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Libre-Opinion - Quelle démocratie, Mme la ministre?

Raymond Côté - Québec  16 mai 2008 
Après avoir loué votre sensibilité au problème de la participation à la démocratie scolaire dans une lettre datée du 26 février 2008, je dois constater que vous avez désormais le réflexe autoritaire beaucoup plus développé. C'est un constat auquel j'arrive à la suite du dépôt du projet de loi 88. Ce que rapportent les médias que j'ai consultés me désole et me met même en colère.

L'esprit de la réforme tient principalement à donner au corps enseignant une approche professionnelle de leur pratique (et, en conséquence, une certaine autonomie), aux écoles une plus grande latitude de gestion et aux parents une place accrue au sein des instances décisionnelles scolaires (conseil d'établissement, organisme de participation des parents, comité de parents et postes de commissaire-parent).

La mise en oeuvre de telles mesures est exigeante et constitue un défi énorme. J'ai constaté, au long de ma participation à titre de parent, que nous prenons une mesure plus juste des carences démocratiques du monde scolaire en voyant la colossale absence des électeurs en général et des parents en particulier à l'intérieur des établissements d'enseignement. Cette absence massive me paraît s'expliquer bien plus par l'ignorance chez l'électeur moyen que par son désintérêt.

Mme la ministre, comment pouvez-vous entretenir l'espoir d'instaurer «une vraie démocratie scolaire» si vous retirez aux conseils d'établissement la gestion de leurs prétendus «bas de laine» pour la remettre aux commissions scolaires? Les budgets dévolus aux écoles et les surplus accumulés à la suite des décisions prises par des parents et par des membres du personnel, tous élus, font l'objet de débats en vue de projets qui doivent se développer sur plusieurs années, comme la construction d'un parc-école ou l'aménagement de locaux à vocation particulière.

En plus, les directions d'école prévoient plusieurs années à l'avance, avec l'accord du conseil d'établissement, la constitution de fonds pour l'acquisition de volumes et d'équipement en conformité avec l'instauration du renouveau pédagogique. Au cours de mes trois années à titre d'élu au comité de parents de la Commission scolaire de la Capitale, les parents, représentants légitimes de leurs pairs, ont exprimé à chaque occasion leur crainte de voir les surplus des établissements se perdre dans le bilan de la commission scolaire.

Vous proposez de forcer le versement de ces surplus au fonds consolidé de la commission scolaire tout en restant déterminée à établir les conditions pour que la démocratie scolaire permette «une vraie possibilité de défendre des enjeux»? Quelle remarquable foutaise!

Après le Forum sur la démocratie et la gouvernance des commissions scolaires, je pouvais espérer un véritable débat sur la démocratie scolaire. Malheureusement, comme le maire de Québec le fait avec la démocratie municipale, les décisions à courte vue et la pensée magique tiennent lieu de réflexion. Faudra-t-il attendre l'autre titulaire à votre poste pour enfin voir le courage et la vision diriger le vaste ensemble de l'éducation au Québec?

Vous nous proposez une réduction arbitraire du nombre d'élus au conseil des commissaires (en quoi cela réglera un quelconque problème, on se le demande... ), l'ajout d'un commissaire-parent (mais cela ne compense aucunement la perte de notre pouvoir budgétaire au conseil d'établissement) et l'ajout de deux membres de la communauté. Dans ce dernier cas, je ne comprends pas en quoi ces deux nouveaux membres seront utiles, d'autant qu'il sera probablement difficile de trouver à pourvoir ces postes.

L'improvisation choquante liée aux changements que vous proposez à l'appareil démocratique des commissions scolaires me fait craindre le pire en attendant la centaine d'amendements à la Loi sur les élections scolaires, que vous promettez pour l'automne prochain. [...] Quel héritage préparons-nous alors que même le système scolaire devient un fourre-tout de mesures ponctuelles et limitées?
 
 
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