Libre opinion: Le Conseil de la souveraineté, amateur et très mal parti
Claude Bariteau, André Campeau - Membres du conseil d'administration du Rassemblement pour l'indépendance du Québec (RIQ)
27 janvier 2003
En écho au projet de regroupement des souverainistes proposé par Jacques Parizeau, Bernard Landry a créé le Conseil de la souveraineté en décembre 2002. À notre avis, tel que conçu, ce conseil annonce, d'une part, le retrait dans la réalisation d'études sur les incidences de l'accession du Québec au statut de pays souverain; d'autre part, il paraît plus une annexe du Parti québécois qu'un organisme de rassemblement au-delà des lignes de parti. Pour le RIQ, ce sont là des choix inquiétants.
Dans sa conférence de Charlesbourg, le 17 novembre dernier, Jacques Parizeau a insisté sur l'importance d'un financement adéquat de la recherche par le gouvernement du Québec en vue d'alimenter les réflexions des Québécois. Nous partageons cette idée. Quel que soit le parti au pouvoir, de telles recherches s'imposent dès qu'une proportion importante de la population est favorable à la création du pays du Québec. Il y a là un devoir d'État et rien ne justifie de s'en décharger. Ce point est capital. Bernard Landry gagnerait en crédibilité s'il réalisait les devoirs associés à ses fonctions.
Il y a bien des façons de faire. Certaines recherches peuvent être menées au sein de l'appareil d'État et d'autres à l'aide de commandes auprès d'experts. Nous pensons ici au passage du statut de province à celui d'État souverain, au libre-échange, à la monnaie comme à la fiscalité, à la citoyenneté, à la reconnaissance internationale de la souveraineté du Québec et la participation du Québec aux organismes internationaux.
Rendre la société civile responsable de ces travaux, c'est lui demander d'assumer une responsabilité qui revient au gouvernement du Québec. Dans un avenir plus ou moins rapproché, la population du Québec peut être appelée à se prononcer sur son statut politique. Aussi est-il inadmissible de ne pas prévoir les incidences d'un tel changement et de ne pas les rendre publiques. D'ailleurs, en cette matière, puisqu'il s'agit d'éducation, Télé-Québec pourrait susciter des débats sur ces points.
Hélas, ces dernières années, peu a été fait dans cette direction. Probablement parce que le Parti québécois, lorsqu'il est au pouvoir, est déchiré entre deux mandats: promouvoir l'indépendance et être un «bon gouvernement». Il en découle que la question de l'indépendance du Québec est mise en veilleuse par le Parti québécois lorsque ce dernier assume la gestion quotidienne de la province. Aussi estimons-nous que la coexistence entre ces deux mandats entrave la promotion de l'indépendance du Québec.
D'abord, parce que le pouvoir provincial est à la fois limité à l'établissement d'ententes multiples au sein du Canada et contraint par elles, ce qui conduit un gouvernement souverainiste à faire la démonstration du contraire de ce qu'il prône. Ensuite, parce que tout geste d'audace émanant d'un tel gouvernement apparaîtra toujours comme une «astuce» pour faire valoir ses thèses. Enfin, mais surtout, parce que créer le pays du Québec implique une mobilisation qui déborde les assises politiques partisanes.
Au référendum de 1995, Jacques Parizeau a compris que cette mobilisation débordait le Parti québécois. En 2000, Pierre Drouilly et Pierre-Alain Cotnoir ont mis en relief que le projet d'indépendance du Québec, partagé par plus de 75 % des supporters du PQ ou du BQ, l'était par près de 50 % des adéquistes et 15 % des libéraux mais aussi par près de 20 % de Québécois de langue maternelle anglaise et de 33 % de Québécois de langues maternelles autres que le français et l'anglais.
Voilà pourquoi, au RIQ, nous promouvons l'indépendance au-delà des tendances qui s'expriment au sein des partis politiques et des groupes culturels sur la scène québécoise. De plus, nous sommes convaincus que cette promotion implique que préséance soit donnée au projet d'indépendance du Québec.
Ce sont pour ces raisons que le RIQ s'est montré réceptif au projet conçu par Jacques Parizeau. Nous estimons toutefois que l'appellation Conseil de l'indépendance serait plus appropriée et nous avançons que ce conseil doit être entièrement indépendant du gouvernement, des partis politiques et des enjeux électoraux.
