Ces intellectuels qui me font peur
Rémi Bourget - Montréal, le 10 juin 2008
12 juin 2008
Certains intellectuels québécois se livrent aujourd'hui à un spectacle dangereux. Je parle de tous ceux qui empruntent d'inacceptables raccourcis et qui caricaturent sans honte le complexe rapport Bouchard-Taylor pour faire mousser leurs propres opinions politiques (ou simplement leur popularité personnelle). Ce sont les mêmes qui, depuis le début de cette «crise», brandissent la menace que font peser les accommodements raisonnables sur la survie du peuple québécois. Lorsque Gérard Bouchard a récemment lancé un appel au calme au milieu de l'hystérie, ceux-là mêmes l'ont accusé d'être un traître à la nation.
Pourquoi? Pour avoir inséré un peu de nuance dans un débat qui dérapait? Ou pour avoir tenté d'apaiser certaines angoisses existentielles dignes d'une autre époque? Par exemple, la crainte que l'école redevienne la chasse gardée de l'Église. Pourtant, la distinction semble on ne peut plus évidente à saisir entre l'exigence de laïcité des institutions et la liberté des citoyens d'exprimer toute la diversité de leurs croyances.
Est-ce qu'un de ces intellectuels pourrait m'expliquer quel est le danger pour ma langue et ma culture quand une Algérienne se promène à l'université avec son hidjab? Si elle l'enlevait, est-ce que je me ferais servir plus facilement en français chez Starbucks? Poser la question, c'est y répondre. C'est aussi mettre en lumière les raccourcis intellectuels qu'utilisent les adversaires de la diversité depuis le début de la «crise» des accommodements raisonnables.
Ces alarmistes oublient rapidement que le premier accommodement raisonnable a été accordé à une catholique qui désirait ne pas travailler chez Eaton le dimanche pour aller à la messe. Plus récemment, ce concept a donné le droit à certains employés de ne pas manger kasher à l'Hôpital général juif... Finalement, ils oublient aussi que les tribunaux n'accordent pas d'accommodement dans les cas où cela constituerait une contrainte excessive.
Là où les détracteurs du rapport dérapent carrément, c'est quand ils accusent les commissaires d'être rétrogrades quand ils proposent d'abandonner l'expression «Québécois de souche». Il commence à être temps! Durant combien de générations encore les Québécois de deuxième, troisième, quatrième générations devront-ils souffrir du stigmate de n'être pas de «vrais» Québécois? Je suis fiancé avec une ravissante Haïtienne et nous prévoyons avoir des enfants sous peu. Je m'inquiète déjà de savoir que des intellectuels BCBG vont se draper derrière la défense de la nation pour faire sentir à mes enfants qu'ils ne sont pas les bienvenus chez eux.
Pourquoi? Pour avoir inséré un peu de nuance dans un débat qui dérapait? Ou pour avoir tenté d'apaiser certaines angoisses existentielles dignes d'une autre époque? Par exemple, la crainte que l'école redevienne la chasse gardée de l'Église. Pourtant, la distinction semble on ne peut plus évidente à saisir entre l'exigence de laïcité des institutions et la liberté des citoyens d'exprimer toute la diversité de leurs croyances.
Est-ce qu'un de ces intellectuels pourrait m'expliquer quel est le danger pour ma langue et ma culture quand une Algérienne se promène à l'université avec son hidjab? Si elle l'enlevait, est-ce que je me ferais servir plus facilement en français chez Starbucks? Poser la question, c'est y répondre. C'est aussi mettre en lumière les raccourcis intellectuels qu'utilisent les adversaires de la diversité depuis le début de la «crise» des accommodements raisonnables.
Ces alarmistes oublient rapidement que le premier accommodement raisonnable a été accordé à une catholique qui désirait ne pas travailler chez Eaton le dimanche pour aller à la messe. Plus récemment, ce concept a donné le droit à certains employés de ne pas manger kasher à l'Hôpital général juif... Finalement, ils oublient aussi que les tribunaux n'accordent pas d'accommodement dans les cas où cela constituerait une contrainte excessive.
Là où les détracteurs du rapport dérapent carrément, c'est quand ils accusent les commissaires d'être rétrogrades quand ils proposent d'abandonner l'expression «Québécois de souche». Il commence à être temps! Durant combien de générations encore les Québécois de deuxième, troisième, quatrième générations devront-ils souffrir du stigmate de n'être pas de «vrais» Québécois? Je suis fiancé avec une ravissante Haïtienne et nous prévoyons avoir des enfants sous peu. Je m'inquiète déjà de savoir que des intellectuels BCBG vont se draper derrière la défense de la nation pour faire sentir à mes enfants qu'ils ne sont pas les bienvenus chez eux.
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