Lutter contre la pauvreté pour développer la société
Maud Emmanuelle Labesse - Montréal, 18 juin 2008
23 juin 2008
Malgré l'efficacité reconnue de plusieurs stratégies de lutte contre la pauvreté en matière de développement social, celles-ci sont souvent mises de côté. Dans les psychologies collectives, on devine la présence perpétuelle d'une prémisse qui avance que la pauvreté est inhérente aux sociétés humaines. Subséquemment, plusieurs institutions s'appliquent à lutter contre la pauvreté comme on se livre à une épreuve où l'adversaire est déjà donné vainqueur.
Pour contrer ce cynisme ambiant, pourquoi ne pas concevoir la lutte contre la pauvreté non seulement comme un moteur de développement social, mais, de surcroît, comme la stratégie de transformation des systèmes sociaux tant recherchée par nos sociétés? Elle peut devenir le moyen par lequel nous orienterons nos structures sociales selon des valeurs qui nous donneront le sentiment de nous accomplir en tant que société.
Que signifie la pauvreté aujourd'hui? Au quotidien, la pauvreté se traduit par un manque de contrôle sur son environnement et sa destinée. Selon la Politique de la santé et du bien-être du Québec, la santé et le bien-être émanent d'une interaction constante entre un individu et son milieu. Ils sont directement associés à la capacité d'une personne d'agir sur son environnement et d'accomplir les rôles qu'elle décide de jouer.
La santé et le bien-être des personnes sont donc perçus comme une ressource permettant aux gens de satisfaire leurs besoins, de réaliser leurs ambitions et de s'adapter à leur milieu. Ainsi, la pauvreté y est un obstacle majeur, d'une part, parce qu'elle constitue un déterminant de la santé en soit et, d'autre part, parce qu'il s'agit d'un déterminant qui a une grande influence sur les autres déterminants de la santé et du bien-être.
Plus on est pauvre, moins on a accès à la scolarité, à la sécurité, à l'adoption de bonnes habitudes de vie, à des environnements physiques et sociaux sains, etc. Somme toute, la pauvreté contrevient à un développement social qui préconise un développement économique inclusif, durable et intégré ainsi que l'amélioration de la capacité des citoyens et des communautés de développer leurs potentiels et de participer dans cette économie productive.
Les valeurs actuelles qui dominent nos rapports sociaux ne favorisent pas un accomplissement tant individuel que collectif. La consommation est le moteur de notre société moderne. Le progrès se mesure en termes de performance et la réussite, en termes de profit. Les citoyens doivent avoir des besoins incessants et entretenir une consommation «à la chaîne» pour soutenir le développement socioéconomique.
Les produits liés à la satiété des besoins se doivent d'être éphémères afin que le cycle se perpétue. Dans le contexte de l'économie ouverte, la conception du développement social qui semble s'imposer aujourd'hui en est une où le citoyen est principalement mobilisé en tant que consommateur: il consomme des services gouvernementaux, des soins de santé, des programmes d'éducation... Pour le citoyen, consommer est aussi la principale façon d'avoir un contrôle sur son environnement.
Dans une telle société, les personnes pauvres sont des consommateurs imparfaits: elles n'ont pas les ressources pour consommer et, du coup, pas l'habileté de le faire non plus. Cela fait d'elles des indésirables. Quant aux personnes non pauvres, elles sont aussi insatisfaites qu'insatiables. En somme, aucun groupe social ne paraît agir sur son environnement de manière à combler ses besoins et ses ambitions.
La lutte contre la pauvreté peut constituer une stratégie de transformation des structures et des systèmes sociaux rendant possible l'exercice d'un contrôle sur les destinées individuelles et collective. Puisque le développement social est intimement lié au développement économique et au développement culturel, influer sur le premier nécessite d'agir sur les deux autres.