S'agissant des personnes membres de ce conseil, elles doivent être reconnues pour leur engagement en faveur de l'indépendance du Québec et provenir de milieux diversifiés. Ce serait une erreur de n'y retrouver qu'une majorité de promoteurs issus de partis souverainistes ou d'organismes amis. Ce conseil doit refléter la diversité du soutien que reçoit le projet d'indépendance au Québec. Ces analyses, pensons-nous, devraient, entre autres, viser à: 1- comprendre la praxis des Québécois de toutes origines; 2- démythifier les pièges du fédéralisme canadien; 3- établir la portée de la pensée indépendantiste dans les sphères économiques, politiques, sociales et culturelles de la vie québécoise.
Il y a là énormément de travail à réaliser, ce qui pose un défi de taille aux Québécois qui entendent se doter d'un pays. Un conseil de l'indépendance devra disposer de ressources financières substantielles. Sous cet angle, les dégrèvements d'impôts que le gouvernement Landry a décidé d'allouer aux organismes faisant la promotion de la souveraineté du Québec constituent une approche des plus heureuses.
Créer un organisme rassembleur pour convaincre les Québécois des avantages d'avoir leur propre pays implique d'asseoir solidement sa crédibilité, d'assurer qu'il ait une certaine pérennité mais, surtout, de veiller à ce qu'il ait les ressources pour réaliser des activités de recherche et de promotion à la hauteur des attentes de la population du Québec.
Le Conseil de la souveraineté actuellement en gestation n'a pas ces qualités. Dès son annonce et sans qu'il n'y ait un travail réalisé sous son égide, un site Internet est apparu. Peu après, nous avons appris que le Parti québécois acceptait d'investir 250 000 $ et que cinq personnes, dont trois émanant de ce parti, étaient désignées pour présider un comité provisoire. Un mois plus tard, Le Devoir signala que ce conseil tardait à se mettre en branle et que son président provisoire, qui jongle avec le statut des membres qui en feront parti, estime que «l'avenir de l'organisme sera directement relié au résultat des élections».
Tout cela fait amateur. Si la mise sur pied de ce conseil vise à justifier le fait que le gouvernement en place ne réalise pas les travaux qui lui reviennent et, de surcroît, se veuille un instrument électoraliste, il y a véritablement lieu de s'inquiéter. Aussi, estimons-nous que devrait rapidement être installé un conseil de l'indépendance d'envergure par des acteurs de la société civile.
L'idée de travailler à la conception du pays du Québec impose cette approche. L'enjeu est de taille, car il est rien de moins que la «responsabilisation» des Québécois par eux-mêmes. Au RIQ, plusieurs membres sont prêts à s'impliquer à la mise sur pied d'un conseil de l'indépendance à l'image du support que reçoit ce projet au Québec et à l'obtention d'un financement adéquat. Pour eux, les activités d'un tel conseil doivent être indépendantes de toutes visées électoralistes.
Dans sa conférence de Charlesbourg, le 17 novembre dernier, Jacques Parizeau a insisté sur l'importance d'un financement adéquat de la recherche par le gouvernement du Québec en vue d'alimenter les réflexions des Québécois. Nous partageons cette idée. Quel que soit le parti au pouvoir, de telles recherches s'imposent dès qu'une proportion importante de la population est favorable à la création du pays du Québec. Il y a là un devoir d'État et rien ne justifie de s'en décharger. Ce point est capital. Bernard Landry gagnerait en crédibilité s'il réalisait les devoirs associés à ses fonctions.
Il y a bien des façons de faire. Certaines recherches peuvent être menées au sein de l'appareil d'État et d'autres à l'aide de commandes auprès d'experts. Nous pensons ici au passage du statut de province à celui d'État souverain, au libre-échange, à la monnaie comme à la fiscalité, à la citoyenneté, à la reconnaissance internationale de la souveraineté du Québec et la participation du Québec aux organismes internationaux.
Rendre la société civile responsable de ces travaux, c'est lui demander d'assumer une responsabilité qui revient au gouvernement du Québec. Dans un avenir plus ou moins rapproché, la population du Québec peut être appelée à se prononcer sur son statut politique. Aussi est-il inadmissible de ne pas prévoir les incidences d'un tel changement et de ne pas les rendre publiques. D'ailleurs, en cette matière, puisqu'il s'agit d'éducation, Télé-Québec pourrait susciter des débats sur ces points.
Hélas, ces dernières années, peu a été fait dans cette direction. Probablement parce que le Parti québécois, lorsqu'il est au pouvoir, est déchiré entre deux mandats: promouvoir l'indépendance et être un «bon gouvernement». Il en découle que la question de l'indépendance du Québec est mise en veilleuse par le Parti québécois lorsque ce dernier assume la gestion quotidienne de la province. Aussi estimons-nous que la coexistence entre ces deux mandats entrave la promotion de l'indépendance du Québec.
