Autonomie économique des femmes - La marche est encore longue
Lorraine Pagé - Ancienne présidente de la Centrale de l'enseignement du Québec
14 juin 2008
Les membres de l'Assemblée nationale ont adopté mardi à l'unanimité un amendement à la Charte des droits et libertés de la personne du Québec afin d'y inscrire l'égalité entre les hommes et les femmes. Une reconnaissance importante pour toutes les femmes du Québec, bien sûr, mais qui n'est pas sans paraître paradoxale quand on songe d'où provient l'initiative. En effet, elle vient du gouvernement libéral de Jean Charest, qui a justement fait adopter des lois ayant pour effet de maintenir de nombreuses femmes au Québec dans un état de dépendance économique.
Ce n'est pas demain la veille que toutes les Québécoises pourront enfin atteindre l'autonomie économique, un rêve poursuivi depuis longtemps par les féministes québécoises. Il faut se rappeler qu'au début du XXe siècle, le vent du féminisme s'est mis à souffler sur la société québécoise. Des revendications des premières féministes, on a beaucoup retenu celle portant sur l'obtention du droit de vote des femmes, qui a revêtu un caractère emblématique à cause de la vive opposition qu'elle a soulevée. Il serait toutefois réducteur de laisser croire qu'elle était la seule mise en avant par les féministes de l'époque.
Encore parmi les plus pauvres
En effet, assez rapidement, la recherche de leur autonomie économique a été au coeur des revendications portées par les femmes. Elles ont mené des batailles en faveur du droit à l'éducation supérieure, pour le versement des allocations familiales aux mères ou pour mettre fin à l'incapacité juridique des femmes mariées, consacrée par le Code civil et qui empêchait une femme de disposer de ses biens, y compris son salaire. Elles ont exigé le droit au travail et à des emplois qualifiés et rémunérateurs; elles ont lutté pour la fin de la double échelle salariale établie selon le sexe, pour obtenir des congés de maternité, des services de garde et, plus récemment, l'équité salariale.
Après toutes ces années, les femmes ont-elles atteint cette autonomie économique? Non. Les promotions leur sont toujours plus difficiles à obtenir, elles gagnent encore moins que les hommes pour un travail équivalent et sont plus nombreuses à travailler au salaire minimum. Faut-il alors se surprendre qu'elles comptent parmi les plus pauvres de notre société, et ce, dans toutes les catégories d'âge?
Des lois rétrogrades
Certaines pratiques compromettent même directement l'autonomie économique des femmes. Pratiques qui sont le fait, non pas d'un employeur particulièrement rétrograde, mais bien du gouvernement du Québec lui-même, qui a fait adopter les lois 7 et 8 par lesquelles il refuse aux ressources intermédiaires qui accueillent dans leur foyer les personnes âgées ou malades et aux responsables de services de garde
en milieu familial le droit à la syndicalisation.
Ce faisant, il prive ces femmes de la possibilité réelle de faire reconnaître leur travail à sa pleine valeur. Cette stratégie gouvernementale a d'ailleurs été condamnée par le Bureau international du travail (BIT), qui l'a jugée non conforme aux ententes internationales dont le Canada est
signataire.
Après plus d'un siècle de luttes, il est particulièrement odieux de voir le gouvernement développer des services à la population en mettant en avant des mesures discriminatoires à l'égard des femmes, puisque ce sont bien elles qui les dispensent en très grande majorité. Nous pensions pourtant, toutes, que le chemin parcouru rendait impossible tout retour en arrière. Mais les préjugés et la discrimination ont la vie dure, comme le montre l'attitude gouvernementale.
La marche qui mène à notre autonomie économique est longue et ardue. Nous n'y mettrons pas un terme tant que nous ne l'aurons pas atteinte.
Ce n'est pas demain la veille que toutes les Québécoises pourront enfin atteindre l'autonomie économique, un rêve poursuivi depuis longtemps par les féministes québécoises. Il faut se rappeler qu'au début du XXe siècle, le vent du féminisme s'est mis à souffler sur la société québécoise. Des revendications des premières féministes, on a beaucoup retenu celle portant sur l'obtention du droit de vote des femmes, qui a revêtu un caractère emblématique à cause de la vive opposition qu'elle a soulevée. Il serait toutefois réducteur de laisser croire qu'elle était la seule mise en avant par les féministes de l'époque.
Encore parmi les plus pauvres
En effet, assez rapidement, la recherche de leur autonomie économique a été au coeur des revendications portées par les femmes. Elles ont mené des batailles en faveur du droit à l'éducation supérieure, pour le versement des allocations familiales aux mères ou pour mettre fin à l'incapacité juridique des femmes mariées, consacrée par le Code civil et qui empêchait une femme de disposer de ses biens, y compris son salaire. Elles ont exigé le droit au travail et à des emplois qualifiés et rémunérateurs; elles ont lutté pour la fin de la double échelle salariale établie selon le sexe, pour obtenir des congés de maternité, des services de garde et, plus récemment, l'équité salariale.
Après toutes ces années, les femmes ont-elles atteint cette autonomie économique? Non. Les promotions leur sont toujours plus difficiles à obtenir, elles gagnent encore moins que les hommes pour un travail équivalent et sont plus nombreuses à travailler au salaire minimum. Faut-il alors se surprendre qu'elles comptent parmi les plus pauvres de notre société, et ce, dans toutes les catégories d'âge?
Des lois rétrogrades
Certaines pratiques compromettent même directement l'autonomie économique des femmes. Pratiques qui sont le fait, non pas d'un employeur particulièrement rétrograde, mais bien du gouvernement du Québec lui-même, qui a fait adopter les lois 7 et 8 par lesquelles il refuse aux ressources intermédiaires qui accueillent dans leur foyer les personnes âgées ou malades et aux responsables de services de garde
en milieu familial le droit à la syndicalisation.
Ce faisant, il prive ces femmes de la possibilité réelle de faire reconnaître leur travail à sa pleine valeur. Cette stratégie gouvernementale a d'ailleurs été condamnée par le Bureau international du travail (BIT), qui l'a jugée non conforme aux ententes internationales dont le Canada est
signataire.
Après plus d'un siècle de luttes, il est particulièrement odieux de voir le gouvernement développer des services à la population en mettant en avant des mesures discriminatoires à l'égard des femmes, puisque ce sont bien elles qui les dispensent en très grande majorité. Nous pensions pourtant, toutes, que le chemin parcouru rendait impossible tout retour en arrière. Mais les préjugés et la discrimination ont la vie dure, comme le montre l'attitude gouvernementale.
La marche qui mène à notre autonomie économique est longue et ardue. Nous n'y mettrons pas un terme tant que nous ne l'aurons pas atteinte.
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