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    Les femmes journalistes à Radio-Canada - Des nuances qui s'imposent!

    14 juin 2008 |Frédérick Bastien - Stagiaire postdoctoral au département d'information et de communication de l'Université Laval
    Les changements d'affectation de Pascale Nadeau et de Dominique Poirier à la télévision de Radio-Canada ont suscité de nombreuses réactions avant même d'être annoncées. Des chroniqueurs ont dénoncé la rétrogradation anticipée de ces deux journalistes, rappelant les cas de Louise Arcand et de Michèle Viroly. Toutefois, la critique la plus retentissante est venue de la présidente du Conseil du statut de la femme. Elle qualifiait la décision de Radio-Canada de «scandaleuse» et estimait qu'elle démontrait l'adhésion de la société d'État au stéréotype «Sois belle et tais-toi» à l'égard des femmes. [NDLR: la présidente du CSF, Christiane Pelchat, a depuis diffusé un communiqué de presse pour «féliciter la société d'État» pour les annonces divulguées par Radio-Canada jeudi, lesquelles donnent la barre du Téléjournal à deux femmes, soit Pascale Nadeau et Céline Galipeau.]

    Représentation équitable

    Le rôle des femmes au sein de la profession journalistique alimente les débats depuis longtemps. Dès les années 1970, le CRTC et les organisations médiatiques furent interpellés par des travailleuses de l'information et des groupes féministes qui dénonçaient la discrimination faite à leur endroit. Ils critiquaient le monopole masculin au sein des postes de décision dans les entreprises de presse, la très forte prédominance des hommes parmi les acteurs de l'actualité entendus dans les reportages et l'image stéréotypée de la femme véhiculée dans les nouvelles.

    Au début des années 1980, le CRTC créa un groupe de travail sur le sujet, mais il n'a jamais adopté de politique précise et contraignante à l'égard des radiodiffuseurs pour les obliger à accroître significativement la présence des femmes sur les ondes. La Société Radio-Canada (SRC), elle, a adopté en 1991 une directive pour assurer une représentation équitable des hommes et des femmes dans ses émissions, notamment en équilibrant les points de vue sollicités auprès des personnes des deux sexes qui se prononcent sur des sujets d'actualité.

    Évolution

    La situation des femmes journalistes a considérablement évolué au cours des dernières années. Selon Armande Saint-Jean («L'apport des femmes au renouvellement des pratiques professionnelles: le cas des journalistes», Recherches féministes, 2000), près du tiers des journalistes au Québec étaient des femmes au milieu des années 1990. L'accession de Sophie Thibault (TVA) et, dès janvier prochain, de Céline Galipeau (SRC) à la barre des principaux journaux télévisés présentés en fin de soirée témoigne aussi de cette évolution.

    Diverses analyses de contenu menées depuis dix ans nous permettent d'aller au-delà de ces cas de figure et d'obtenir un aperçu plus précis de la présence des femmes journalistes en ondes. Ainsi, une étude menée par Marie-Ève Carignan de l'Université de Montréal sur des journaux télévisés québécois diffusés pendant une semaine en 2006 nous apprend qu'il y a plus de femmes journalistes dans les bulletins de fin de soirée de Radio-Canada qu'au réseau TVA. Sur la chaîne privée, le nombre de journalistes masculins est plus du double de celui des femmes. En revanche, la chercheuse a dénombré 26 hommes et 33 femmes parmi les journalistes de la télé publique (excluant les chefs d'antenne).

    Des études

    Ces résultats confirment ceux d'une autre recherche menée par l'auteur de ces lignes sur un plus grand corpus de bulletins de nouvelles de fin de soirée diffusés en 2000. À l'époque, plus de

    40 % des reportages présentés au Téléjournal étaient faits par des femmes, comparativement à près de 30 % au TVA de 22h. L'étude de Denis Monière et de Julie Fortier (Radioscopie de l'information télévisée au Canada, Presses de l'Université de Montréal, 2000) portant sur des journaux télévisés présentés en 1998 allait dans le même sens, observant même des pourcentages encore un peu plus élevés de femmes journalistes sur les ondes.

    Ces données ne suffisent certainement pas à dresser un portrait complet de la situation des femmes dans la profession journalistique au Québec. Elles incitent cependant à tenir des propos plus nuancés que ceux entendus au cours des derniers jours. Cette controverse nous rappelle aussi que la recherche des faits est un exercice essentiel au journalisme. Il semble que certains chroniqueurs soient moins prompts à s'y livrer qu'à simplement donner leurs opinions sur la base d'impressions et de récits anecdotiques.
     
     
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