D'abord, parce que le pouvoir provincial est à la fois limité à l'établissement d'ententes multiples au sein du Canada et contraint par elles, ce qui conduit un gouvernement souverainiste à faire la démonstration du contraire de ce qu'il prône. Ensuite, parce que tout geste d'audace émanant d'un tel gouvernement apparaîtra toujours comme une «astuce» pour faire valoir ses thèses. Enfin, mais surtout, parce que créer le pays du Québec implique une mobilisation qui déborde les assises politiques partisanes.
Au référendum de 1995, Jacques Parizeau a compris que cette mobilisation débordait le Parti québécois. En 2000, Pierre Drouilly et Pierre-Alain Cotnoir ont mis en relief que le projet d'indépendance du Québec, partagé par plus de 75 % des supporters du PQ ou du BQ, l'était par près de 50 % des adéquistes et 15 % des libéraux mais aussi par près de 20 % de Québécois de langue maternelle anglaise et de 33 % de Québécois de langues maternelles autres que le français et l'anglais.
Voilà pourquoi, au RIQ, nous promouvons l'indépendance au-delà des tendances qui s'expriment au sein des partis politiques et des groupes culturels sur la scène québécoise. De plus, nous sommes convaincus que cette promotion implique que préséance soit donnée au projet d'indépendance du Québec.
Ce sont pour ces raisons que le RIQ s'est montré réceptif au projet conçu par Jacques Parizeau. Nous estimons toutefois que l'appellation Conseil de l'indépendance serait plus appropriée et nous avançons que ce conseil doit être entièrement indépendant du gouvernement, des partis politiques et des enjeux électoraux.
S'agissant des personnes membres de ce conseil, elles doivent être reconnues pour leur engagement en faveur de l'indépendance du Québec et provenir de milieux diversifiés. Ce serait une erreur de n'y retrouver qu'une majorité de promoteurs issus de partis souverainistes ou d'organismes amis. Ce conseil doit refléter la diversité du soutien que reçoit le projet d'indépendance au Québec. Ces analyses, pensons-nous, devraient, entre autres, viser à: 1- comprendre la praxis des Québécois de toutes origines; 2- démythifier les pièges du fédéralisme canadien; 3- établir la portée de la pensée indépendantiste dans les sphères économiques, politiques, sociales et culturelles de la vie québécoise.
Il y a là énormément de travail à réaliser, ce qui pose un défi de taille aux Québécois qui entendent se doter d'un pays. Un conseil de l'indépendance devra disposer de ressources financières substantielles. Sous cet angle, les dégrèvements d'impôts que le gouvernement Landry a décidé d'allouer aux organismes faisant la promotion de la souveraineté du Québec constituent une approche des plus heureuses.
Créer un organisme rassembleur pour convaincre les Québécois des avantages d'avoir leur propre pays implique d'asseoir solidement sa crédibilité, d'assurer qu'il ait une certaine pérennité mais, surtout, de veiller à ce qu'il ait les ressources pour réaliser des activités de recherche et de promotion à la hauteur des attentes de la population du Québec.
Le Conseil de la souveraineté actuellement en gestation n'a pas ces qualités. Dès son annonce et sans qu'il n'y ait un travail réalisé sous son égide, un site Internet est apparu. Peu après, nous avons appris que le Parti québécois acceptait d'investir 250 000 $ et que cinq personnes, dont trois émanant de ce parti, étaient désignées pour présider un comité provisoire. Un mois plus tard, Le Devoir signala que ce conseil tardait à se mettre en branle et que son président provisoire, qui jongle avec le statut des membres qui en feront parti, estime que «l'avenir de l'organisme sera directement relié au résultat des élections».
Tout cela fait amateur. Si la mise sur pied de ce conseil vise à justifier le fait que le gouvernement en place ne réalise pas les travaux qui lui reviennent et, de surcroît, se veuille un instrument électoraliste, il y a véritablement lieu de s'inquiéter. Aussi, estimons-nous que devrait rapidement être installé un conseil de l'indépendance d'envergure par des acteurs de la société civile.
L'idée de travailler à la conception du pays du Québec impose cette approche. L'enjeu est de taille, car il est rien de moins que la «responsabilisation» des Québécois par eux-mêmes. Au RIQ, plusieurs membres sont prêts à s'impliquer à la mise sur pied d'un conseil de l'indépendance à l'image du support que reçoit ce projet au Québec et à l'obtention d'un financement adéquat. Pour eux, les activités d'un tel conseil doivent être indépendantes de toutes visées électoralistes.
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