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Lettres: Ce que je pense de la lutte des médecins spécialistes

Marie-Claude Goulet - Étudiante en médecine, Montréal, le 17 janvier 2003  28 janvier 2003 
Cette lettre s'adresse à tous les spécialistes qui appuient les revendications et les moyens de pression de la FMSQ (Fédération des médecins spécialistes du Québec). Je suis étudiante en médecine à l'Université de Montréal et je vous écris pour vous signifier le désaccord fondamental que j'éprouve face à vos positions. Je tiens à préciser que ce désaccord n'émane pas du fait que vous avez décidé de ne plus remplir vos tâches d'enseignement auprès des étudiant(e)s en médecine, mais bien de vos revendications.

Je perçois votre lutte comme étant une lutte corporatiste et opportuniste. Vous savez tout aussi bien que moi que le système de santé est présentement en crise: pénurie d'effectifs médicaux (préposés, infirmières, médecins), manque de matériel, problèmes budgétaires, listes d'attente, etc. Et malgré cet état de fait, vous vous permettez de demander des augmentations salariales de 40 %, et ce, parce que vous voulez la parité salariale avec les autres provinces! Je trouve ça incroyable de votre part. Êtes-vous conscients que vous gagnez plus qu'au moins 90 % de la population québécoise? Êtes-vous conscients que vous gagnez environ cinq fois plus que les infirmières qui travaillent tout autant que vous? J'imagine que cela ne vous effleure pas l'esprit.

Je suis peut-être encore naïve et idéaliste, me direz-vous, mais je pense que la médecine est en soi une profession extrêmement valorisante. Pourquoi on décide d'être médecin? Pour aider, soigner et guérir les gens qui souffrent d'une façon ou d'une autre, pour défendre les intérêts de nos patients, pour faire en sorte que toute la population puisse jouir de la santé. C'est pas pour faire du fric qu'on se donne corps et âme, c'est par devoir. Nous sommes extrêmement privilégiés de pouvoir exercer la médecine et il faut savoir le rendre à la société.

Je pense qu'il est juste de lutter pour conserver un système de santé de qualité et accessible pour tous. Nous devons exiger des investissements majeurs dans le système de santé, mais ces investissements doivent être faits à tous les niveaux. Et s'il y a des problèmes de gestion du système de santé, il faut les identifier et les régler. C'est de cette façon que nous aurons une amélioration de nos conditions de pratique, ainsi que de celles des infirmières et des préposés. Les luttes concernant le système de santé ne doivent pas être corporatistes comme la vôtre, elles doivent être globales et radicales. Il faut s'attaquer aux racines du problème et cesser d'avoir une attitude individualiste. C'est d'ailleurs ce type d'attitude qui fait que le gouvernement se retrouve dans une situation où il n'a pas le choix de nous forcer à remplir des activités médicales prioritaires ou de nous envoyer en région contre notre gré. Je n'approuve pas la «conscription obligatoire», mais je pense tout de même qu'être médecin implique certaines obligations face à la société.

Sur ce, je voudrais remercier tous les médecins spécialistes qui ne participent pas aux moyens de pression mis en branle par la FMSQ. Moyens de pression qui n'affectent définitivement pas les bonnes cibles. Ce ne sont pas les étudiants, et encore moins les patients, qui doivent faire les frais de ce conflit!
 
 
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