L'avènement d'une société qui permet la pleine réalisation de ses potentiels et de ceux de ses citoyens et qui offre des mesures d'insertion et de protection sociales demande une correction des fondements institutionnels. Cela peut être réalisé à travers l'échange des valeurs de consommation et de performance sur lesquelles s'érigent nos institutions et selon lesquelles le développement est trop souvent mesuré pour des valeurs comme le bien-être, la dignité, l'inclusion et l'équité sociales.
Au lieu d'utiliser la consommation comme moyen d'expression sociale, il serait plus adéquat d'améliorer les rapports sociaux dans la population et avec les institutions. C'est seulement à partir de la volonté d'une population que son bien-être peut être réalisé. Pour faire connaître cette volonté, servons-nous de canaux naturels tels que les communautés, les familles, les milieux de travail ou les écoles. La voix de ces entités doit être mise en avant par les structures sociopolitiques afin qu'elles se transforment elles-mêmes. Du coup, elles s'en trouveront renforcées et engendreront une cohésion sociale négociée.
Utopique? Pas du tout. Il est possible d'obtenir des résultats concrets en se contentant d'appliquer des principes simples. D'abord, il faut s'assurer que tous les projets engagés comportent une dimension sensible à la réduction des inégalités sociales. Dans la mesure du possible, il faut harmoniser cette dimension avec les politiques semblables déjà en place.
Ensuite, il faut encourager la participation des individus et des communautés dans l'élaboration et l'application des initiatives qui les touchent. Par conséquent, l'équité et la solidarité seront accrues. Le principe de participation nous amène à celui du partenariat et de l'intersectorialité qui soutient qu'aucune intervention qui touche une collectivité ne devrait être élaborée en «silo». En d'autres mots, il est préférable d'engager le dialogue avec tous les acteurs qui ont un intérêt par rapport à cette intervention en vue d'assurer le succès et la pérennité de cette dernière.
Enfin, favorisons le concept d'empowerment. Celui-ci consiste en un processus social multidimensionnel qui porte les membres d'une communauté à gagner du contrôle sur leur propre destinée, sur celle de leur communauté et de la société en soit, et ce, en agissant sur des questions qu'ils définissent comme cruciales. La compétence d'agir ensemble suscitera d'avantage de santé et de bien-être pour la population que toute compétence liée à la consommation. La lutte contre la pauvreté n'est pas que le baume des personnes et des communautés pauvres: elle peut aussi devenir celui de l'ensemble de la société.
Pour contrer ce cynisme ambiant, pourquoi ne pas concevoir la lutte contre la pauvreté non seulement comme un moteur de développement social, mais, de surcroît, comme la stratégie de transformation des systèmes sociaux tant recherchée par nos sociétés? Elle peut devenir le moyen par lequel nous orienterons nos structures sociales selon des valeurs qui nous donneront le sentiment de nous accomplir en tant que société.
Que signifie la pauvreté aujourd'hui? Au quotidien, la pauvreté se traduit par un manque de contrôle sur son environnement et sa destinée. Selon la Politique de la santé et du bien-être du Québec, la santé et le bien-être émanent d'une interaction constante entre un individu et son milieu. Ils sont directement associés à la capacité d'une personne d'agir sur son environnement et d'accomplir les rôles qu'elle décide de jouer.
La santé et le bien-être des personnes sont donc perçus comme une ressource permettant aux gens de satisfaire leurs besoins, de réaliser leurs ambitions et de s'adapter à leur milieu. Ainsi, la pauvreté y est un obstacle majeur, d'une part, parce qu'elle constitue un déterminant de la santé en soit et, d'autre part, parce qu'il s'agit d'un déterminant qui a une grande influence sur les autres déterminants de la santé et du bien-être.
Plus on est pauvre, moins on a accès à la scolarité, à la sécurité, à l'adoption de bonnes habitudes de vie, à des environnements physiques et sociaux sains, etc. Somme toute, la pauvreté contrevient à un développement social qui préconise un développement économique inclusif, durable et intégré ainsi que l'amélioration de la capacité des citoyens et des communautés de développer leurs potentiels et de participer dans cette économie productive.
