire rouler. Agir rapidement pour doter Montréal et la région métropolitaine d'infrastructures de transport collectif vastes et efficaces contribuerait à en faire un espace urbain agréable ainsi qu'un pôle économique dynamique dont bénéficierait tout le Québec. Il s'agirait d'un avantage concurrentiel non négligeable dans le contexte nord-américain.
Les taxes sur l'essence nourrissent les recettes générales de l'État et le gouvernement en dispose comme bon lui semble. Un système de péage régional permettrait un financement autonome dont les fonds iraient directement et entièrement au transport en commun, sans égard aux variations de l'humeur politique. Il serait également plus juste pour les Québécois qui habitent hors des grands centres et qui ne bénéficieront pas directement d'une amélioration du transport collectif
La tarification est en outre un mode de régulation de l'accès au service visé qui a pour effet de rendre moins attrayant l'usage de l'automobile et d'inciter ainsi graduellement les gens à changer leurs habitudes ou à reconsidérer certains choix de vie. Enfin, en répartissant les coûts et bénéfices sur l'ensemble de la région métropolitaine, elle permet de surmonter l'éternel clivage entre ville-centre et banlieues.
On critique souvent les péages routiers en soutenant qu'ils pénaliseraient les gens qui habitent dans des secteurs mal desservis par le transport en commun et pour qui il ne peut s'agir d'une solution de rechange viable et efficace à l'automobile. À cela, il faut répondre deux choses: d'abord, peu importe le montant exigé aux péages, la part de celui-ci dans le budget d'usage d'une voiture est destinée à fondre devant la hausse constante des prix de l'essence.
Ensuite, pour rendre plus efficace et plus accessible le transport collectif, pour rendre plus rationnel et plus évident le choix individuel d'y avoir recours, il faut un financement neuf pour développer les réseaux et accroître l'offre de services. Avec des revenus annuels attendus de près de 450 millions, la proposition de M. Lavallée permet de générer ce financement. Cette contribution marginale permettra aux automobilistes d'aujourd'hui de faire des choix qui allégeront significativement leur fardeau financier individuel à moyen et à long terme.
Une bonne politique publique en est une qui atteint simultanément plusieurs objectifs. Financer le développement des réseaux de transport collectif par un système de péage régional, c'est choisir la seule option viable aux plans tant écologique qu'économique.
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