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Voile: faire le pari de l'intégration

Françoise David - Porte-parole de Québec solidaire  2 juin 2008 
Sur la question du port du foulard islamique, nous croyons avons manqué à notre devoir de clarté. Cette tribune est une belle occasion de rectifier le tir.

À notre avis, toutes les institutions religieuses tentent depuis fort longtemps de soumettre les femmes à des règles sexistes. Leur corps devient le premier lieu de ce pouvoir misogyne qui voit les femmes comme des occasions de péché. «Cachez ce sein que je ne saurais voir!» De façon générale, on peut affirmer que le voile islamique et plus encore, le tchador (voile et manteau long), relèvent du même sexisme. Admettons tout de même que celles qui portent le voile le font pour des raisons diverses. Beaucoup subissent une pression communautaire traditionaliste; d'autres revendiquent le voile comme un signe d'affirmation identitaire.

Voile et fonction publique

Doit-on permettre à une enseignante, à une infirmière, à une fonctionnaire, d'exercer son métier avec un foulard sur la tête? Malgré nos réserves, notre réponse est oui. Et ce oui est féministe, car il parle d'intégration et de respect. Il y a une femme sous le voile, et nous voulons qu'elle ait sa place dans la société québécoise. Nous voulons qu'elle puisse étudier et pratiquer un métier rémunérateur, car elle y gagne de la liberté, elle s'intègre, elle côtoie des femmes différentes d'elle.

Nous croyons que nous ne pouvons pas nous permettre de nous passer du talent de ces femmes qui éprouvent déjà suffisamment de problèmes à obtenir un emploi à la hauteur de leurs compétences. Entendons-nous bien: il ne s'agit pas ici d'accepter le voile intégral qui ne laisse voir que les yeux — et encore! — dans la fonction publique ou parapublique, car ces vêtements empêchent toute forme de communication normale.

Les femmes portant un foulard islamique représentent moins de 0,5 % de la population. Combien seront enseignantes? Quelques dizaines? Et ce serait ça, la menace à notre culture ou aux acquis des femmes québécoises? Le vrai danger, en ce moment, ne vient-il pas du député Ken Epp — conservateur et chrétien — qui propose un projet de loi (C-484) ayant manifestement pour but de faire reculer dangereusement les femmes canadiennes en matière d'avortement?

Dialogue

Le pari de Québec solidaire est celui de l'intégration, et non de l'exclusion et du renvoi au ghetto. Nous devons être à l'écoute des femmes, de toutes les femmes, y compris celles qui veulent partager notre devenir tout en continuant de porter des valeurs qui paraissent bien traditionnelles aux Québécoises de la majorité. Cela durera un temps. Faisons-leur confiance.

Comme nous, elles cherchent le chemin de leur émancipation. Dans leurs communautés, des voix s'élèvent déjà pour réclamer l'application d'un islam moderne et non discriminatoire. Poursuivons le dialogue, c'est la seule voie de la construction d'un Québec moderne et ouvert aux différences.
 
 
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