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Aires protégées: bravo, mais...

Lettre à la ministre Line Beauchamp

Henri Jacob - Président et administrateur de l'Action boréale de l'Abitibi-Témiscamingue (ABAT)  27 mai 2008 
L'Action boréale de l'Abitibi-Témiscamingue (ABAT) tient à souligner vos efforts, à titre de ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, pour mettre 1 % du territoire québécois en réserve en vue d'étendre le réseau des aires protégées. Malgré le très grand retard du Québec dans ce dossier, où il était prévu d'atteindre 8 % d'aires protégées à la fin de 2005, votre annonce du 14 mai dernier constitue quand même une bonne nouvelle.

Par ailleurs, lorsque vous comparez les superficies d'aires protégées entre certaines provinces pour nous faire croire que le Québec est bon deuxième au Canada, ce n'est que de la poudre aux yeux quand on sait que ce qui compte vraiment, c'est le pourcentage par rapport à l'ensemble du territoire. À cet égard, l'ABAT tient à préciser que l'ajout de 1 % du territoire du Québec nous approche très lentement de la moyenne nationale de 10 % et que plusieurs autres provinces, comme la Colombie-Britannique, l'Ontario et l'Alberta ont déjà protégé 12 % de leur territoire.

L'extrême lenteur du processus d'implantation de nouvelles aires protégées contraste violemment avec la vitesse avec laquelle on récolte dans les forêts dites primaires, alors que ce sont celles-ci, justement, qui devraient être considérées en priorité. Il sera toujours temps de s'occuper plus tard des écosystèmes au nord du 52e, très peu menacés pour l'instant par les activités industrielles.

Obstruction

En Abitibi, 45 % du territoire est toujours soustrait à la création de nouvelles aires protégées parce que l'industrie minière refuse de faire quelque concession que ce soit sur cette superficie où existerait un potentiel minier. Cette obstruction systématique, soutenue conjointement par les minières et le ministère des Ressources naturelles, conduit à des aberrations telles que l'amputation de 75 % de la biodiversité de la réserve de biodiversité projetée de Piché-Lemoine près de Val-d'Or. Nous vous rappelons que cette dernière a passé l'étape des audiences publiques du BAPE au printemps 2007 et que vous en retenez toujours le rapport.

Par ailleurs, le communiqué de votre ministère passe sous silence l'analyse de carence qui devrait permettre de déterminer ce qu'il manquera de territoires représentatifs à protéger pour compléter la Stratégie québécoise sur les aires protégées (SCAP). Tout le reste de la forêt commerciale (92 %) sera réservé à l'industrie forestière, éliminant du même coup toute marge de manoeuvre.

Aucune mention non plus sur la création de comités de conservation chargés d'arbitrer les activités qui seraient permises dans les aires protégées. Actuellement sans surveillance, ces territoires risquent de devenir la cible des braconniers, des pilleurs de bois de chauffage ou de devenir des terrains de jeux pour les amateurs des bruyants et polluants véhicules tout terrain et motoneiges.

Au vu de ce qui précède, l'Action boréale réclame du ministre des Ressources naturelles, Claude Béchard, selon le principe de précaution, qu'il mette en réserve rapidement une portion significative de la forêt boréale qui pourra à terme être rendue à l'exploitation forestière lorsque les objectif de la SCAP seront atteints.

De plus, ABAT vous demande de rendre publiques vos intentions sur la suite des choses et de préciser rapidement l'engagement de votre ministère à mener une étude de carence et son intention de mettre en place des conseils de conservation qui seraient chargés de réglementer les activités dans les aires protégées. Sans ces précisions, l'annonce du 14 mai 2008 n'aura été qu'une activité de relations publiques et de coloriage de carte.
 
 
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