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Quand le VIH mène au cancer

Mark A. Wainberg - Directeur du Centre sida de l'Hôpital général juif de Montréal de l'université McGill  31 mai 2008 
Tel que nous avons pu le constater, la Journée du sida a provoqué une percée dans la médiatisation d'un sujet dont l'impact quotidien sur la classe moyenne nord-américaine est littéralement inexistant, grâce aux avancées médicales. Toutefois, certains de ces progrès ont créé une nouvelle menace pour les personnes infectées au VIH.

Au cours des 25 dernières années, soit depuis que l'expression «virus d'immunodéficience humaine» (VIH) existe, les cliniciens VIH-sida et les scientifiques ont été témoins de progrès sans précédent dans le traitement de la maladie. Le plus remarquable est que les médicaments antirétroviraux permettent à présent à plusieurs personnes atteintes du VIH de survivre de manière indéfinie, avec une bonne qualité de vie, plutôt que de souffrir d'une progression rapide de la maladie et parfois de mourir précocement. Bon nombre d'experts ont constaté qu'on obtient ce résultat surtout dans les pays occidentaux riches, où l'accès à ces médicaments qui sauvent des vies est plus probable.

Mais cette nouvelle longévité que nous pouvons observer dans les pays occidentaux a soulevé de nouveaux problèmes. Des médecins et des chercheurs ont observé que ce progrès a une conséquence qui n'a été ni rapportée ni observée dans l'infection du VIH. Selon le New England Journal of Medicine et d'autres publications scientifiques, les personnes qui vivent avec le VIH-positif depuis de longues périodes de temps ont développé en grand nombre divers cancers mortels, qui défient les thérapies traditionnelles utilisées pour soigner le cancer chez les personnes qui ne souffrent pas du VIH.

Ces cancers comprennent les lymphomes, les carcinomes et les cancers des poumons (chez les fumeurs et les non-fumeurs). Bien que les chiffres soient relativement peu élevés, ces cancers se développent plus fréquemment chez les personnes infectées au VIH que dans le reste de la population.

Immunité affaiblie

Une des raisons probables est que l'infection au VIH provoque une perte des fonctions immunologiques qui ne peuvent pas être complètement recouvrées avec les médicaments antirétroviraux (ARV). Les ARV ont pour fonction de lutter contre la reproduction du VIH, ce qui prévient la détérioration rapide du système immunitaire et aide à assurer que les patients atteints du VIH ne deviennent les proies de pneumonies et autres infections qui se développent souvent chez les personnes dont le système immunitaire est affaibli. Toutefois, le système immunitaire du patient atteint du VIH a probablement déjà été compromis dans sa capacité à se défendre contre certains cancers.

Ces observations soulèvent un nombre important d'inquiétudes. On craint en effet que les taux de cancers chez les populations infectées au VIH continuent d'augmenter. Ces cancers seront-ils restreints à certains types ou seront-ils diversifiés? Une autre observation concerne les traitements. Chez les personnes infectées au VIH, la chimiothérapie pourrait temporairement écarter l'utilisation des ARV pour la prévention de la toxicité aux médicaments ou interactions adverses. Les interruptions de thérapie du VIH pourraient mener à de nouvelles reproductions de virus et à une aggravation de la maladie.

Développer un cancer

Une autre inquiétude importante est que cette augmentation des taux de cancers se signale surtout chez les personnes infectées depuis cinq à quinze ans. En supposant que nos médicaments antirétroviraux continuent d'être de plus en plus efficaces, qu'est-ce que cela signifie pour les personnes qui ont été traitées efficacement contre le VIH depuis de longues périodes de temps, soit de 10 à 25 ans? Est-ce qu'elles seront plus susceptibles de développer un cancer? Personne ne le sait encore, mais nous aurons besoin d'effectuer des surveillances à long terme chez les personnes infectées au VIH afin de repérer les occurrences de taux de cancers.

Il est probable que le nombre de cancers observés chez les personnes infectées au VIH se maintiendra. Plusieurs personnes qui ont été traitées de manière efficace avec des médicaments antirétroviraux au cours de longues périodes de temps ont commencé des thérapies avec des régimes qui étaient moins efficaces et plus toxiques que ceux qui sont utilisés de manière répandue de nos jours, ce qui aurait contribué au taux actuel de cancers.

Mais les dommages répandus sur le système immunitaire ont probablement déjà pris place chez la plupart des patients, quel que soit le moment où leur infection a été diagnostiquée, à partir du moment où leur thérapie a commencé; les mécanismes de défense naturels du corps contre le cancer ont probablement déjà été compromis dès le moment où la thérapie a débuté.

Meilleurs médicaments

Plusieurs personnes ont oublié que certains cancers rares, comme le sarcome de Kaposi, ont été signalés chez les personnes infectées au VIH avec des fréquences relativement élevées dans les années 80, bien avant que les médicaments antirétroviraux ne soient disponibles. À l'époque, comme aujourd'hui, on a présumé que cette augmentation de fréquences était attribuable aux dommages que le VIH avait infligés au système immunitaire.

Les nouvelles données sur le cancer soulèvent le besoin de développer de meilleurs médicaments qui devraient fonctionner non seulement pour interrompre la reproduction du VIH, mais aussi pour rétablir les fonctions immunitaires de manière plus efficace que les médicaments disponibles à l'heure actuelle. Les changements qui se reflètent dans l'évolution du VIH-sida en tant qu'état à long terme et dans la qualité de vie des personnes qui le subissent sont des rappels que le sida est toujours une maladie redoutable, malgré les progrès que nous avons obtenus au cours d'un quart de siècle de thérapies, d'acceptation et de conscientisation.
 
 
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