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Lettres: L'art de Rawi Hage

16 juin 2008 
Après avoir reçu très récemment le Prix des libraires du Québec pour Parfum de poussière, Rawi Hage vient de recevoir le très prestigieux International IMPAC Dublin Literary Award qui est associé à une bourse très substantielle de 160 000 dollars, pour la version originale anglaise de son premier roman.

Le titre anglais, De Niro's Game, fait référence à un moment essentiel du livre où le héros et son acolyte vont jouer à un jeu macabre et dangereux, celui de la roulette russe. Il met en exergue le caractère extrêmement jouissif du danger, surtout pour des gens qui y ont accès quotidiennement et peuvent ainsi s'en injecter des doses aussi régulièrement qu'ils le souhaitent. L'importance accordée au danger dans le roman de Rawi Hage s'inscrit dans le rétrécissement impressionnant de la vie sociale et des relations affectives dans une atmosphère de guerre. Un peu comme si le danger était la seule source d'excitation possible dans une atmosphère terne et désespérante où le sexe peut éventuellement constituer une distraction, mais dont la jouissance que l'on peut en tirer est cependant sans commune mesure avec celle que procure le danger. La vie morne de la guerre, le quotidien fastidieux dans les abris à écouter tomber les obus est appréhendé par le personnage principal comme une atmosphère maternelle protectrice et étouffante dont il essaye de se déprendre par tous les moyens. Le père est ici celui que l'on tue. Celui qui a eu l'arrogance de nous priver de quelque chose. Crime impardonnable. Il faut tout de suite assouvir la vengeance, le punir d'avoir osé vouloir être un père. Il s'instaure alors une atmosphère où les femmes et les mères essayent en vain de jouer un rôle de séduction ou de stimulation. Mais ce n'est pas possible. La peur, tellement présente, fait d'elles des refuges auxquels on reste intimement collé, mais que l'on rejette pour ne pas perdre courage. La seule chose qui stimule dans cette atmosphère délétère, c'est le risque. Le risque de perdre la vie ou l'argent ou de perdre cette mère qui nous colle à la peau comme la sueur de la peur. La phrase concise de Rawi Hage nous plonge dans un décor gris et sans émotions. Le style flaubertien est pleinement assumé. On assiste au suicide de Beyrouth avec la même description «médicale» que celui de madame Bovary. C'est que le maternel doit mourir pour que l'on puisse, enfin, s'en «tirer».

Le titre anglais, De Niro's Game, fait référence à un moment essentiel du livre où le héros et son acolyte vont jouer à un jeu macabre et dangereux, celui de la roulette russe. Il met en exergue le caractère extrêmement jouissif du danger, surtout pour des gens qui y ont accès quotidiennement et peuvent ainsi s'en injecter des doses aussi régulièrement qu'ils le souhaitent. L'importance accordée au danger dans le roman de Rawi Hage s'inscrit dans le rétrécissement impressionnant de la vie sociale et des relations affectives dans une atmosphère de guerre. Un peu comme si le danger était la seule source d'excitation possible dans une atmosphère terne et désespérante où le sexe peut éventuellement constituer une distraction, mais dont la jouissance que l'on peut en tirer est cependant sans commune mesure avec celle que procure le danger. La vie morne de la guerre, le quotidien fastidieux dans les abris à écouter tomber les obus est appréhendé par le personnage principal comme une atmosphère maternelle protectrice et étouffante dont il essaye de se déprendre par tous les moyens. Le père est ici celui que l'on tue. Celui qui a eu l'arrogance de nous priver de quelque chose. Crime impardonnable. Il faut tout de suite assouvir la vengeance, le punir d'avoir osé vouloir être un père. Il s'instaure alors une atmosphère où les femmes et les mères essayent en vain de jouer un rôle de séduction ou de stimulation. Mais ce n'est pas possible. La peur, tellement présente, fait d'elles des refuges auxquels on reste intimement collé, mais que l'on rejette pour ne pas perdre courage. La seule chose qui stimule dans cette atmosphère délétère, c'est le risque. Le risque de perdre la vie ou l'argent ou de perdre cette mère qui nous colle à la peau comme la sueur de la peur. La phrase concise de Rawi Hage nous plonge dans un décor gris et sans émotions. Le style flaubertien est pleinement assumé. On assiste au suicide de Beyrouth avec la même description «médicale» que celui de madame Bovary. C'est que le maternel doit mourir pour que l'on puisse, enfin, s'en «tirer».






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