Investiture démocrate - Hillary aurait-elle dû représenter les femmes?
Pascale Navarro - Journaliste et auteure
3 juin 2008
Les Américains tombent-ils pour Barack Obama parce qu'il est jeune et charismatique? Sont-ils sexistes parce qu'ils n'ont pas préféré Hillary Clinton?
Voilà une analyse beaucoup trop simpliste.
Les bourdes de l'aspirante présidente expliquent peut-être en partie son échec, mais Barack Obama aussi a fait des gaffes, bien qu'on les ait moins relevées. En fait, la chute d'Hillary est aussi spectaculaire que la victoire d'Obama. On fait spectacle des deux, avec le même appétit.
Quoi qu'il en soit, on peut affirmer, sans faire preuve de paranoïa, que le sexisme est encore vif aux États-Unis. Il suffit de répertorier les nombreuses attaques contre la candidate, toutes aussi crétines et vulgaires les unes que les autres pour s'en rendre compte. Il s'insinue partout et provient tout autant d'hommes que de femmes, dans les télés, les pancartes et slogans (voir le très élégant: The Bitch is back), les commentaires d'observateurs politiques qui attaquent son intelligence («si elle est arrivée là, c'est parce que son mari a fait l'idiot»), ou encore son éthique: il y a quelques semaines, un analyste a dû quitter son boulot pour avoir déclaré qu'Hillary prostituait sa fille
parce qu'elle l'emmenait rencontrer ses électeurs.
Sexisme
Le sexisme, du moins en Amérique, est un fait qui va encore de soi et que personne ne remet vraiment en question: comme l'a déclaré Geraldine Ferraro, le pays aurait été sens dessus dessous si quelqu'un avait envoyé Obama «cirer des souliers». Le racisme, heureusement, est dépassé, et dénoncé, quand il se manifeste (Ferraro elle-même a d'ailleurs été accusée de racisme contre Obama).
Or le sexisme est lui aussi dépassé, pourtant il est endémique! Mais Hillary Clinton aura attendu la fin de la course pour dénoncer les attaques dont elle a été la cible. Une autre candidate aurait peut-être choisi de jouer cette carte bien avant, afin d'en tirer parti: Hillary ne l'a pas fait. Aurait-elle dû? Après tout, elle est en politique: ne veut-elle pas gagner ses élections? A-t-elle calculé que la dénonciation du sexisme l'aurait desservie? N'aurait-elle pas pourtant gagné plus de votes féminins? Car elle n'est pas la seule femme à subir cet outrage d'un autre âge qu'est la discrimination liée au sexe.
Mais la question se pose: malgré son engagement féministe, et son réseau de célèbres alliées dont celles du Women for Hillary, voulait-elle vraiment représenter les femmes?
Je connais peu à la politique de nos voisins, mais je sais que les Américaines ont été parmi les plus ardentes leaders du féminisme. Et je m'interroge aujourd'hui: Hillary les déçoit-elle ou est-ce qu'elle les honore?
Voilà une analyse beaucoup trop simpliste.
Les bourdes de l'aspirante présidente expliquent peut-être en partie son échec, mais Barack Obama aussi a fait des gaffes, bien qu'on les ait moins relevées. En fait, la chute d'Hillary est aussi spectaculaire que la victoire d'Obama. On fait spectacle des deux, avec le même appétit.
Quoi qu'il en soit, on peut affirmer, sans faire preuve de paranoïa, que le sexisme est encore vif aux États-Unis. Il suffit de répertorier les nombreuses attaques contre la candidate, toutes aussi crétines et vulgaires les unes que les autres pour s'en rendre compte. Il s'insinue partout et provient tout autant d'hommes que de femmes, dans les télés, les pancartes et slogans (voir le très élégant: The Bitch is back), les commentaires d'observateurs politiques qui attaquent son intelligence («si elle est arrivée là, c'est parce que son mari a fait l'idiot»), ou encore son éthique: il y a quelques semaines, un analyste a dû quitter son boulot pour avoir déclaré qu'Hillary prostituait sa fille
parce qu'elle l'emmenait rencontrer ses électeurs.
Sexisme
Le sexisme, du moins en Amérique, est un fait qui va encore de soi et que personne ne remet vraiment en question: comme l'a déclaré Geraldine Ferraro, le pays aurait été sens dessus dessous si quelqu'un avait envoyé Obama «cirer des souliers». Le racisme, heureusement, est dépassé, et dénoncé, quand il se manifeste (Ferraro elle-même a d'ailleurs été accusée de racisme contre Obama).
Or le sexisme est lui aussi dépassé, pourtant il est endémique! Mais Hillary Clinton aura attendu la fin de la course pour dénoncer les attaques dont elle a été la cible. Une autre candidate aurait peut-être choisi de jouer cette carte bien avant, afin d'en tirer parti: Hillary ne l'a pas fait. Aurait-elle dû? Après tout, elle est en politique: ne veut-elle pas gagner ses élections? A-t-elle calculé que la dénonciation du sexisme l'aurait desservie? N'aurait-elle pas pourtant gagné plus de votes féminins? Car elle n'est pas la seule femme à subir cet outrage d'un autre âge qu'est la discrimination liée au sexe.
Mais la question se pose: malgré son engagement féministe, et son réseau de célèbres alliées dont celles du Women for Hillary, voulait-elle vraiment représenter les femmes?
Je connais peu à la politique de nos voisins, mais je sais que les Américaines ont été parmi les plus ardentes leaders du féminisme. Et je m'interroge aujourd'hui: Hillary les déçoit-elle ou est-ce qu'elle les honore?
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