Les valeurs actuelles qui dominent nos rapports sociaux ne favorisent pas un accomplissement tant individuel que collectif. La consommation est le moteur de notre société moderne. Le progrès se mesure en termes de performance et la réussite, en termes de profit. Les citoyens doivent avoir des besoins incessants et entretenir une consommation «à la chaîne» pour soutenir le développement socioéconomique.
Les produits liés à la satiété des besoins se doivent d'être éphémères afin que le cycle se perpétue. Dans le contexte de l'économie ouverte, la conception du développement social qui semble s'imposer aujourd'hui en est une où le citoyen est principalement mobilisé en tant que consommateur: il consomme des services gouvernementaux, des soins de santé, des programmes d'éducation... Pour le citoyen, consommer est aussi la principale façon d'avoir un contrôle sur son environnement.
Dans une telle société, les personnes pauvres sont des consommateurs imparfaits: elles n'ont pas les ressources pour consommer et, du coup, pas l'habileté de le faire non plus. Cela fait d'elles des indésirables. Quant aux personnes non pauvres, elles sont aussi insatisfaites qu'insatiables. En somme, aucun groupe social ne paraît agir sur son environnement de manière à combler ses besoins et ses ambitions.
La lutte contre la pauvreté peut constituer une stratégie de transformation des structures et des systèmes sociaux rendant possible l'exercice d'un contrôle sur les destinées individuelles et collective. Puisque le développement social est intimement lié au développement économique et au développement culturel, influer sur le premier nécessite d'agir sur les deux autres.
L'avènement d'une société qui permet la pleine réalisation de ses potentiels et de ceux de ses citoyens et qui offre des mesures d'insertion et de protection sociales demande une correction des fondements institutionnels. Cela peut être réalisé à travers l'échange des valeurs de consommation et de performance sur lesquelles s'érigent nos institutions et selon lesquelles le développement est trop souvent mesuré pour des valeurs comme le bien-être, la dignité, l'inclusion et l'équité sociales.
Au lieu d'utiliser la consommation comme moyen d'expression sociale, il serait plus adéquat d'améliorer les rapports sociaux dans la population et avec les institutions. C'est seulement à partir de la volonté d'une population que son bien-être peut être réalisé. Pour faire connaître cette volonté, servons-nous de canaux naturels tels que les communautés, les familles, les milieux de travail ou les écoles. La voix de ces entités doit être mise en avant par les structures sociopolitiques afin qu'elles se transforment elles-mêmes. Du coup, elles s'en trouveront renforcées et engendreront une cohésion sociale négociée.
Utopique? Pas du tout. Il est possible d'obtenir des résultats concrets en se contentant d'appliquer des principes simples. D'abord, il faut s'assurer que tous les projets engagés comportent une dimension sensible à la réduction des inégalités sociales. Dans la mesure du possible, il faut harmoniser cette dimension avec les politiques semblables déjà en place.
Ensuite, il faut encourager la participation des individus et des communautés dans l'élaboration et l'application des initiatives qui les touchent. Par conséquent, l'équité et la solidarité seront accrues. Le principe de participation nous amène à celui du partenariat et de l'intersectorialité qui soutient qu'aucune intervention qui touche une collectivité ne devrait être élaborée en «silo». En d'autres mots, il est préférable d'engager le dialogue avec tous les acteurs qui ont un intérêt par rapport à cette intervention en vue d'assurer le succès et la pérennité de cette dernière.
Enfin, favorisons le concept d'empowerment. Celui-ci consiste en un processus social multidimensionnel qui porte les membres d'une communauté à gagner du contrôle sur leur propre destinée, sur celle de leur communauté et de la société en soit, et ce, en agissant sur des questions qu'ils définissent comme cruciales. La compétence d'agir ensemble suscitera d'avantage de santé et de bien-être pour la population que toute compétence liée à la consommation. La lutte contre la pauvreté n'est pas que le baume des personnes et des communautés pauvres: elle peut aussi devenir celui de l'ensemble de la société.
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