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    Un électrochoc pour les politiques de développement

    9 juin 2008 |Jean-Pierre Aubry - Économiste
    Ces derniers temps, nous assistons impuissants à une série de hausses de prix spectaculaires: le prix du pétrole, le prix des matières premières et le prix des denrées alimentaires (notamment des céréales). L'ampleur des hausses surprend non seulement monsieur et madame Tout-le-monde, mais aussi de nombreux spécialistes et participants aux marchés financiers. Ce n'était pas prévu par les grands organismes internationaux et les gouvernements nationaux. Leurs modèles de prévisions et de simulations n'ont pas vu venir de telles hausses de prix.

    Même si une partie de ces hausses sont attribuables à des phénomènes d'une durée relativement courte (la spéculation, des conflits politiques, de mauvaises récoltes dues à de mauvaises conditions climatiques), nous ne pouvons pas ne pas nous demander:

    n s'il n'y a pas des facteurs structuraux qui feront en sorte que ces hausses ne seront pas renversées et même qu'elles continueront;

    n et si nos gouvernements et les grands organismes internationaux ont mis en place les bonnes politiques touchant la disponibilité de diverses sources d'énergie, de matières premières et de produits agricoles.

    En analysant l'ensemble de ces hausses, nous nous apercevons qu'effectivement la croissance de la demande mondiale en énergie, en matières premières et en produits agricoles a fortement augmenté ces 20 dernières années. Par exemple, la forte croissance des pays émergents a résulté en une augmentation de leur demande de pétrole de près de 30 % ces huit dernières années.

    La population mondiale, qui était de 5,3 milliards en 1990 et qui est présentement de près de 6,7 milliards, atteindrait 7,7 milliards en 2020 et 8,3 milliards en 2030. S'il y a déjà des pénuries énergétiques et alimentaires présentement, comment peut-on espérer que nous réussirons à accroître suffisamment la production de ces biens dans les 15 ou 25 prochaines années?

    Une autre constatation que nous pouvons faire en analysant la présente situation est que la mise en place de politiques nationales ou sectorielles peut avoir des effets néfastes sur l'offre mondiale de divers produits et sur un très large segment de la population mondiale. Par exemple, les subsides agricoles dans de nombreux pays industrialisés ont découragé la production agricole dans de nombreux pays en voie de développement; l'utilisation de produits agricoles pour produire de l'éthanol a eu pour effet de créer des pénuries et d'augmenter le prix de plusieurs produits alimentaires.

    La hausse du prix des produits alimentaires remet également en question certains modèles de développement prônés par certains grands organismes internationaux (Banque mondiale et FMI), qui font en sorte que des pays en voie de développement deviennent trop vulnérables aux pénuries de produits agricoles et à la hausse de leur prix.

    La hausse des prix des produits de base me semble être loin d'un phénomène purement cyclique. Ce n'est pas demain que nous aurons à notre disposition de l'énergie, des matières premières et des aliments à profusion et à bas prix. En fait, la croissance de la population et de la consommation partout dans le monde semble rencontrer de plus en plus de résistance en raison des limites physiques de notre planète. Pensons à la forte baisse des stocks de poissons disponibles pour l'alimentation de la population mondiale. Et en plus des limites sur le plan de la disponibilité des ressources, il y a le besoin d'éviter une détérioration de notre environnement.

    Nous nous trouvons donc devant des défis énormes. Voici des éléments qui pourraient nous aider à relever ces défis: la technologie, la définition de meilleurs modèles de développement durable, des gouvernements et des institutions internationales qui planifient selon un horizon plus large, tout en tenant compte des limites de notre environnement physique et du bien-être de la population mondiale, des électeurs qui valorisent des dirigeants politiques pensant à long terme, une réduction de la croissance de la population mondiale et, dans les pays industrialisés, la recherche du bien-être sans la croissance de la consommation moyenne par habitant (simplicité volontaire).

    Si nous ne réussissons pas à mieux planifier à long terme et à mieux partager, il ne faudra pas se surprendre que la loi du plus fort et du plus riche domine de plus en plus et qu'il y ait plus «de dommages collatéraux» dans des segments importants de la population mondiale. L'histoire est pleine d'exemples où la rareté de produits de base a engendré des guerres et l'oppression de populations.

    Et à mesure que les pénuries s'accentueront, il y en aura de plus en plus. Présentement, il y a des conflits armés et des décisions gouvernementales favorisant l'utilisation de denrées alimentaires pour sécuriser des approvisionnements de pétrole. Nous devons donner un coup de barre.












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